Votre journal n’est pas un juge
Récemment, un groupe de personnes anonymes a contacté la rédaction de L’Eau vive pour attirer son attention sur une situation conflictuelle.
Ce type de démarche n’est pas nouveau. Au cours des années, il est arrivé plusieurs fois que des individus ou groupes d’individus nous sollicitent pour demander une couverture médiatique.
Il s’agit parfois de personnes ayant porté plainte contre quelqu’un, d’employés signalant des dysfonctionnements au sein de leur organisme ou encore de personnes alléguant des pratiques abusives de la part de collègues ou de responsables hiérarchiques.
Vouloir alerter les médias sur une situation jugée injuste ou préoccupante est légitime.
La presse joue d’ailleurs un rôle essentiel pour informer la population, mettre en lumière des problèmes ou bien donner une visibilité à des réalités méconnues.
Mais il est important de comprendre ce que les médias peuvent faire et ce qu’ils ne peuvent pas faire. Surtout lorsqu’il s’agit de journaux communautaires aux ressources limitées.
D’abord, un journal n’est pas un tribunal. L’Eau vive n’a ni le mandat ni les pouvoirs d’une instance judiciaire. Elle ne peut donc pas mener une enquête judiciaire, établir une culpabilité ou prononcer une condamnation. Son rôle est d’informer le public, en s’appuyant sur des faits vérifiables et en respectant les règles déontologiques du journalisme.
Ensuite, une accusation ne constitue pas une preuve. Toute dénonciation doit être examinée avec prudence. Publier des allégations sans vérification suffisante peut porter atteinte à la réputation des personnes concernées et exposer le média à des poursuites pour diffamation. Le journalisme ne consiste pas à relayer automatiquement la version de la personne qui nous contacte, aussi convaincue soit-elle du bien-fondé de sa démarche.
Le rôle d’un média n’est pas de départager deux parties. La rédaction peut se pencher sur une situation d’intérêt public, recueillir des témoignages, vérifier des informations ou présenter des points de vue divergents, mais en aucun cas le journal ne peut trancher entre qui a raison et qui a tort.
Enfin, les moyens dont dispose un média sont à prendre en compte. L’Eau vive est un journal communautaire qui travaille avec des ressources humaines, financières et juridiques limitées. Une véritable enquête d’investigation exige des semaines, voire des mois de travail, des moyens importants et un accompagnement juridique. Nous ne sommes malheureusement pas en mesure de mener ce type de démarche.
Comment nous solliciter ?
Si vous souhaitez attirer notre attention sur une situation ou nous proposer un sujet, voici quelques principes simples qui peuvent faciliter les choses :
- Présentez-vous. Déclinez votre identité et expliquez votre lien avec la situation. Nous avons besoin de savoir à qui nous parlons et de comprendre votre position. Les demandes anonymes ne sont pas valables.
- Anticipez. Si vous souhaitez que nous couvrions un événement, contactez-nous suffisamment à l’avance. Une demande formulée la veille pour le lendemain ne nous laisse pas le temps de nous organiser.
- Appuyez votre démarche avec des faits. Transmettez-nous des documents, dates, chiffres, images ou tout autre élément qui permette de comprendre et de vérifier vos affirmations. Plus votre demande est précise et étayée, plus nous serons en mesure de l’évaluer.
- Respectez notre indépendance éditoriale. Nous examinons les propositions qui nous sont soumises en fonction de leur intérêt journalistique, de leur pertinence pour notre lectorat, des informations disponibles et de nos ressources. Nous nous réservons donc le droit de ne pas donner suite à une demande. Cela ne signifie pas que nous jugeons le sujet sans importance, mais que nous devons faire des choix éditoriaux.
Notre porte reste ouverte aux personnes qui souhaitent nous proposer des sujets ou porter un enjeu à l’attention de la communauté.
Mais cette ouverture s’accompagne d’une responsabilité : le journal est là pour informer, questionner et éclairer le débat, pas pour rendre des verdicts.
Si votre situation relève de la justice, alors c’est elle qu’il faut contacter en premier lieu.