Numéro 4 - Automne 2018

Les natures mortes de David Garneau invitent à l’interprétation

Leanne Tremblay (l’Eau vive)

David Garneau

David Garneau

Originaire d’Edmonton, David Garneau est professeur de beaux-arts à l’Université de Regina

Du 26 septembre 2026 au 5 janvier 2027, l’artiste métis David Garneau, également professeur de beaux-arts à l’Université de Regina, présente l’exposition Dark Chapters à la galerie d’art Dunlop de la bibliothèque publique de Regina. Une quarantaine de tableaux de style nature morte y transmettent de façon métaphorique l’histoire de la colonisation et ses effets sur les peuples autochtones de l’Amérique du Nord.

À qui s’adresse votre exposition ?

*réponses traduites de l’anglais*

C’est amical et très ouvert. Les œuvres sont représentatives, alors n’importe qui peut les comprendre.

Il y a de petites choses que j’utilise comme symboles qui sont un peu plus déroutantes mais la plupart sont des choses du quotidien.

Les gens autochtones comprennent bien à quoi je fais référence dans mes œuvres, mais en même temps c’est entry level.

Et la galerie se trouve dans une bibliothèque, ce qui est idéal pour l’accessibilité.

Pourquoi ce choix de la nature morte ?

Selon la vieille académie, la nature morte est le niveau de base. Elle n’est pas considérée comme un genre complexe qui transmet des idées difficiles.

L’idée d’une nature morte métaphorique a vraiment sa propre histoire, mais c’est beaucoup moins commun. Pour moi, c’est comme un open field. Je voulais voir à quel point je pouvais ajouter du poids aux œuvres tout en maintenant un aspect bénin.

Au premier coup d’œil, les tableaux n’ont pas l’air si complexes pour des métaphores.

Il y a toujours au moins deux objets en dialogue. Il faut déterminer comment ces deux objets sont reliés, c’est comme ça que fonctionne la métaphore.

Par exemple, l’œuvre Souvenir de Regina est un morceau de corde sous une cloche de verre. Quand j’ai déménagé à Regina en 1999, plusieurs personnes parlaient d’avoir à la maison un morceau de la corde utilisée pour pendre Louis Riel. C’était une idée si courante que l’artiste Edward Poitras [artiste métis né à Regina] a fait une installation avec des ballots de corde, une blague pour dire que si tout le monde avait un morceau de cette corde, elle devait être très longue.

Dans une autre œuvre, Method Applied to the Sacred, on voit une cloche qui recouvre de la sauge. Je travaille avec l’anthropologue David Howes [professeur à l’Université Concordia] qui fait un travail incroyable avec les sens et qui a composé un très bel essai sur l’usage de la fumée lors des négociations des traités. Sa publication a inspiré une performance où j’ai brûlé de la sauge et lui l’a mise dans un bocal pour l’observer avec une loupe. C’était une façon de démontrer que certaines choses, sacrées notamment, ne devraient pas être des sujets de science.

Qu’est-ce qui a motivé ce projet ?
Une grande partie de mon travail académique porte sur le traitement des biens autochtones dans les musées. L’idée ici, c’est la mémorialisation d’un objet.

Depuis plus de six ans, je peins un nouveau tableau chaque semaine et j’en partage un sur Facebook tous les lundis. J’ai maintenant 350 tableaux, et Dark Chapters en comprend 40.

Le visiteur peut-il interpréter vos œuvres à sa façon ?
Certaines interprétations sont ouvertes et d’autres sont très spécifiques. Ça ne me dérange pas si quelqu’un les approche d’une autre façon.

Pendant l’exposition, on invite le public à assister à un cercle de discussion où on entend des interprétations complètement différentes que les miennes.

Par exemple, quand on voit le drapeau métis noué, est-ce que ça parle de la gouvernance métisse ou de ses difficultés ?

Vous avez aussi publié un livre intitulé Dark Chapters: Reading the Still Lives of David Garneau.
J’aurais pu écrire un livre rempli d’explications pour mes œuvres, mais au lieu de ça j’ai invité 17 personnes très intelligentes et empathiques à écrire leurs propres interprétations.

