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Le Canada découvre enfin sa richesse
Dwayne Walter
/ Catégories: Chronique environnement

Le Canada découvre enfin sa richesse

Le Canada vient enfin d’arriver à une idée qui aurait dû s’imposer depuis longtemps, peut-être au moment où l’on a découvert le pétrole, la potasse, l’uranium, l’hydroélectricité, ou simplement le bon sens.

Un pays doté des richesses naturelles comme le Canada ne devrait pas se contenter d’extraire ses ressources, d’encaisser des redevances, de dépenser l’argent, puis de recommencer le cycle jusqu’à la prochaine crise budgétaire.

Il devrait transformer un avantage temporaire en richesse nationale durable.

Voilà pourquoi le fonds souverain national proposé est une bonne idée, très en retard.

Pendant des décennies, le Canada s’est comporté comme un pays timide, divisé ou ensorcelé par l’idéologie pour saisir sa vraie valeur.

Nous avons de l’énergie, des minéraux, des terres agricoles, des forêts, de l’eau douce, de l’hydroélectricité, des ports, des corridors ferroviaires, une géographie arctique et certains des gestionnaires de fonds de pension les plus sophistiqués au monde.

Pourtant, au lieu de bâtir un véritable bilan national permanent, nous avons souvent traité la richesse issue des ressources comme un revenu annuel : utile pour les budgets, vulnérable à la politique, et facile à consommer.

Une occasion manquée

Si, depuis un demi-siècle, le Canada avait systématiquement transformé ne serait-ce qu’une partie de ses revenus tirés des ressources en participations publiques, en propriété d’infrastructures et en capital d’investissement à long terme, nous ne débattrions pas aujourd’hui.

C’est ce que les fonds souverains font lorsqu’ils sont bien conçus. La Norvège a transformé sa richesse pétrolière en l’un des grands instruments d’investissement intergénérationnel de la planète.

Le Qatar a utilisé sa richesse énergétique pour acquérir une influence stratégique bien au-delà de sa géographie.

Il nous faut donc une formule à la canadienne : de la prudence pour préserver la richesse, de l’ambition pour projeter de la puissance et du pragmatisme pour comprendre que les ressources ne sont pas une honte nationale mais un héritage.

Bien conçu, un tel fonds pourrait contribuer au financement de projets majeurs en énergie, transport, minéraux critiques, ports, réseaux électriques, sécurité alimentaire, tout en rappelant que les ressources de l’Ouest, du Nord, du Québec, des Prairies, de l’Atlantique et de l’Ontario ne sont pas des intérêts régionaux isolés, mais les éléments d’une plateforme nationale de richesse.

Il y a aussi l’occasion de donner aux Canadiens une participation directe. Si Ottawa entend créer un produit d’investissement de détail lié au fonds, il devrait aller plus loin : le rendre admissible au CELI (compte d’épargne libre d’impôt).

Mieux encore, il devrait augmenter les droits de cotisation au CELI pour les Canadiens qui choisissent d’y investir. Permettons aux citoyens de posséder une part du pays qu’ils contribuent à bâtir !

Bien entendu, tout cela ne fonctionnera que si le fonds est protégé des pires habitudes de la politique canadienne. Il ne doit pas devenir une caisse électorale, une machine à subventions, une monnaie d’échange régionale ou un jouet idéologique.

Le fonds doit être discipliné, géré professionnellement et capable d’investir dans les forces du Canada, dont l’énergie conventionnelle.

Un fonds souverain qui ne peut pas investir sérieusement dans l’énergie canadienne n’est pas un fonds souverain. C’est une politique industrielle déguisée en fonds souverain.

Le fonds ne pourra pas non plus compenser un système réglementaire qui effraie les capitaux qu’il est censé attirer.

L’argent a encore besoin de permission pour construire. Si le Canada continue de traiter les permis comme des parcours d’obstacles et les grands projets comme des prises d’otage entre gouvernements, même un fonds bien capitalisé aura du mal à réussir.

Il faut néanmoins soutenir l’idée, car l’alternative est pire : une génération de plus à vendre, taxer, dépenser, puis se demander pourquoi un pays riche en ressources se sent plus pauvre qu’il ne devrait.

Le Canada ne manque pas de richesse. Il lui manque l’habitude de penser comme un pays qui entend la conserver.

Un fonds souverain national ne réparera pas des décennies d’occasions manquées. Mais s’il est bâti avec discipline, ambition et participation directe du public, il pourrait marquer un tournant longtemps attendu : cesser de dépenser l’héritage et commencer à posséder l’avenir.

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