Numéro 1 - Printemps 2017

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depuis la garde du matin (extraits)


depuis la garde du matin (extraits)

depuis la garde du matin - extrait no.4 de Sébastien Rock

depuis la garde du matin - extrait no.4 de Sébastien Rock

Sébastien Rock a préparé une lecture vidéo d'un extrait de son livre à paraître, depuis la garde du matin. 

Crédit : courtoisie du Collectif d’études partenariales de la fransaskoisie

Voici un dernier extrait de mon prochain recueil de poésie.[1] Il paraîtra en anglais, sous le titre from the morning watch [2] d’ici le printemps prochain. Le livre regroupe 150 courts textes (haïkus, haïbuns, senryus), visant à refléter une expérience contemporaine des poèmes les plus lus de l’histoire : les psaumes du roi David. Le recueil comportera un volet visuel des mains d’une artiste saskatchewanaise, partageant plus d’une dizaine d’œuvres inédites. L’adaptation française est de moi.

 

55 (56)

Dans son roman Alexandria (2020), Paul Kingsnorth fait référence aux anciens rituels païens où les cadavres étaient hissés sur les branches des arbres, au délice des vautours. Les personnages centraux, une famille dysfonctionnelle vestige d'une terre post-humaine, questionnent l’intérêt de rejoindre le sanctuaire, loin à la fois de la prédation des bêtes et de l'intelligence artificielle. 

 

ils prennent au guet 

ma chair piétinée 

Il est là 

 

94 (95)

J'ai laissé mon cœur au parc national du Bic. Je me souviens l'avoir porté jusqu'au sommet du Pic Champlain, de l'avoir redescendu et de l'avoir enfoui parmi les grès. Elle l’a déterré puis s’est mise à le tâtonner, au gré des marées, jusqu'à ce que, ayant besoin de repos, il s'échoua au coucher du soleil, seul, le long des rives et des rêves enlisant le Bas-Saint-Laurent.

 

jours sauvages 

mon cœur dans Ses montagnes

et Ses mers 

 

101 (102)

Ayant grandi dans une société largement homogène, francophone, chrétienne devenue socialiste, c'est-à-dire le Québec des années 1980, je suis tombé dans le gouffre sans cesse grandissant entre les riches et les pauvres, résonnant avec le poème de Michèle Lalonde Speak White. La chanson Rich Men North of Richmond d'Oliver Anthony, avec plus de 150 millions de visionnements sur YouTube, m’y a depuis rejoint.

 

cendres pour souper 

des gémissements séparent 

les os de la chair 

 

106 (107)

Mon peuple était un peuple côtier, cheveux salés, joues tannées, et des yeux aux larmes de joie à la venue du vent. Poussés par la danse des algues, attirés par des marées à hauteur de lune, ils restaient néanmoins enracinés dans l’ancienne mélodie, caressant doucement le sable de l'autre pour se perdre dans les étoiles.

 

encore l’ouragan

le havre du Seigneur

laisse entrer la brise

 

128 (129)

Privés du sextant du repentir, le navire des époux embrasse le baiser égoïste du corail, leurs radeaux dérivant l'un de l'autre sur les vagues assourdissantes de la solitude tandis que la bête du bas fond tournoie.

 

chemins vides

où les bénédictions se taisent 

la plénitude du péché 

 

136 (137)

Les diktats culturels polarisent la discussion autour de l'esclavage. Le vieil homme blanc privilégié que je suis n'a plus qu’à écouter. Mais en écoutant, j'entends aussi, avec le poète, le tonnerre et les vagues qui engloutissent le monde entier (Bob Dylan, A Hard Rain's A-Gonna Fall).

 

 

lyres sur les branches

enterrez votre plus jeune 

puis amusez-nous

 

141 (142)

Pour joindre les deux bouts, j'ai pris un emploi d'été qui me fait parcourir des champs et des champs de cultures. Entre les faucons, renards, orignaux, cerfs, élans, éperviers, spermophiles, urubus à tête rouge, corbeaux, blaireaux, antilopes d'Amérique et moi, qui grogne le plus au retour de l'hiver?

