La belle composition des mots composés
Dans la mode du 19e siècle, un suivez-moi-jeune-homme était un nœud de rubans, ou deux pans de dentelles flottant à l’arrière d’un chapeau de femme. À mon tour, je vous invite à me suivre dans une exploration d’autres mots composés tout aussi insolites.
Sage-femme dévouée, Lise a mis au monde nombre d’enfants au fil des ans. Porte-parole professionnelle, elle n’a plus rien d’un blanc-bec, comme en témoignent les pattes-d’oie au coin de ses yeux.
Son mari Gilles, gratte-papier exaspéré, s’éreinte dans la paperasserie interminable d’un vaste bureau où, selon le qu’en-dira-t-on, on verse des pots-de-vin pour influencer les instances et s’octroyer des passe-droits pour contourner les règles.
Lise et Gilles habitent un beau rez-de-chaussée dans un immeuble situé au bout d’un cul-de-sac tranquille malgré les nids-de-poule.
Un cache-misère en rotin dissimule un vieux porte-manteau dans le séjour où la lumière traverse un œil-de-bœuf éclairant vivement la pièce. Près d’un porte-revues se dresse une lampe à abat-jour attrayante, véritable chef-d’œuvre de décoration moderne.
Entre-temps, dans la cour de devant, à l’ombre d’un gratte-ciel tout proche, s’épanouissent des gueules-de-loup bigarrées ainsi que des reines-claudes offrant les fruits les plus juteux.
Des perce-neige, des boutons-d’or et des queues-de-renard fleurissent dans une plate-bande, chacun à sa saison. Lise cultive aussi des cœurs-de-pigeon en pot pour agrémenter ses salades. Quant aux volatiles, des oiseaux‑mouches et des rouges-gorges sont monnaie courante en ville.
Côté familial, Lise et Gilles sont tombés amoureux lors d’un rendez-vous arrangé. Jamais rabat-joie, ils partagent un passe-temps des plus agréables : faire du lèche-vitrine au centre-ville. Pour preuve : hier après-midi, Lise a admiré une robe-chemise bleu-vert tandis que Gilles a déniché un baise‑en‑ville, parfait pour une nuitée hors de la maison.
Leurs enfants, Loïc et Réjeanne, adorent faire des casse-têtes et jouer à cache-cache. Les samedis, ils vident leur tirelire pour se payer un tour d’autos-tamponneuses et déguster de la barbe à papa au parc d’attractions.
Quand il pleut, ils sortent leur parapluie puis enfilent leur coupe-vent et leur couvre-chaussure. S’il fait beau, ils font voler leur cerf-volant sous l’arc-en-ciel.
En cuisine, Lise est connue pour ses langues-de-chat délicieuses, le casse-croûte préféré de ses enfants.
Dans le garage, Gilles, touche-à-tout extraordinaire, sait manier le tournevis pour réparer les cols‑de‑cygne des robinets au sous‑sol.
Yves, le frère de Lise, s’active comme cordon-bleu dans un resto-bar réputé pour ses classiques français : pot-au-feu, coq au vin, ris de veau, vol-au-vent et choux-fleurs au gratin.
Émile, le frère de Gilles, œuvre comme conservateur-restaurateur dans un château-musée pittoresque. Un solide garde-fou y a été aménagé le long d’un à-pic pour prévenir les chutes, alors qu’un saut-de-loup en bloquait autrefois l’accès. Plutôt morne, l’endroit voit fréquemment tournoyer des chauves-souris sous la demi-lune du ciel nocturne.