À ciel ouvert 16 — Été / automne 2026

Mistasinîy – le rocher d'un peuple (extrait)

Mary Harelkin Bishop (Saskatchewan)

David Garneau - Academic Pretendian

David Garneau - Academic Pretendian

2022 - acrylic on panel, 24” x 18”
Il y a bien des lunes, lorsque le monde était encore tout neuf, les Inuits ne connaissaient que le noir.

Un jour, vieille Corneille leur décrit la lumière qu’elle avait vue au cours de ses longs voyages.

Plus les Inuits entendaient parler de la lumière, plus ils la désiraient.

« Si nous avions la lumière, nous pourrions aller plus loin et faire la chasse plus longtemps, disent-ils alors. Nous verrions venir les ours polaires et nous pourrions nous sauver avant qu’ils nous attaquent. »

Les Inuits supplient Corneille, qui, vieille et fatiguée, ne voulait pas aller chercher la lumière.

Corneille leur dit : « C’est très loin d’ici et je suis trop vieille pour voler aussi loin. » Les Inuits ne cèdent pas cependant, et vieille Corneille accepte enfin de leur apporter la lumière.

Vieille Corneille s’envole alors vers l’est, dans l’obscurité.

Elle vole et vole pendant très longtemps, jusqu’à ce que ses ailes n’en puissent plus.

Corneille est à la veille de renoncer lorsqu’elle aperçoit une faible lueur au loin.

« Voilà enfin la lumière », dit Corneille, fatiguée.

À mesure que l’oiseau avance,

la petite lumière devient de plus en plus forte jusqu’à ce que Corneille puisse voir la terre entière.

Fatiguée, Corneille, qui veut se reposer, se perche dans un arbre près d’un village où il fait très froid.

À ce moment-là, la fille du chef du village arrive pour prendre de l’eau froide à la rivière tout près.

Alors que la fille plonge son seau dans la rivière froide, Corneille se transforme en un brin de poussière et se cache à l’intérieur de la cape de fourrure de la fille.

C’est ainsi qu’en reprenant le chemin vers la hutte de son père, la fille porte Corneille avec elle.

Il fait beau et chaud à l’intérieur de la hutte. Une fois rentrée, la fille enlève sa cape et le brin de poussière vole vers le petit-fils du chef, qui joue par terre.

Le brin de poussière se loge dans l’oreille du petit garçon, et celui-ci se met à pleurer.

Le chef demande alors : « Qu’est-ce qui se passe, enfant? Pourquoi pleures-tu? »

Dans l’oreille du petit garçon, Corneille chuchote : « Dis-lui que tu veux jouer avec une boule de lumière. »

Comme le chef veut faire plaisir à son petit-fils, il envoie sa fille chercher le coffret contenant les boules de lumière.

Lorsque la fille ouvre le coffret, le chef en sort une petite boule, l’attache avec de la ficelle et la donne au garçon.

Puis, le brin de poussière égratigne l’oreille de l’enfant et le fait pleurer à nouveau.

Le chef demande encore :

« Qu’est-ce qui se passe, enfant? »

Dans l’oreille du petit garçon, Corneille chuchote :

« Dis-lui que tu veux jouer dehors. »

Ce que l’enfant fait, et le chef et sa fille l’emmènent.

Aussitôt dehors, Corneille reprend sa forme d’oiseau.

Comme un éclair, Corneille saisit la boule de lumière et s’envole vers l’ouest, dans l’obscurité.

Après un long voyage, Corneille rentre au pays des Inuits, où elle lâche la boule de lumière qui se fracasse ensuite en des milliers de petits éclats.

La lumière inonde chaque foyer et illumine le ciel.

Les Inuits sortent tous de leur maison et s’exclament : « Que nous voyons loin!

Regardez donc comme le ciel est bleu, et puis toutes ces montagnes à l’horizon! Nous ne les voyions même pas avant! »

Ils remercient ardemment Corneille pour ce cadeau spécial qu’est la lumière.

Corneille agite son bec et répond : « Je n’ai pu apporter qu’une seule boule de lumière et celle-ci devra reprendre son intensité de temps à autre. Ainsi, la lumière durera seulement la moitié de l’année. »

Et aux Inuits de s’exclamer : « Nous sommes heureux d’avoir la lumière pour la moitié de l’année! Avant que tu nous apportes la boule de lumière, nous vivions toujours dans le noir. »

Et voilà pourquoi, dans le Grand Nord, au pays des Inuits, il fait noir la moitié de l’année et lumière l’autre moitié.

Les Inuits n’ont jamais oublié que c’était Corneille qui leur a donné la lumière. Et ainsi, ils prennent soin de ne jamais lui faire de mal, de crainte que Corneille ne reprenne la lumière.

 


Mistasinîy – le rocher d’un peuple - Mary Harelkin Bishop

Mistasinîy – le rocher d’un peuple - Mary Harelkin Bishop

Mistasinîy – le rocher d’un peuple a été publié aux Éditions de la nouvelle plume en 2026.
ISBN : 9782925329329

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