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Chronique littéraire publiée dans l'Eau vive

Relations Canada-Afrique : entre prise de conscience et crise de confiance
Charlie Mballa

Relations Canada-Afrique : entre prise de conscience et crise de confiance

On a coutume de dire que lorsqu’on raconte deux fois la même histoire, c’est qu’on radote… Dans ce cas-ci, on n’en est pas loin. Car Faire mieux, c’est prendre l’Afrique au sérieux aurait pu être le titre de cette chronique.

Certains de mes lecteurs auraient trouvé, avec raison, que je radote, puisque c’est le titre d’un texte que j’avais signé pour un autre journal le 1er février 2024. L’actualité semble pourtant justifier que je raconte à nouveau la même histoire.

Les faits, d’abord : un rapport du Sénat canadien et une sortie de certaines personnalités issues des représentations diplomatiques africaines au Canada.

D’une part, une étude de décembre 2025 du Comité sénatorial permanent des Affaires étrangères et du Commerce international, sur les intérêts et l’engagement du Canada en Afrique, fait le procès-verbal de la réalité.

« Malgré le rôle et l’influence croissants de l’Afrique sur la scène mondiale, le Canada n’a pas adapté son engagement envers le continent en conséquence. »

Un diagnostic qui n'étonne pas ! Pensons seulement au « retour » dans le monde annoncé en 2015 par le prédécesseur de Mark Carney. Retour presque avorté, du moins en ce qui est de l’Afrique, continent insuffisamment pris au sérieux. Et le successeur de Justin Trudeau ne semble pas faire mieux.

Le deuxième fait tend à confirmer le diagnostic alarmant du Sénat. Plus qu’un simple exercice de communication et de diplomatie publiques, le tocsin sonné par certains diplomates est un appel à une prise de conscience.

Face à une Afrique présentée comme « l’avenir du monde » par l’ambassadeur du Gabon au Canada, Alexis Bengone, le premier ministre canadien semble avoir fait le choix de s’occuper du monde présent et de focaliser sur les gains immédiats.

Si le haut-commissaire de l’Afrique du Sud au Canada, Rieaz Shaik, se désole que Mark Carney « ne mentionne pas l’Afrique dans ses discours », le diplomate gabonais se console sur Radio-Canada (ce 17 mars 2026), « convaincu qu'il n'y a pas d'autre choix pour le Canada que de se tourner rapidement vers l'Afrique », faisant écho à la posture normative du Sénat canadien.

Dans le contexte de turbulences, de mutations, voire de rupture dans lequel notre monde est plongé, il faut se rappeler ce discours que bien d’observateurs considèrent déjà comme historique, prononcé alors par un « jeune » premier ministre à Davos le 20 janvier 2026 et dont l’un des points clé était la nécessité, pour les petites et moyennes puissances, d’anticiper les transformations mondiales, pas les subir !

Le monde change. L’Afrique aussi. Notre regard sur ce continent doit donc aussi évoluer. C’est dire qu’après une stratégie mondiale pour l'Afrique, le Canada a sans aucun doute besoin de l’Afrique pour sa stratégie pour le monde, sous peine de subir les transformations en cours dans ce continent…

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