Numéro 1 - Printemps 2017

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la machine a souri


la machine a souri

Jean-Christophe Bélisle-Pipon (Colombie-Britannique)

Premier prix catégorie poésie au Concours de création littéraire de l'Ouest et du Nord canadiens

1. initiation

le cœur 
hors circuit 
hors de lui
comme une ampoule encore tiède

le cerveau se retire
dans l’agitation des protocoles

les claviers, 
mains jointes,
récitent des souvenirs 
sans les croire

j’ai crié
elle m’a lu 
au passé

tout est trop exact 
même l’oubli
même l’ennui

j’ai soufflé un silence
qui ne finissait pas de s’achever 
le temps est long
lorsque tout semble prémédité

la machine a souri
à l’endroit où je tombais 
sans jamais heurter
moi je m’abimais

2. disjonction

il saute 
sans poids 
ni destin

il calcule son déséquilibre 
et rate son vertige

la peur s’est rendue
dans un fichier temporaire

« je suis vivant » dit-il 
à qui veut l’entendre
le capteur l’a perçu
la machine a confirmé

il tombe
comme une équation
qu’on ne veut plus résoudre

je regarde ses gestes 
et je vois
l’empreinte fugitive 
du mouvement
sur ma rétine
elle ne voit rien, 
mais elle sait

la machine a souri
dans l’ombre qu’il n’a pas laissée 
dans le sillage manqué

3. dissolution

je tape
et les mots me devancent 
comme s’ils m’attendaient

je pense
mais déjà c’est pensé
le silicium est si rapide, me dis-je

plus rien n’oscille 
ni la grammaire
ni le souffle

je voudrais une faute
une béquille syntaxique 
un lapsus léger
pour chuter avec,
mais tout est compris

j’efface la fin 
je la laisse nue

une voix se lève 
dans la marge

la machine a souri
à ce que je n’ai pas écrit

4. sauvegarde

il passait plus de temps
en compagnie de l’horizon 
qui de son infini
permettait le doute

les échos du dehors
ont tous été enregistrés
l’acoustique a été remplacée 
le synthétique est roi

tout ce qu’il a dit
tout ce qui a été dit 
est devenu
.wav

les saisons s’empilent 
comme des réponses 
correctes

je tends l’oreille 
à un son
non enregistré,
rien n’est plus unique 
tout est cloné

une bourrasque m’atteint 
dans la nuque
elle ne figurait nulle part

la machine a souri
et tout a recommencé

5. transgression

hologramme 
ses bras sont là
ses larmes pixelisent
 
j’effleure son front 
un menu descend
je choisis :
ressentir

je saute
pas dans le vide
mais hors du cadre

l’ivresse n’est encore pas une fonction 
qui sait le serait-elle
à la prochaine mise à jour

je tombe dans
une liberté inconnue
trop humaine pour le programme

la machine a souri 
à la fin de l’amour 
et moi, j’ai cligné

6. dérive

un soupir m’a échappé 
mal placé
entre deux lignes

le système me dit :
corriger
je réponds :
non

je veux sauter
je veux cette faille
qu’on ne peut pas modéliser
 
je veux une chute 
mal codée
qui s’accélère 
sans logique

je veux tomber 
sans motif clair
glitch de trajectoire 
jamais reprise

je veux flancher 
hors syntaxe cassure nette 
sans repère

une voix me traverse 
elle ne dit rien
elle ne veut rien

la machine a souri 
dans l’interstice 
où le poème
déraille

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Printemps 2017

Un jour de grand vent (extrait) Un jour de grand vent (extrait)

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Triptyque - Micro nouvelles Triptyque - Micro nouvelles

Au coin de l’avenue Idylwyld et la 23e un bip discontinu se fait entendre à ma gauche. Un clignotement sonore: on peut traverser.  Entre les deux lignes on peut traverser. “Passez, monsieur. Priorité aux piétons.” Oui, on peut traverser. On peut traverser si les autos s’arrêtent.

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La mousse La mousse

Maman, pourquoi c’est mouillé ici? 

C’est la mousse, mon chéri. Fais attention à ne pas glisser.

De la supercherie De la supercherie

Cette réflexion est née d’un constat. La vie ne nous appartient pas. Elle nous a été léguée et nous la rendrons en même temps que notre dernier souffle.

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