Un bon exemple est l’œuvre Attempted Enlightenment. En 1978, j’ai travaillé dans un camp d’été géré par une institution catholique à Edmonton et un garçon à la peau foncée essayait de s’éclaircir avec du savon Sunlight.

Dick Averns, qui ne connaissait pas ce contexte, a pensé que le savon représentait un soleil qui ne se couche jamais sur son empire. C’est une interprétation qui fonctionne aussi pour moi.  

Une riche histoire se cache donc souvent derrière chacune de ces œuvres…
Et il y en a quelques-unes que je ne révélerai jamais, comme pour Waiting Out the Guests avec le crâne de castor. Peut-être un jour, mais pas aujourd’hui.  


Biographie

David Garneau (Nation métisse de la Saskatchewan) est professeur d’arts visuels à l’Université de Regina. Peintre, écrivain et commissaire d’exposition, il explore les expressions créatives et critiques des savoirs, des modes de vie et des pratiques autochtones contemporains. Il a reçu le Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques : Réalisations exceptionnelles, a été élu membre de la Société royale du Canada (en 2023) et a reçu la Médaille d’argent de l’Ordre de Gabriel-Dumont et la Médaille du couronnement du roi Charles III (en 2025). M. Garneau a été commissaire ou co-commissaire de plus d’une vingtaine d’expositions au Canada et à l’étranger (notamment au National Museum of the American Indian in New York). Il a donné des conférences en Australie, en Nouvelle-Zélande et partout au Canada sur la réconciliation, les musées du patrimoine, l’art autochtone contemporain et public, l’art et les identités métisses, et de nombreux autres sujets.

À propos de l'exposition Dark Chapters

Les œuvres reproduites dans ce numéro d’À ciel ouvert proviennent de l’exposition itinérante Dark Chapters (Chapitres sombres) de l’artiste Métis David Garneau.

Dans cette exposition, David Garneau présente des natures mortes minutieusement réalisées, composées d'objets agencés de manière intrigante et délibérée. Ces configurations illustrent l'imbrication des réalités autochtones modernes et traditionnelles, ainsi que les conséquences complexes de la colonisation.

Garneau a intitulé l'exposition « Chapitres sombres » en écho à la description que le juge Murray Sinclair faisait du système des pensionnats autochtones dans les rapports de la Commission de vérité et réconciliation, le qualifiant de « l'un des chapitres les plus sombres et les plus troublants de l'histoire de notre pays ».

À l'instar des natures mortes traditionnelles, les objets représentés dans l'œuvre de Garneau sont porteurs d'une signification profonde, d'associations et d'histoires. Les titres de ses tableaux participent également à la construction du sens de son œuvre, guidant le spectateur vers la compréhension de son intention et suscitant un dialogue constructif sur la réconciliation.

Dark Chapters est une exposition itinérante conçue par Arin Fay des Archives et Galerie du Musée Nelson. Elle est accompagnée d'une publication du même nom.

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Les artisans de ce numéro

Auteur·e·s :

  • Claudine Audette-Rozon
  • David Baudemont
  • Estelle Bonetto
  • Mychèle Fortin
  • Ian C. Nelson
  • Danièle Petit
  • Sébastien Rock
  • Véronique Sylvain
  • Gilbert Troutet
  • Jocelyne Verret
  • Gisèle Villeneuve

Artiste invitée :
Sharon Pulvermacher

Coordination de la publication :
Sébastien Rock

Comité d’édition :
David Baudemont, Jean-Marie Michaud, Ian C. Nelson, Jean-Pierre Picard, Sébastien Rock

Comité de lecture :
Marie Galophe, Michel Marchildon, Martine Noël-Maw

Webmestre et mise en page :
Jean-Pierre Picard

Parrainage et hébergement du site:
Coopérative des publications fransaskoises —
www.leau-vive.ca/cpf

Hébergement des réunions et café :
La Troupe du Jour
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