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Chronique littéraire publiée dans l'Eau vive

Martin LeBoldus : une école pionnière de l’immersion

En 1976, l’école secondaire catholique Dr Martin LeBoldus de Regina ouvrait ses portes. Pour marquer l’occasion, une célébration s’est tenue le 2 février avec plusieurs anciens élèves et, parmi eux, des finissants du tout premier programme d’immersion française au secondaire de la capitale.

Les anciens élèves étaient invités à assister à des visites guidées, à une présentation sur l’histoire de l’école et aux discours de deux invités spéciaux, dont le philanthrope et avocat Myron Tétrault.

Ce finissant de 1985, aujourd’hui basé à Canmore, en Alberta, a fait part de son parcours auprès des jeunes inscrits en immersion.

« Le programme bilingue a été absolument critique pour moi. C’était la chance d’étudier en français et de faire une bonne partie de ma carrière en français aussi », a-t-il déclaré.

Étant donné que le Conseil des écoles fransaskoises (CÉF) n’a vu le jour que dans les années 1990, les vingt-cinq premières années du « programme bilingue », comme il s’intitulait au départ, ont mêlé anglophones et francophones.

Le père de Myron Tétrault, Victor Tétrault, décédé en 2024, a joué un rôle important dans le développement de l’éducation en français.

« Mon père croyait fortement que tout le monde devait avoir la chance de pouvoir apprendre la langue française », a rapporté l’avocat bilingue.

En tant que gestionnaire au Bureau de la minorité de langue officielle du ministère de l'Éducation de la Saskatchewan, Victor Tétrault a œuvré pour l’essor des programmes d’immersion, et pas seulement.

« Il a travaillé avec la communauté francophone pour créer la division scolaire francophone en Saskatchewan », se souvient sa fille Monique Wahl, coordinatrice du programme d’immersion pour la division scolaire catholique de Regina, également présente lors de la célébration.

Des jalons importants

En 2020, la Saskatchewan a souligné les 50 ans de l’immersion française, un jalon significatif dans l’histoire de l’éducation française de la province.

Il faut rappeler qu’en 1918, puis en 1929, à travers ses lois scolaires, le gouvernement provincial a imposé la langue anglaise à l’école, réduisant l’enseignement en français à son strict minimum.

Il faudra attendre l’adoption d’une nouvelle loi en 1968 pour que des écoles « de vocation française » soient créées, faisant de la Saskatchewan l’une des premières provinces au pays à mettre en place le programme d’immersion.

Au fur et à mesure, le programme s’est agrandi et, à l’automne 1977, l’école secondaire catholique Dr Martin LeBoldus a été la première de Regina à l’offrir au niveau secondaire.

Un programme essentiel

Lynette Nishnik, née Loehr, et Suzanne Schneider, née LaBelle, des finissantes de 1983, n’ont presque jamais quitté l’école qui leur a offert une éducation bilingue.

La première y a été enseignante en immersion jusqu’à son départ à la retraite l’année dernière et elle a même dirigé le département du programme d’immersion au sein de l’établissement.

« Puisque la plupart de nos parents ne parlaient pas français, notre classe travaillait beaucoup ensemble. Cet esprit de corps était spécial, on était plus proches », commente-t-elle.

« Comme dans le passé, les élèves en immersion revoient souvent les mêmes enseignants, ce qui leur permet de mieux comprendre les attentes de l’enseignant et les enseignants, eux, peuvent mieux comprendre les besoins des élèves. »

Suzanne Schneider, elle, est adjointe administrative à l’école, toujours fière de son identité fransaskoise.

« Mes deux parents venaient de familles francophones : LaBelle, Bourassa, Roy. Mais quand on se marie à quelqu’un qui n’est pas francophone, la langue se perd, comme du côté de ma mère. Donc mes parents ne voulaient pas que ce soit le cas pour leurs enfants. »

Cette dernière remarque toutefois certains changements au sein du programme comparativement à son époque.

« Tous nos enseignants étaient francophones. On entendait le français dans les couloirs… Maintenant, les francophones sont presque tous sortis du programme d’immersion », note-t-elle.

Toujours en évolution

Un demi-siècle a passé et le programme d’immersion est toujours en mutation, comme le montre Stephen Davis, professeur en éducation à l’Université de Regina, qui s’intéresse aux changements démographiques.

« Il y a une diversité grandissante à l'intérieur du programme d’immersion française. On a de plus en plus d'élèves multilingues qui parlent des langues autres que l'anglais ou le français à la maison. On voit également des familles réfugiées et des familles immigrantes qui choisissent l'immersion française. »

De plus, l’universitaire se penche sur la question de l’insécurité linguistique, une réalité vécue par les apprenants de la langue en immersion.

« Les élèves en immersion ne se sentent pas comme de vrais francophones ou de vrais Fransaskois », souligne-t-il.

Malgré tout, les lignes bougent : « Ces jours-ci, on voit une définition plus vaste, plus globale de la francophonie et de la fransaskoisie. Je remarque plus d’enseignants, par exemple, qui s'identifient comme membres de la communauté francophone, ce que je trouve très encourageant. »

Affichant des taux de croissance encourageants, l’immersion française a encore de beaux jours devant elle en Saskatchewan.

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Leanne Tremblay – IJL-L’Eau viveGhita Hanane

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