 

Tu connais ma route

il est temps de reprendre 

la voie des vivants 

 

145 (146)

L'espoir et la prière d'un codépendant dans le placard:

 

"Aucune montagne n'est trop haute 

Aucune vallée n'est trop basse 

Aucune rivière n'est trop large 

Pour m'empêcher de te retrouver."[3]

 

Veuves et orphelins — 

Il revient pour rouvrir les

cellules de nos cœurs 

 

149

Ce moment crucial de la bataille où les murs de mon autoproclamation tombent, et, au bord du gouffre, je Lui ouvre la porte.

 

épée en main 

louanges en gorge—   

l’humilité sauve

 

 

 

[1] La numérotation des haïkus suit le système des Psaumes de la Septante grecque.

[2] Le titre renvoie au psaume 129 (130). Entre parenthèses, on retrouve la numérotation dite massorétique, plus répandue en Occident.

[3] Traduction livre de Gaye & Terrell, "Ain’t No Mountain High Enough", 1967.

 

 

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Printemps 2017

Un jour de grand vent (extrait) Un jour de grand vent (extrait)

Mardi le 10 mai ’66. De bonne heure le matin, au Restaurant Lafontaine à Métabetchouan au Lac-Saint-Jean. L’accent du Lac est présent à différents degrés chez les personnages. Il affecte en particulier Monsieur Pit, un sympathique septuagénaire à la retraite. Jeannot Lafontaine, douze ans, est debout derrière le comptoir. Il porte son uniforme d’écolier  sous un tablier. Monsieur Pit est assis à son...

La Voie lactée La Voie lactée

Il était une fois,
au fin fond du Far West canadien,
dans une province au nom imprononçable,
une cavalière redoutable.

Le grand barrage

À défaut d'être aimé, Henri était respecté de tous les castors. Sa supériorité ne laissait aucun doute. On n'avait qu'à regarder son barrage pour comprendre qu'il était plus doué que les autres.

Knockout

L’aiguille de glace qui arracha Victor Florkowski à la vie ressemblait à un ivoire de mammouth. Elle était aussi large qu’un pneu, aussi longue que la victime, et se rétrécissait en une pointe cristalline —  à double tranchant — dont la beauté fatale resplendissait sous clair de lune.

Cantate pour légumes (Extrait)

Au cœur de ce texte sont quatre êtres qui ont perdu leur voix, la capacité d’exprimer leur volonté et leur angoisse. Ancrés dans leurs fauteuils roulants, Asperge, Gourde, Navet et Asperge rêvent d’évasion. Dans les solos de la cantate, les légumes expriment leurs désires les plus profonds.

Triptyque - Micro nouvelles Triptyque - Micro nouvelles

Au coin de l’avenue Idylwyld et la 23e un bip discontinu se fait entendre à ma gauche. Un clignotement sonore: on peut traverser.  Entre les deux lignes on peut traverser. “Passez, monsieur. Priorité aux piétons.” Oui, on peut traverser. On peut traverser si les autos s’arrêtent.

Entreciel

Sorties de l’entretoit des corniches des greniers de mille espaces connus d’elles seules oubliés par concierges et architectes, les hirondelles occupent dès le matin l’entreciel, la part élevée de Madrid, en rase-tête des habitants des terrasses jusqu’à la proximité des saints perchoirs, des croix des antennes, faisant fi de nos communications avec l’au-delà.

La mousse La mousse

Maman, pourquoi c’est mouillé ici? 

C’est la mousse, mon chéri. Fais attention à ne pas glisser.

De la supercherie De la supercherie

Cette réflexion est née d’un constat. La vie ne nous appartient pas. Elle nous a été léguée et nous la rendrons en même temps que notre dernier souffle.

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