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Chronique littéraire publiée dans l'Eau vive

Le duo Prairie Comeau invite à ralentir la cadence avec des chansons d’antan
Leanne Tremblay

Le duo Prairie Comeau invite à ralentir la cadence avec des chansons d’antan

Sorti le 28 septembre, le nouvel album L’Emprunt(e) vol.3 du duo folk montréalais Prairie Comeau, composé de la Fransaskoise Anique Granger et du Québécois Benoît Archambault, continue de puiser dans le répertoire canadien-français. En s’inspirant de la série La bonne chanson qui comprend plus de 500 titres pour la plupart issus des années 1940, le groupe fait ainsi rayonner des chansons d’antan.

Comment avez-vous découvert La bonne chanson ?

Anique Granger : On a toujours fait des chansons plus vieilles, d’avant les années 1950. Quand on s'est rendu compte qu’il y avait plusieurs chansons qui tombaient dans le répertoire de La bonne chanson, on a remis la main sur le livre. Et c’est vraiment une mine d'or !

Benoît Archambault : Et il y en a beaucoup, 550 à peu près, donc pour nous c'était comme découvrir un petit trésor parce qu'il n’y a pas beaucoup de monde qui s'attaque à ce répertoire-là.

C’est votre troisième album inspiré de La bonne chanson. D’où le titre L’Emprunt(e) ?

Benoît Archambault : C’est un emprunt mais le ‘e’ entre parenthèses fait aussi référence à « l'empreinte », celle qu'ont laissée ces chansons-là dans le temps.

Anique Granger : Et c'est aussi un relief topographique indiquant l'impact que ça a eu sur nous culturellement.

À quoi ressemble le processus de remise au goût du jour de ces chansons d’antan ?

Benoît Archambault : On choisit chacun de notre côté des chansons qui nous interpellent, on regarde le texte, puis on voit en quoi ce texte-là résonne en nous aujourd'hui. Ensuite, on se permet quelques libertés. On change carrément la musique ou on intègre d'autres chansons à l'intérieur d’une chanson…

Anique Granger : Et ça devient une nouvelle œuvre. Les chansons peuvent prendre un autre sens quand on les regarde autrement. La chanson Élégie par exemple a pris vraiment longtemps. J’étais attirée par la mélodie mais j'avais de la difficulté à connecter avec le texte. Un soir, dans un moment d'insomnie, j'ai changé deux petits mots dans le refrain et, comme ça, j’ai eu plus de facilité à la chanter.

Quelles sont les thématiques qui ressortent de ce vieux répertoire ?

Anique Granger : Ce sont des images du quotidien de cette époque : la famille, la ferme, le curé…

Benoît Archambault : C'est sûr que la religion est omniprésente. Cela dit, on change quelques mots ici et là pour faire une place plutôt à la spiritualité. Il y a aussi des chansons sur les relations et l'amour, comme aujourd’hui… Seule la façon de faire a changé.

Ces chansons trouvent donc encore leur public ?

Benoît Archambault : Au fil du temps, des chansons sont devenues nos coups de cœur et ceux du public. Pour le public, les chansons les plus connues éveillent des souvenirs. « Ah ! Ma mère me chantait Partons, la mer est belle quand j'étais jeune ! » C’est un commentaire qu'on reçoit souvent après les spectacles. C'est vraiment touchant.

Anique Granger : Pour le prêtre [l'abbé Charles-Émile Gadbois] qui a récolté et publié ces chansons, le désir était de faire préserver la culture canadienne-française. Ma grand-mère avait ces livres-là dans son banc de piano. Tous les gens en Saskatchewan qui sont allés au camp Voyageur ont chanté ces chansons autour du feu.

Selon vous, que peut-on tirer de ces vieilles chansons ?

Anique Granger : On vit dans un monde qui va très vite, où on consomme beaucoup, et prendre le temps de se rassembler, de chanter ensemble, d’écouter les textes, de lire des poèmes, de chanter dans la cuisine, ce sont des choses qu'on a un peu perdues. Ça fait du bien de repenser à une époque où ça se faisait. Je pense qu’on peut encore le faire, j'ai espoir.

Benoît Archambault : Ce sont des chansons qui appellent à ralentir. Quand on les chante, on ressent physiquement cet appel à revenir à soi. Ça ne veut pas dire pour autant qu'on n'est pas dans la modernité. C'est un beau rappel.

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