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Maison de la francophonie : une résolution votée pour plus de transparence

Maison de la francophonie : une résolution votée pour plus de transparence

Il était temps de s’expliquer sur le projet de Maison de la francophonie. C’est chose faite avec, le 29 septembre, la tenue d’une assemblée générale extraordinaire de l’Assemblée communautaire fransaskoise (ACF). Retour sur une rencontre aussi houleuse que passionnée.

La rencontre faisait suite à la demande d’une soixantaine de personnes signataires d’une pétition lancée en juillet dernier.

Les échanges ont été tendus sous la direction d’un président d’assemblée, le consultant Martin Théberge, souvent débordé par les prises de parole qui ont fusé de part et d’autre.

En témoignent la durée de la rencontre, quatre heures et demie, et la présence de 170 personnes restées connectées jusqu’à tard le soir.

Denis Simard, qui entame un quatrième mandat à la présidence de l’ACF, a ouvert la rencontre.

« Si nous sommes réunis ce soir, c'est parce que des membres de notre communauté ont demandé cette assemblée. C'est leur droit, et surtout, c'est la preuve d'une communauté qui se préoccupe profondément de son avenir. »

Pressentant les tensions, le porte-parole a ajouté : « Rappelons-nous que lorsque cette assemblée sera terminée, nous serons toujours une seule communauté. Nos prédécesseurs nous ont légué une francophonie parce qu'ils ont eu l'audace de croire en son avenir. À notre tour de démontrer cette même audace, l'audace de débattre sans nous déchirer. »

Les points clés du projet

Ronald Labrecque, directeur de l’ACF, a démarré la soirée en offrant un historique des avancées du projet de MAFRA depuis 2020 : réflexions, étude de faisabilité, acquisition, dessins de conception, plan de financement, études d’ingénierie…

Diapositives à l’appui, le directeur a insisté sur le fait que le projet était porté avant tout par la Société historique de la Saskatchewan (SHS) et que 13 organismes communautaires avaient exprimé leur intérêt via des lettres de soutien en 2024.

Une offre d’achat en fiducie de 100 000 dollars, signée en août 2025, visait un bâtiment de 5 000 mètres carrés situé au 1919 Rose Street à Regina, présenté lors du Rendez-vous fransaskois en novembre dernier.

Sur ces 100 000 $, l’ACF a contribué à hauteur de 80 000 $ pour sécuriser l’achat du bâtiment, récupérables si le projet ne se concrétisait pas.

Et c’est ce qu’il est advenu puisque, en juin, le gouvernement fédéral a annoncé un gel du Fonds des espaces communautaires jusqu’à 2028.

À ce jour, 423 103 $ ont été dépensés en frais de consultation pour le développement de la MAFRA, aboutissant à un plan d’affaires, des études de marché, ou encore des études d’ingénierie.

Des questions

Après la présentation de ces éléments a suivi une période de questions, « liées à l’engagement de l’ACF sur le projet, pas sur le projet en lui-même », a martelé le président d’assemblée.

Laurier Gareau a voulu savoir si la SHS avait consulté les archives provinciales afin d’occuper leurs espaces, puisque c’est le stockage des archives fransaskoises qui a déclenché la recherche d’un nouvel espace.

Le président d’assemblée a dans un premier temps bloqué la question, estimant qu’elle était hors sujet.

Alexandre Chartier a malgré tout répondu en précisant que les archives avaient donné une fin de non-recevoir à ce propos, forçant la SHS à envisager l’achat d’un bâtiment.

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Alexandre Chartier, directeur de la Société historique de la Saskatchewan (SHS), instigateur du projet de MAFRA. Crédit : Archives de L’Eau vive

André Magnan a voulu savoir à quelle échelle la communauté avait été consultée sur ce projet d’acquisition.

Ronald Labrecque a déclaré qu’une rencontre avait eu lieu en août dernier, tout en reconnaissant qu’elle avait été « strictement limitée » aux représentants d’une dizaine d’organismes.

« Ce n'était pas une consultation communautaire élargie parce qu'on devait consulter les gens directement impliqués », a-t-il défendu.

Josée Bourgoin s’est inquiétée des dépenses engagées, « de l’énergie dépensée, des employés et des salaires » mobilisés à ce jour. « Tout est à recommencer ? » a-t-elle demandé.

Ronald Labrecque a assuré que certains éléments seraient « transférables » à un nouveau bâtiment, sans toutefois préciser lesquels.

Bruno Dupeyron, secrétaire de l’Association communautaire fransaskoise de Regina (ACFR), a pointé du doigt « deux omissions » dans la présentation du directeur de l’ACF : la perte de 80 000 dollars due à une fraude financière subie par l’ACF lors de son offre pour le bâtiment et le fait que l’ACFR a retiré son soutien au projet.

Sur la question de la fraude, Ronald Labreque a invoqué « une question d'interprétation », donnant l’analogie suivante : « Si on a 100 $ pour faire nos épiceries et, en chemin, quelqu'un prend notre porte-monnaie, on va quand même faire les épiceries et dépenser 100 $. De retour, a-t-on dépensé 200 $ ou 100 $ sur les épiceries ? »

Dix partenaires

Est venu le tour d’Alexandre Chartier, directeur de la SHS, figure de proue du projet, de présenter l’état de l’engagement des partenaires.

