Écrans à l’école : apprendre sans dépendre
Si les cellulaires sont interdits au sein des écoles saskatchewanaises, les écrans trouvent malgré tout une place dans les pratiques pédagogiques. Entre tableaux numériques, ordinateurs et tablettes, les nouveaux outils peuvent aider les enseignants dans leurs tâches, à condition d’en faire une utilisation raisonnée.
Depuis l’année scolaire 2024-2025, le gouvernement de la Saskatchewan a interdit l’utilisation du téléphone cellulaire dans les écoles, sous réserve de certaines exceptions.
Dans sa salle de classe à l’école du Parc de Regina, Eugène Tognonmegni fait appliquer la règle.
Eugène Tognonmegni, enseignant à l’école
du Parc à Regina. PHOTOS Crédits : Courtoisie
« Les appareils apportés de la maison sont déposés dans un bac au début du cours et remis aux élèves à la fin du cours », explique l’enseignant.
Mais cette interdiction ne signifie pas que toutes les technologies doivent disparaître des salles de classe pour autant.
« Les ordinateurs intégrés à l’école depuis les années 2010 restent des outils précieux pour soutenir les élèves ayant des besoins particuliers, notamment en lecture », précise à ce propos Nathalie Brissette-Chenery, conseillère dans les écoles du Conseil des écoles fransaskoises (CÉF).
Une utilisation maîtrisée
Les tableaux numériques peuvent par exemple favoriser la participation et l’interactivité, à condition qu’ils soient adaptés à l’âge des élèves.
Pour la conseillère du CÉF, l’essentiel est de donner à chaque utilisation une intention pédagogique précise.
Nathalie Brissette-Chenery, conseillère dans les écoles du Conseil des écoles fransaskoises (CÉF).
PHOTOS Crédits : Courtoisie
« L’enseignant doit avoir un objectif pédagogique clair, cibler des sites précis et limiter le temps de recherche en fonction de l’âge », explique Nathalie Brissette-Chenery.
Eugène Tognonmegni reconnaît l’utilité des écrans pour certaines activités, comme « pour mener des recherches ou préparer des travaux, qu’ils soient à présenter ou à remettre ».
Son collègue Atta Seraphin est du même avis : « Les écrans à l’école n’ont pas que des inconvénients, ils peuvent être utiles, notamment pour les élèves qui apprennent plus facilement grâce aux contenus visuels. »
Atta Seraphin, enseignant à l’école du Parc à Regina. PHOTOS Crédits : Courtoisie
Dans sa classe, l’enseignant les utilise pour présenter des situations d’apprentissage, montrer des vidéos éducatives ou consolider certaines notions.
Vers un usage responsable
L’usage des écrans soulève malgré tout des questions quant au développement de l’enfant et à sa capacité d’attention.
Pour Nathalie Brissette-Chenery, les besoins des jeunes doivent être au cœur de toute réflexion. « Chaque stade de développement a ses besoins. Plus l’enfant est jeune, plus ces années sont déterminantes. »
Et de poursuivre : « Un cerveau se développe de manière saine grâce au mouvement, aux interactions humaines et à un environnement stimulant, avec des figures d’attachement sécurisantes. »
Les jeunes enfants seraient donc particulièrement vulnérables à une utilisation excessive des écrans.
« Leur cerveau n’est pas conçu pour la surstimulation et la surcharge sensorielle provoquées par les écrans », soutient l’experte.
Cette préoccupation concerne surtout les apprentissages fondamentaux que sont la lecture, l’écriture et les mathématiques, qui « nécessitent de la manipulation et des interactions concrètes ».
La concentration constitue également un enjeu : « Le cerveau s’habitue à zapper rapidement d’un sujet à l’autre, à traiter l’information de manière superficielle et à rechercher des décharges immédiates de dopamine. »
Les réseaux sociaux sont ici en cause. « Faites l’expérience : observez ce que vous ressentez après 30 minutes passées à faire défiler du contenu sur Instagram », propose-t-elle.
En classe, Atta Seraphin observe ces effets délétères chez certains jeunes : « L’utilisation des écrans à l’école peut entraîner une fatigue cognitive, des distractions, un manque de concentration, une fatigue oculaire et une diminution des interactions. »
Christelle Atta, élève de 9e année à l’école Monseigneur de Laval à Regina. PHOTOS Crédits : Courtoisie
Les élèves eux-mêmes reconnaissent que les règles ont leur raison d’être. Christelle Atta, en 9e année à l’école Monseigneur de Laval à Regina, trouve « raisonnables » les règles relatives à l’utilisation des téléphones cellulaires.
En définitive, pour Nathalie Brissette-Chenery, trois critères devraient guider les écoles dans l’utilisation des technologies : « L’âge de l’enfant, une intention pédagogique claire liée au programme d’études et un temps d’exposition à l’écran limité. »