À ciel ouvert 16 — Été / automne 2026

La goutte

Jean-Pierre Picard

Image
Crédit : Anne Brochu

Je suis redevenue goutte un jour de pluie après un très long voyage. Ce matin-là, mes semblables et moi étions portées par les courants aériens bien au-dessus du vol des oiseaux les plus téméraires.

Nous étions nuage.

Nous aurions pu faire le tour de la terre ainsi, mais un front froid nous a précipitées en chute libre vers le sol. Quel vertige. Je m’éloignais du nuage, maintenant seule, plongeant vers l’inconnu. Nous filions toutes vers un sort incertain.

Nous étions pluie.

Allais-je m’aplatir sur un stationnement? Abreuver une terre assoiffée? Imbiber un chapeau? Lorsque ma longue chute s’interrompit, je fus bercée par un doux flottement, presque immobile. J’étais entourée de plusieurs de mes semblables, issues du même nuage et d’une multitude, issue d’autres voyages.

Nous étions lac.

Puis au fil des saisons et du vent nous nous sommes lentement déplacées vers une rive où une ouverture nous a aspirées.

Nous étions ruisseau.

Pendant des jours, nous avons coulé paisiblement à travers mille paysages. Jusqu’au jour où nous nous sommes jetées dans un immense cours d’eau grossissant au fil de son chapelet de ruisseaux accueillis.

Nous étions rivière.

Au bout d’une éternité, nous avons plongé au-delà des rives. Là où la terre n’existe plus. Où l’eau domine le paysage à perte de vue. Obéissant aux vents et aux marées, nous sommes devenues fougueuses et fortes, transportant navires et usant les côtes des continents.
Nous étions océan.

Puis, un jour, je me suis retrouvée au sommet d’une immense vague qui a terminé sa course avec fracas sur un rocher. Nous étions quelques-unes, dans une aspérité du roc, abandonnées par le ressac.

Nous étions flaque.

Sous le soleil, je me suis sentie devenir légère, prête à redevenir nuage.

 

Jean-Pierre Picard

Imprimer
3032

Jean-Pierre PicardWebmestre

Textes par Jean-Pierre Picard
Contacter l'auteur

Contacter l'auteur

x

Créations

Les Plaines Les Plaines

A travers une course dans les plaines du Manitoba, la rencontre avec un artisan Métis, et un réveil à l'hôpital, les Plaines raconte comment un homme réapprend à habiter son corps.

« Allez, enseignez toutes les nations » « Allez, enseignez toutes les nations »

Si les faits historiques de ce monologue sont réels, la narratrice est fictive. Religieuse centenaire, elle fait un retour sur son rôle au sein des écoles résidentielles pour autochtones. 

La trahison (extrait) La trahison (extrait)

La pièce est un huis-clos entre Gabriel Dumont et le vieux curé de Batoche, le père Julien Moulin. Nous sommes en 1905 et le vieux Métis veut être enterré avec les siens dans le cimetière de Batoche, mais puisqu’il n’a pas remis les pieds dans une église depuis la fin de la Résistance, le curé refuse sa requête.

Les poissons Les poissons

Dans le nord de la Colombie-Britannique, un jeune Autochtone enseigne à une jeune étudiante comment attraper des poissons au collet.

Corneille apporte la lumière : une légende inuite Corneille apporte la lumière : une légende inuite

Corneille apporte la lumière est une légende inuite publiée aux Éditions de la nouvelle plume en 2022. Le livre, offert en français et en dialecte inuktitut, offre un lexique
de 15 mots dans les deux langues, ainsi qu’un « Saviez- vous que? » à propos des Inuits du Canada.
ISBN :9782924237885

Mistasinîy – le rocher d'un peuple (extrait) Mistasinîy – le rocher d'un peuple (extrait)

Titre original : Mistasinîy: Buffalo Rubbing Stone - Traduit de l’anglais par Bernard Fafard

Zach, un enfant membre des Premières Nations de la Saskatchewan, et Danny ont été jumelés par leur professeur pour faire en semble un travail scolaire d’histoire. Pour ce travail, les élèves doivent interviewer des membres de leur famille pour savoir d’où elle vient et depuis combien de temps elle est au Canada. Danny

Célébration estivale Célébration estivale

Poème inspiré par le Moosehide Gathering est un événement biennal organisé par la Première Nation des Tr’ondëk Hwëch’in au Yukon.

Coffee at the « Regrette Rien » Cafe Coffee at the « Regrette Rien » Cafe

Dans cette pièce, Gabriel Dumont arrive au café « Regrette rien », un endroit qui lui est « familier » et où il retrouve la serveuse Donna. Les deux personnages se remémorent certains événements de l’histoire des Métis, cherchant à faire renaître et à rendre visible ce qu’est la « vraie histoire des Métis », à entendre à nouveau la voix du « peuple qui s’agite ».

Je suis dans le monde Je suis dans le monde

Un poème à deux volets explorant les thèmes de l'identité, de la pluralité, de la mémoire et de la nature fébrile de l'existence.

La mémoire du monde La mémoire du monde

Après un cataclysme naturel, la civilisation sur la côte Pacifique Nord-Ouest a disparu. Une femme ayant survécu, fait l'étrange rencontre d'une petite fille a l'apparence humaine, mais qui semble venir d'une autre planète. Ce conte qui commence comme un pastiche du Petit Prince habitant l'univers des autochtones du Pacifique Nord-Ouest, nous laisse sur une réflexion concernant notre avenir et les dangers qui nous...

No content

A problem occurred while loading content.

Previous Next

  

La revue À ciel ouvert est publiée et diffusée par :

Coopérative des publications fransaskoises

en partenariat avec

Collectif d'études partenariats de la FransaskoisieRegroupement des écrivains·e·s du Nord et de l'Ouest canadiens


avec le soutien financier de:

    Conseil culturel fransaskois   Saskculture Fondation fransaskoiseGouvernement du Canada