Dix organismes (SHS, ACF, CÉCS, CCF, Cité universitaire, APF, CAFS, AJF, SAIF-SK et Homestead Records*) soutiennent le projet, en tant que futurs locataires, soutiens financiers ou aides en nature.

Sept comités communautaires spécialisés ont été mis sur pied, chacun touchant une composante de la future MAFRA : espaces d’archives, espaces d’exposition, de présentation et studios, espaces pour les activités récréatives et artistiques, espaces pour les activités jeunesse, espaces incubateurs d’entreprise et coworking, espaces d’accueil en immigration, espaces de garderie et petite enfance.

« La maison ne se construit pas autour d'un seul organisme ni d'une seule personne », a tenu à préciser Alexandre Chartier.

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Alexandre Chartier et Karine Silva sont les deux chefs du projet de MAFRA. Crédit : Site web de la MAFRA

« Le comité n'agit pas en vase clos. Il s'appuie sur des études, des experts et des comités communautaires », a-t-il ajouté.

Le directeur de la SHS est aussi revenu sur les besoins qui justifient le projet : « Plusieurs activités et services francophones existent déjà, mais ils sont souvent dispersés, peu visibles, difficiles d'accès ou limités. Certains espaces ne répondent pas aux besoins d'accessibilité, de sécurité, de conservation ou de développement des services. »

En réponse à ces défis, la MAFRA se veut être « un centre dynamique et rassembleur, organisé autour d’espaces sociaux-culturels, communautaires et commerciaux offrant des services diversifiés, des activités inclusives et des espaces créatifs en français ».

Plusieurs modèles de maisons de la francophonie ailleurs au pays ont été étudiés dans l’élaboration du projet, notamment ceux de Fredericton, Toronto, Edmonton ou encore Vancouver.

D’autres questions

La présentation terminée, une nouvelle session de questions a suivi, « pas pour présenter des opinions mais pour demander des éclaircissements », a exigé le président d’assemblée.

L’avocat Roger Lepage a cherché à savoir si une demande de subvention en bonne et due forme avait été déposée auprès du gouvernement fédéral après que plus de 400 000 $ ont été engagés. Alexandre Chartier a indiqué que non.

Malgré tout, Denis Simard s’est félicité que le projet fasse partie du « top de tous les projets déposés au Canada » auprès de Patrimoine canadien, signe prometteur pour la reprise du dossier en 2028.

En outre, il a été précisé que trois organismes partenaires avaient retiré officiellement leur soutien au projet : l’ACFR, Vitalité 55+ et le Réseau Santé en français de la Saskatchewan (RSFS).

Plusieurs personnes ont réclamé l’accès aux études réalisées et au plan d’affaires, tout en déplorant le manque de données chiffrées sur les coûts projetés.

À cela, Alexandre Chartier a fait savoir que de telles informations devaient rester confidentielles : « Quand on achète un édifice et qu'on est en cours de négociation avec un vendeur, on doit être très prudent avec la diffusion des données. »

Richard Marcotte a remis en question l’emplacement de la MAFRA au centre-ville de Regina, « pour des raisons de stationnement et de sécurité ».

Le directeur de la SHS a expliqué que le lieu avait été choisi conformément aux besoins des organismes partenaires.

« Ceux qui ont les fréquentations les plus accrues sont ceux qui offrent des services à la personne, pour la plupart des immigrants qui ont besoin des transports en commun », a-t-il mis de l’avant.

Kouamé N’Goandi, directeur du CÉCS, nouvellement déménagé en centre-ville, a confirmé que cet emplacement faisait justement une grande différence en termes d’activité et de clientèle desservie par son organisme.

Le fédéral rassure

Est ensuite intervenu Timothée Labelle, directeur chez Patrimoine canadien, venu présenter les programmes d’infrastructures pour les communautés de langue officielle en situation minoritaire.

Kouamé N’Goandi a tenu à éclaircir un point essentiel : « Est-ce que le financement de la MAFRA met en péril un quelconque financement de nos écoles ? »

L’employé fédéral a répondu que non. « Ce n’est pas parce qu’on finance des espaces communautaires dans un endroit qu’il n’y a pas d’autres besoins de rassemblement dans la communauté. »

Roger Lepage et Claire Bélanger-Parker, directrice par intérim de l’ACFR,  ont fait remarquer qu’il existait déjà un tel lieu avec le centre scolaire communautaire du Pavillon secondaire des Quatre-Vents.

Timothée Labelle a précisé : « Le portrait actuel est toujours pris en considération, donc ce sera de voir quelle sera la valeur ajoutée de [la MAFRA]. »

Mathieu Rima, directeur de la Fédération des francophones de Saskatoon (FFS), a relayé une crainte partagée par les francophones de la ville des ponts.

