Numéro 1 - Printemps 2017

***

Randonnée royale : Des haïkus et des Psaumes


Randonnée royale : Des haïkus et des Psaumes

Sébastien Rock

Éclair / Thunderbolt – B

Éclair / Thunderbolt – B

Crédit : Anne Brochures -Lambert

Même si le haïku est une forme littéraire ancienne, son antiquité pâlit face à celle des Psaumes. Depuis environ trois mille ans, le Livre des Psaumes joue un rôle important dans la quête spirituelle d’innombrables chercheurs.

Ces deux genres, haïkus et Psaumes, s’opposent à bien des égards. Les haïkus doivent être esthétiques, les Psaumes sont plutôt didactiques. Alors que les haïkus cherchent le concret et l’immédiat, les Psaumes sont ancrés dans le lyrique et l’éternel. Tandis que les haïkus évitent la subjectivité, les Psaumes n’auraient pu être écrits sans la narration à la première personne. Le haïku est né du détachement zen, le psaume, lui, de la croyance judaïque. Vu ces divergences, un projet de haïkus portant sur les Psaumes a de quoi surprendre.

À lire les Psaumes, nous leur découvrons plusieurs fonctions. Parmi celles-ci, les Psaumes rappellent l’histoire, encadrent des règles de vie, déploient de saintes doctrines et transforment nos pensées en nous aidant à surmonter nos passions. Cette richesse de propos permet en partie d’expliquer la pertinence renouvelée des Psaumes jusqu’à nos jours. Si cette collection de haïkus, quant à elle, visait un quelconque objectif, ce serait d’encourager, par l’attention, le pouvoir transformateur des Psaumes dans notre relation avec le divin. Dès lors, comment réconcilier les différences notables entre ces deux antiques modalités d’écriture? Le haïku utilise un langage concret, commun et naturel. Le défi que je me suis donc lancé était de faire ressortir cette concrétude des Psaumes, tout en respectant leur force spirituelle. Pour ce faire, j’ai décidé de conserver la narration à la première personne, permettant aux lecteurs de s’identifier aux auteurs originaux1, tout en élaguant cette même narration, ici et là, pour favoriser les aspects plus matériels de chaque psaume. Nous espérons que les pratiquants du haïku traditionnel d’un côté, et les exégètes scripturaires de l’autre sauront tolérer ce compromis.

Dans Randonnée royale, j’invite le lecteur à s’aventurer brièvement dans certaines des multiples couches sémantiques propres à chaque psaume. Aller au-delà de ces humbles incursions demanderait une connaissance théologique approfondie. J’espère tout de même que cette ascèse esthétique suscitera une nouvelle expérience de ce trésor spirituel qu’est le Livre des Psaumes.

Ces haïkus2  appellent à un esprit contemplatif, mais la vie qu’ils relatent est pleine d’une énergie aussi bien spirituelle que matérielle. Dans ce recueil, nous nous rapprochons du roi David et partageons ses moments de grâce et ses craintes. À travers vallées et monts, rivières et déserts, sous des nuits sans lune et étoilées, nous nous retrouvons soudainement à lui emboîter le pas dans la Randonnée royale.

 

1 Les traditions religieuses divergent sur l’identification des auteurs des Psaumes, mais la plupart s’accordent à dire que le roi David est le plus prolifique des contributeurs, donc le plus souvent le « je » des Psaumes.

2 La numérotation des haïkus suit le système des Psaumes de la Septante grecque. Entre parenthèses, on retrouve la numérotation hébraïque ultérieure, plus répandue en Occident.


lll (lV)

matin sur le mont

maintes colonnes d’ennemis

tous aux dents cassées

 

lV (V)

douze paniers d’osier

lourds de blé, de vin et d’huile

le cœur est rempli

 

lX (X)

douzaine de flèches

le feu du Seigneur les brûle

dans la nuit sans lune

 

XV (XVl)

prunelle de tes yeux

le porc se gorge des restes

au bord du chemin

 

lXX (XX)

chevaux au galop

tirant des chariots en fer

légère modestie

Imprimer
234

Printemps 2017

Un jour de grand vent (extrait) Un jour de grand vent (extrait)

Mardi le 10 mai ’66. De bonne heure le matin, au Restaurant Lafontaine à Métabetchouan au Lac-Saint-Jean. L’accent du Lac est présent à différents degrés chez les personnages. Il affecte en particulier Monsieur Pit, un sympathique septuagénaire à la retraite. Jeannot Lafontaine, douze ans, est debout derrière le comptoir. Il porte son uniforme d’écolier  sous un tablier. Monsieur Pit est assis à son...

La Voie lactée La Voie lactée

Il était une fois,
au fin fond du Far West canadien,
dans une province au nom imprononçable,
une cavalière redoutable.

Le grand barrage

À défaut d'être aimé, Henri était respecté de tous les castors. Sa supériorité ne laissait aucun doute. On n'avait qu'à regarder son barrage pour comprendre qu'il était plus doué que les autres.

Knockout

L’aiguille de glace qui arracha Victor Florkowski à la vie ressemblait à un ivoire de mammouth. Elle était aussi large qu’un pneu, aussi longue que la victime, et se rétrécissait en une pointe cristalline —  à double tranchant — dont la beauté fatale resplendissait sous clair de lune.

Cantate pour légumes (Extrait)

Au cœur de ce texte sont quatre êtres qui ont perdu leur voix, la capacité d’exprimer leur volonté et leur angoisse. Ancrés dans leurs fauteuils roulants, Asperge, Gourde, Navet et Asperge rêvent d’évasion. Dans les solos de la cantate, les légumes expriment leurs désires les plus profonds.

Triptyque - Micro nouvelles Triptyque - Micro nouvelles

Au coin de l’avenue Idylwyld et la 23e un bip discontinu se fait entendre à ma gauche. Un clignotement sonore: on peut traverser.  Entre les deux lignes on peut traverser. “Passez, monsieur. Priorité aux piétons.” Oui, on peut traverser. On peut traverser si les autos s’arrêtent.

Entreciel

Sorties de l’entretoit des corniches des greniers de mille espaces connus d’elles seules oubliés par concierges et architectes, les hirondelles occupent dès le matin l’entreciel, la part élevée de Madrid, en rase-tête des habitants des terrasses jusqu’à la proximité des saints perchoirs, des croix des antennes, faisant fi de nos communications avec l’au-delà.

La mousse La mousse

Maman, pourquoi c’est mouillé ici? 

C’est la mousse, mon chéri. Fais attention à ne pas glisser.

De la supercherie De la supercherie

Cette réflexion est née d’un constat. La vie ne nous appartient pas. Elle nous a été léguée et nous la rendrons en même temps que notre dernier souffle.

No content

A problem occurred while loading content.

Previous Next

Merci à nos partenaires et commanditaires:

Coopérative des publications fransaskoises    Conseil culturel fransaskois   Saskculture Fondation fransaskoise