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Ces anglophones qui persévèrent dans le français
Golnoosh Sarlak
/ Catégories: Société, Francophonie

Ces anglophones qui persévèrent dans le français

En Saskatchewan, 52 000 personnes déclarent pouvoir soutenir une conversation en français et en anglais. Mais dans un environnement largement anglophone, les occasions de parler français au quotidien restent limitées. Des francophiles ne baissent malgré tout pas les bras et font vivre la langue de Molière à leur façon.

Pour certains, le français dépasse largement le cadre scolaire ou professionnel. Il devient un choix personnel, une passion culturelle ou une façon de créer des liens humains.

C’est le cas des membres du petit groupe Inspiration bilingue, qui se réunit chaque semaine en ligne depuis 2020 pour pratiquer le français.

Inspiré de l’approche Toastmasters, sans être affilié officiellement à l’organisation, le groupe rassemble actuellement six participants actifs provenant de la Saskatchewan, de l’Alberta, de la Colombie-Britannique et même des États-Unis.

Plusieurs membres ont déjà fait partie de clubs Toastmasters officiels et ont choisi d’en conserver la structure, fondée sur la prise de parole, la rétroaction constructive et la progression personnelle.

Le niveau de français utilisé est avancé, mais l’objectif n’est pas la perfection linguistique. Il s’agit avant tout de continuer à parler, à échanger et à faire vivre une langue qu’ils ont choisi de garder dans leur vie.

Un lien personnel

Pour Richard Kerbes, membre du groupe Inspiration bilingue, l’intérêt pour le français remonte à ses années d’études.

« J’ai beaucoup aimé apprendre les bases du français au secondaire et j’ai toujours souhaité améliorer mes compétences linguistiques », explique le locuteur.

Mais, avec le temps, cette motivation a pris une dimension plus personnelle puisque sa conjointe, Éveline Boudreau, est francophone de langue maternelle, et mieux communiquer avec elle fait aujourd’hui partie de ses motivations.

Même chose pour Eric Woodsworth, anglophone lui aussi, pour qui l’intérêt pour le français dépasse le cadre personnel.

Ce dernier y voit une façon de soutenir la communauté fransaskoise et de contribuer au bilinguisme canadien.

« Ça met en valeur des générations de francophones qui sont ici en Saskatchewan depuis des siècles », souligne-t-il.

Selon le francophile, le groupe Inspiration bilingue offre aussi un espace rassurant pour les anglophones qui souhaitent pratiquer leur français sans la pression d’un environnement académique.

« Je crois que les anglophones du groupe aiment simplement parler français dans un milieu informel », résume-t-il.

Des espaces précieux

À l’échelle canadienne, près de 6,6 millions de personnes peuvent soutenir une conversation dans les deux langues officielles. Mais maintenir cette compétence en milieu minoritaire demande des efforts.

Même si le groupe Inspiration bilingue attire des francophiles, il répond aussi à un besoin chez certains francophones.

Éveline Boudreau éprouve le manque d’occasions de parler français dans sa vie quotidienne et accompagne donc son compagnon.

« J’ai très peu d’occasions de parler français avec d’autres personnes », confie celle qui écoute Radio-Canada et France Culture, et qui lit en français.

« C’est une façon de passer à l’action, dit-elle. J’y parle un peu français avec quelques personnes, et c’est un moment choisi d’échanger avec ces amis. »

Dans une province où l’anglais domine largement l’espace public, continuer à parler français sans obligation n’a rien d’anodin.

Pour certains, c’est une question de curiosité intellectuelle. Pour d’autres, de relations humaines ou d’engagement communautaire.

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