Actualité littéraire

Je passe à l’heure d’automne
Mélanie Fossourier

Je passe à l’heure d’automne

La saison palindrome qui se termine comme elle commence, dans un cycle infini, s’achève. J’ai envie de dire ouf. Ce rythme fou s’apaise.

Quel que soit le bout par lequel je le prends, l’été me revient toujours dans la tronche. Comme un boomerang vraiment très précis. Ou un chien un peu trop enthousiaste qui vous fait la fête au point de vous jeter par terre.

Au début, je suis contente, l’été s’annonce, ce qui suppose un retour en France.

Fin juin, tout est sous contrôle. Les valises sont prêtes et vides. Il n’y a plus qu’à prendre la voiture l’avion le taxi le TGV le car et à peine huit jours plus tard, nous voilà au paradis du bout du monde. Devant nous, des semaines de farniente. Été, c’est la version courte pour éternité.

Au programme : famille, amis, les vacances. Enfin vacances, il faut le dire vite. Étymologiquement, ça veut dire vide. Ça ne veut pas dire douze ados dénutris, le Nutella en intraveineuse, qui s’abattent sur le frigo comme une invasion de sauterelles.

Mi-juillet, les choses ont sensiblement dérapé. Les journées commencent à 17 heures (à dix-neuf personnes, une certaine force d’inertie s’installe) et se terminent à trois du mat’ parce qu’on est bien à jouer aux cartes à la fraîche, par 32 degrés. Été, c’est la version courte pour exténuée.

Fin août, je m’assieds sur les valises remplies des livres que je n’ai pas eu le temps de lire, en espérant qu’elles pèsent 23 kilos si je retire un bikini. Je fais un dernier tour dans la maison. La douche est bouchée par les ruines d’un château de sable, le lave-vaisselle fait la grève et le rideau du dortoir est en berne. Heureusement qu’on rentre, on va se reposer.

Vivement l’heure d’hiver !

Quoi ? On ne change pas d’heure ? Toute l’année en tongs, tartinée de crème solaire le matin et le soir d’antimoustique ?

Quoi ? On ne dort pas une heure de plus après avoir perdu pendant une heure le sens des aiguilles d’une montre ? Mais moi je suis une fille de novembre ! Les racines de mon prénom puisent dans le noir, la mélancolie est ma cousine, la nostalgie, ma sœur. Je veux le long tunnel de pluie de l’automne, la nuit qui tombe à seize heures et me cacher sous la couette. Que le temps passe sans me voir.

Ça ne se fait pas de dire qu’on n’aime pas l’été, qu’on trouve le ciel trop bleu, la mer trop salée, les moustiques trop voraces. À peine l’été commence qu’il est déjà fini. C’est si court, trois petites lettres pour une saison qui se conjugue au passé. La pluie enveloppe, la nuit protège des années qui passent sous les pieds mouillés des enfants qui n’en sont plus.

C’est la rentrée, les pantalons ont rétréci de dix centimètres. Pas besoin de les changer, en juin prochain, ils feront des shorts parfaits et tout pourra recommencer.

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