« Finalement, on est un peu les oubliés de cette histoire. On est quasiment 19 000 francophones à Saskatoon contre 14 000 à Regina. Pourquoi un projet de construction de MAFRA à Regina et non à Saskatoon ? »

Une résolution adoptée

Plus tard, Denis Simard a proposé la résolution suivante : « Il est résolu que l'assemblée recommande à l'ADC de poursuivre son implication au sein du projet de Maison de la francophonie et qu'elle consulte la communauté en temps opportun pour arriver au meilleur résultat possible. »

Plusieurs personnes ont contesté que cette proposition survienne en premier et que l’ordre du jour ne soit pas respecté. Mais le président de l’assemblée a refusé de donner suite aux points d’ordre soulevés par trois participants.

Finalement, un amendement a été proposé pour ajouter quelques précisions à la résolution.

Après de longs débats, la nouvelle proposition a été approuvée à 62 % : « Il est résolu que l'assemblée recommande à l'ADC de poursuivre son implication au sein du projet de Maison de la francophonie à Regina et qu'elle consulte la communauté au minimum deux fois par année pour arriver au meilleur résultat possible. »

Il a ensuite été proposé que l’ACF « fasse une pause dans son implication », mais cette proposition n’a pas abouti.

À son tour, Sylvie Bergeron a proposé que « l’ACF entreprenne une étude exhaustive et objective sur les besoins en infrastructure scolaire et communautaire de toutes les communautés fransaskoises et l’impact qu’une Maison de la Francophonie aurait sur le financement fédéral à moyen et long terme en Saskatchewan », avec un rapport à la clef.

Alexandre Chartier, estimant que ce travail a déjà été fait, est apparu découragé, et a dénoncé une rencontre inutile et chronophage.

Certains, comme Anne Brochu Lambert, pensent que les études faites sont sérieuses, tandis que d’autres, comme Claire Bélanger-Parker, regrettent que seuls les organismes et non la communauté dans son ensemble aient été tenus informés.

Après quatre heures et demie d’échanges tendus, le mot de la fin est revenu au président de l’ACF qui s’est voulu rassembleur.

« Les résolutions prises ce soir créent des déceptions mais j’espère qu’on va en sortir plus fort en tant que communauté. Même si les votes ne vont pas dans notre sens, ça ne veut pas dire qu’on n’est pas écouté », a tenu à dire Denis Simard.

Une transparence attendue

Pour Sylvie Clairefond, résidente de Saskatoon, les présentations faites au cours de l’AGE sont appréciables : « Ça m’a éclairée sur le projet. Jusqu’à présent, l’ACF et la SHS ont fait énormément de choses mais l’ont plus partagé aux organismes qu’à la communauté réelle. »

Malgré tout, elle n’est pas encore totalement convaincue : « Je ne cacherai pas ma déception : au final quelle a été la vraie conclusion ? L’ACF va nous consulter deux fois par an ? Je reste sur ma faim. »

« La prochaine étape, c’est d’avoir des chiffres. Quelque chose de très concret. Il y a encore une couche de transparence à avoir », ponctue celle qui préside la Fédération des francophones de Saskatoon (FFS) et qui estime que « la communauté a un certain droit de regard ».

En outre, le retrait de l’ACFR l’inquiète : « La MAFRA va leur rajouter une concurrence. Ça me donne l’image d’une communauté qui se divise », déplore-t-elle.

Voir grand

Pour Gisèle DeHart, enseignante à l’école Providence de Vonda, la réunion s’est très bien déroulée.

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Gisèle DeHart, enseignante à l’école Providence de Vonda, est un fervent soutien au projet de MAFRA. Crédit : Courtoisie

« L’information présentée était extrêmement complète, je suis très contente que le projet de MAFRA aille de l’avant », rapporte celle à l’origine de l’amendement à la résolution qui a été finalement adopté.

« Le travail déjà fait est formidable, beaucoup des inquiétudes semblent avoir été adressées pendant la rencontre », juge-t-elle.

Surtout, ce qui lui plaît est de voir la collaboration d’organismes communautaires. « C’est comme ça qu’on va aider notre fransaskoisie à s’épanouir. Voir un projet d’une telle envergure, avec un tel niveau de coopération, c’est une promesse que dans 10, 20 ou 30 ans on aura plusieurs MAFRA en Saskatchewan. »

Car l’enseignante se prend à rêver : « Je vois ceci comme un projet pilote. On va voir ce dont on est capable. Ça va ouvrir la porte à d’autres projets de ce genre ailleurs dans la province. J’adorerais voir ça à Saskatoon. Mais un projet à la fois ! »

Il faudra dans tous les cas patienter jusqu’en 2028 pour que le projet de Maison de la francophonie (MAFRA) à Regina soit relancé.

*La Société historique de la Saskatchewan (SHS), l’Assemblée communautaire fransaskoise (ACF), le Conseil économique et coopératif de la Saskatchewan (CÉCS), le Conseil culturel et fransaskois (CCF), la Cité universitaire francophone de l’Université de Regina, l’Association des parents fransaskois (APF), la Communauté des Africains francophones de la Saskatchewan (CAFS), l’Association jeunesse fransaskoise (AJF), le Service d’accueil et d’intégration francophone de la Saskatchewan (SAIF-SK) et la maison de disque Homestead Records.

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