Une église reprend vie grâce au dévouement d’une famille fransaskoise
En 1981, l’église de Saint-Joseph à Courval, à l’ouest de Regina, a célébré sa dernière messe. La même année, Paul Marcil et sa famille quittent le village comme la plupart des autres familles pour s’installer à la ville. Sans savoir que, des décennies plus tard, ils achèteraient l’église pour la retaper de fond en comble.
En 1974, Paul Marcil, originaire de Courval, et Evelyn Curtis, de Gravelbourg, se marient dans la chapelle de l’église de Saint-Joseph à Courval.
Puis, ils emménagent dans une maison de l’autre côté de la rue avec leurs deux filles Allison et Kristin, jusqu’à leur déménagement à Weyburn quelques années plus tard.
« Bien que je sois parti en 1981, je suis resté membre du club communautaire », raconte Paul Marcil, mécanicien de métier.
En 2017, ce dernier se rend à Courval pour la dernière réunion annuelle du club et lance une proposition : réparer le toit de la chapelle de l’église.
« Ils m’ont répondu ‘Non, toi tu peux le faire’. Et moi, je leur ai dit que ce sont les jeunes qui devraient monter pour le réparer, pas un vieil homme ! Ils suggéraient que ce soit moi qui le finance, en tant que propriétaire. »
Et c’est ce qu’il s’est passé : Paul et sa fille Allison deviennent propriétaires de l’église la même année et se mettent à la retaper, commençant par la chapelle, puis la grotte et la cour.
De 2020 à 2021, ils remplacent le toit et rénovent le sous-sol de l’église. Depuis 2022, ils se concentrent sur l’intérieur et la cour.
Surtout, à l’hiver 2025, Paul et sa femme Evelyn décident de vivre de façon permanente à l’intérieur de l’édifice.
Plus qu’une rénovation
L’église est beaucoup plus qu’un projet de rénovation pour les Marcil. Leur ambition : qu’elle reste un lieu riche en histoire communautaire et qu’elle redevienne un lieu de rassemblement.
« C’est grâce à ma fille Allison que ce projet est devenu aussi élaboré, reconnaît Paul Marcil. C’est elle qui a proposé le verger, la pépinière, la galerie d’art, le café, les ateliers… Je suis là pour l’aider à réaliser ses rêves. »
C’est elle qui renomme l’église The Church Café & Gallery, annonçant l’envergure du projet.
Et pour cette pharmacienne établie à Pilot Butte, même si Courval ne compte plus que quatre résidents, victime de l’exode rural dans les années 1980 comme bon nombre d’autres villages, le soutien de la communauté demeure essentiel.
« On reçoit beaucoup de visiteurs qui sont originaires de Courval mais qui n’ont pas visité depuis dix ou même vingt ans. C’est cette communauté-là qui reste pour un bout de temps pour jaser et pour partager leurs histoires », témoigne Allison Marcil.
Et parfois, les soutiens sont inattendus : « On reçoit beaucoup de soutien à partir des réseaux sociaux. Je reçois des messages de gens qui avaient visité leur grand-mère à Courval, par exemple, qui sont maintenant investis dans le projet. »
Un lieu riche en histoire
Léo Tremblay, dont les racines familiales sont étroitement liées à l’histoire du village, se réjouit de la rénovation de l’église.
« Mes ancêtres ont joué un rôle important dans l’établissement de l’église en 1927. Mon arrière-grand-père a financé la cloche et tous les noms de ma famille sont gravés dessous. »
Et ce sont d’autres Tremblay qui ont mené la construction de la grotte et de la chapelle dans les années 1960.
À l’âge de douze ans, Paul Marcil avait aidé le grand-père de Léo à construire la clôture pour la chapelle.
« C’est un landmark pour Courval, constate le fermier. Sans l’église, les gens ne se souviendront pas. »
Un panneau affiché sur le mur extérieur de la chapelle commémore le concile Vatican II de 1962, qui a apporté de grands changements dans la vie des Canadiens français catholiques.
Selon l’historien fransaskois Laurier Gareau, « la plupart des francophones étaient baptisés et mariés dans les paroisses et se rendaient de façon fervente à la messe » à cette époque.
Mais le concile œcuménique a « ouvert l’Église » pour que le clergé soit moins impliqué dans les affaires des francophones.
« Vatican II avait pour but de réformer l'Église catholique. Le clergé dominait complètement. Il avait une force qui gardait les francophones en bas, qui ne leur permettait pas vraiment d'atteindre leur plein potentiel », commente l’historien.
Les années passant, ces changements ont eu un impact sur la francophonie de la Saskatchewan.
« Ça a pris un autre vingt ans avant que la même mentalité qui s'était installée au Québec se produise ici », ponctue Laurier Gareau.
Le manque de prêtres et de paroissiens a condamné beaucoup d’églises à la fermeture dans les communautés francophones. Mais, par le jeu d’un destin inespéré, Courval y aura échappé.