Actualité littéraire

Des cerveaux uniques pour toute la vie
Elyse Proulx-Cullen

Des cerveaux uniques pour toute la vie

Spécial Semaine des aînés

La question de la neurodivergence demeure largement centrée sur l’enfance et les jeunes adultes. Chez les personnes aînées, elle reste peu explorée, ce qui engendre un angle mort avec des conséquences concrètes sur la santé, l’autonomie et la dignité de cette population.

Un premier constat est celui de la sous-reconnaissance.

De nombreuses personnes autistes ou porteuses d’un TDAH traversent une grande partie de leur vie sans diagnostic, ayant développé au fil des décennies des stratégies de camouflage qui masquent leurs traits aux yeux des proches et des professionnels de la santé.

Une étude récente menée auprès de 18 adultes ayant reçu un diagnostic tardif d’autisme, entre 60 et 77 ans, montre que ce moment est à la fois libérateur et douloureux.

Libérateur parce qu’il permet enfin de comprendre un vécu de différence ressentie tout au long de la vie.

Douloureux parce qu’il s’accompagne d’un deuil pour les décennies vécues sans reconnaissance ni soutien adapté.

Les auteurs de l’étude appellent à un changement de posture en gérontologie, où le diagnostic tardif serait traité non comme un aboutissement, mais comme le point de départ d’un accompagnement à la reconstruction identitaire.

Le TDAH connaît une invisibilisation similaire. Une revue systématique et une méta-analyse portant sur la prévalence du TDAH chez les personnes âgées révèlent que la grande majorité des cas demeurent non détectés ou non traités dans cette tranche d’âge.

Ce sous-diagnostic s’explique en partie par le fait que les symptômes du TDAH (difficultés attentionnelles, désorganisation, impulsivité) peuvent être attribués à tort au vieillissement normal ou à un déclin cognitif débutant.

Cette confusion retarde l’accès à un accompagnement approprié et peut faire porter un poids injustifié de suspicion de démence sur des personnes neurodivergentes de longue date.

Cette invisibilité s’accompagne d’enjeux d’exclusion sociale bien documentés.

Une recherche menée par le Centre de recherche et d’expertise en gérontologie sociale auprès de personnes vieillissant en situation de neurodiversité à Montréal et à Québec ainsi que de leurs proches aidants met en évidence des obstacles systémiques dans l’accès au logement, le maintien des réseaux sociaux et l’adéquation des services de santé et sociaux.

Ces constats invitent à une vigilance particulière dans les milieux de soins aux aînés et surtout dans les communautés francophones minoritaires où l’accès en français est limité.

Ils invitent aussi à reconnaître qu’un trait neurodivergent n’est pas un symptôme de démence, à adapter la communication et l’environnement sensoriel plutôt que d’exiger une conformité tardive, et à outiller les intervenants pour qu’ils distinguent le vieillissement cognitif typique, le déclin neurocognitif et l’expression, tout au long de la vie, d’un fonctionnement neurodivergent.

Reconnaître la neurodiversité à un âge avancé va au-delà de la correction d’une lacune de diagnostic. C’est redonner à des personnes qui ont souvent vécu une vie entière d’adaptation silencieuse la possibilité d’être comprises, soutenues et respectées dans leur différence.

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