Horizons

Chronique littéraire publiée dans l'Eau vive

Le soleil se lève encore à l’est
Bayla Pollick
/ Catégories: Intrigues idiomatiques

Le soleil se lève encore à l’est

Dans ces expressions de lieu que je vous propose, je me promène entre états d’âme et points cardinaux, entre paysages intérieurs et tournures bien ancrées dans notre langue.

Tels les dehors, tel le dedans. Mon apparence est comme un miroir de ma géographie intérieure.

Curieuse comme la gazette du quartier, je débite toutes les nouvelles de chez moi. Mais, impitoyable, je ne fais pas de quartier.

Coléreuse, j’ai la tête près du bonnet. Fâchée, je saute au plafond. Distraite, à côté de mes pompes, je perds le nord, sombrant dans une brume confuse.

Perdue à l’ouest, je suis dans la lune. La tête dans les étoiles et les pieds sur terre, je demeure à la fois rêveuse et ancrée dans la réalité.

Et, comme un cheveu sur la soupe, j’arrive inopinément. Vent du sud, pluie au bout. Je prévois les premiers signes d’une tempête. Sur la sellette, je suis exposée aux intempéries, dans une posture inconfortable.

Chaque chemin ayant sa flaque, chaque parcours, quelle que soit sa nature, m’impose des difficultés. Ne voyant ni fond ni rive, je me heurte à une problématique si embrouillée que je ne peux en comprendre le début ni la fin. À côté de la plaque, je me trompe lourdement.

Pourtant, craignant les eaux, je demeure au rivage. Je dois m’aventurer hors de ma zone de confort. Au bout du rouleau, je suis dans une situation désespérée. N’ayant pas ma place, je me sens comme un poisson hors de l’eau. C’est que, tirant des plans sur la comète, j’ai élaboré des projets qui ont très peu de chances de se réaliser.

Peu importe, au pied du mur, je suis contrainte d’agir. Agissant jusqu’à la garde, jusqu’au bout, je fais les choses à tout bout de champ, à chaque instant. Et soulevant des montagnes, je persévère face à de grands défis. Poursuivant mon petit bonhomme de chemin, j’avance à mon propre rythme.

Comme il n’y a pas le feu au lac, je travaille sans hâte. Ce n’est pas la mer à boire, mon projet n’a rien de compliqué ou d’impossible après tout. Tutoyant les sommets, j’ai atteint un niveau inimaginable.

Je finis par prendre le large. Je m’éloigne pour respirer un autre air. Puis, la clé des champs en main, je m’égare sans but. Tenant les murs, je ne fais plus rien. Un feu lointain ne me réchauffant point, ce qui brille au loin, si séduisant soit-il, n’a pas d’effet réel et immédiat sur moi.

Je ne suis pas prophète dans mon pays. Ce sont les étrangers qui m’admirent le plus. Du même bord qu’eux, je partage volontiers leur opinion.

Néanmoins, les absents ayant toujours tort, je critique sans hésitation celui qui n’est pas là pour se défendre. Lui ayant tenu la dragée haute, je lui ai opposé une forte résistance, quitte à l’envoyer voir ailleurs si j’y suis, je lui ai dit de me laisser tranquille.

Il n’y a que les montagnes qui ne se rencontrent jamais. Heureusement, lui et moi, nous nous croiserons, tôt ou tard. Et cela m’en bouche finalement un coin. Je reste ébahie.

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