Horizons

Chronique littéraire publiée dans l'Eau vive

Le site millénaire des pétroglyphes de Saint-Victor, « un endroit sacré »

Une récente datation au carbone 14 a confirmé que le site des pétroglyphes de Saint-Victor, dans le sud de la Saskatchewan, était fréquenté il y a plus de 2 000 ans. Une révélation à la hauteur de ce que représente le site pour nombre d’habitants de la région.

Saint-Victor constitue le site archéologique d’art rupestre le plus important de la province.

C’est là, gravés dans des affleurements rocheux à un kilomètre au sud du hameau de Saint-Victor, qu’on trouve plus de 360 pétroglyphes, représentant de nombreux motifs tels que des pattes de grizzly et des empreintes de sabots de bison.

Le site est connu pour être le lieu de rassemblement d’anciens peuples autochtones des Plaines, ces derniers profitant des cavernes sous les falaises et de la vue incroyable sur la vallée Sylvan.

Si la fréquentation du site est connue depuis longtemps des archéologues, plusieurs questions restent à élucider, notamment l’identité des visiteurs et la date à laquelle ils fréquentaient le lieu.

Intervient alors le groupe Friends of the St. Victor Petroglyphs, qui a soumis cet été au carbone 14 deux fragments d’os de bison découverts lors d’une fouille archéologique en 1990.

« Les résultats établissent que le fragment qui se trouvait entre 10 à 20 centimètres sous la surface datait de l’an 900 de notre ère. Et celui qui se trouvait entre 40 à 50 centimètres datait de 120 avant notre ère », expose Dave Munro, président du groupe.

Bien que ces révélations concordent avec les hypothèses, Dave Munro ne s’attendait pas à ce que « les fragments d’os soient si vieux ».

« Des indices suggestifs »

Bien avant l’invention de la datation au carbone 14, Tim et Louise Jones, deux archéologues de Saskatoon, avaient publié dans les années 1970 et 1980 le livre St. Victor Petroglyphs: The Place of Living Stone à la suite d’un long projet de recherche.

Selon eux, ce sont les peuples Nakoda qui utilisaient le site des pétroglyphes de Saint-Victor, et ils estimaient que leurs visites remontaient à une période allant de 250 à 1 850 ans auparavant.

Cette hypothèse se basait sur des « indices suggestifs » comme des pétroglyphes comparables trouvés dans le Midwest américain et le manque de motifs de chevaux, cet animal ayant été introduit dans les Grandes Plaines de l’Amérique du Nord en 1750.

« Ces indices sont utiles. On peut faire des hypothèses raisonnables », croit Tim Jones, à qui les récentes analyses donnent raison.

Plus de recherche est toutefois nécessaire pour l’archéologue qui aimerait trouver des artéfacts encore plus pertinents, comme de la poterie ou des pointes de projectile.  

« C’est très intrigant. Ça mérite plus de recherche parce que le site est vraiment spécial », juge-t-il.

Plus qu’un site archéologique

Le lieu revêt depuis plusieurs décennies une importante toute particulière pour les habitants de la région. Une fascination qui subsiste encore aujourd’hui.

Dave Munro, originaire d’Assiniboia, s’est pris de passion pour les pétroglyphes de Saint-Victor non pour leur archéologie mais pour leur art.

« Je fais des dessins à l’encre et je dessine les pétroglyphes. Chaque pétroglyphe a sa propre histoire. Chaque empreinte humaine gravée est dessinée différemment. Pourquoi ? On peut seulement le deviner parce qu’on ne peut pas lire dans les pensées du peuple qui vivait là il y a un millier d’années. »

Claudette Lalonde, une ancienne résidente de Saint-Victor, témoigne elle aussi de l’importance que tenait le site dans sa jeunesse, dans les années 1950.

« On passait beaucoup de temps aux pétroglyphes. On essayait de faire nos propres motifs avec un morceau de bois ou de roche. On a demandé à notre professeur, mais personne ne pouvait nous expliquer comment ni pourquoi il y avait des pétroglyphes. »

Le fermier Dallas Loken, qui a passé toute sa vie près de Saint-Victor, se souvient encore des nombreuses visites aux pétroglyphes dans les années 1960 et 1970.

« Dans ce temps-là, c’était rare de voyager loin, même jusqu’à Moose Jaw. Une visite à Saint-Victor pour un pique-nique communautaire, c’était une grande chose. »

Les pique-niques se tenaient à côté des pétroglyphes, dans le parc régional de la vallée Sylvan.

« Il y avait des escaliers pour monter voir la belle vue. On prenait des photographies de la famille avec tout le monde arrangé sur les escaliers. En plus, il y avait un rocher qu’on pouvait grimper pour une photo plus spéciale », se remémore-t-il.

Dianne Woloschuk née Boutin a aussi grandi sur une ferme près des pétroglyphes, et elle faisait partie des visiteurs en question.

« On aimait beaucoup aller là et grimper, escalader, prendre les sentiers pour monter en haut. Tu peux voir jusqu’à Assiniboia, à 35 kilomètres, quand le ciel est clair. Moi, j’aimais tracer avec mon doigt certaines des images, comme la patte d’ours avec les griffes. »

La francophone, qui demeure maintenant à Saskatoon, retourne fréquemment à Saint-Victor.

« Ma sœur et moi, on y retourne presque tous les ans. Nos parents sont enterrés là dans le cimetière avec bien d'autres parentés. On va toujours aux pétroglyphes parce que c'est un endroit sacré, c'est spirituel, il y a quelque chose de vraiment spécial. »

À cause de la chute d’une section des falaises en 2001, le site des pétroglyphes est désormais clôturé. La meilleure façon de visiter le site est de prendre part à une visite guidée.

Pour plus d’information, rendez-vous sur le site web du groupe Friends of the St. Victor Petroglyphs.  

Imprimer
264 Noter cet article:
Pas de note

Leanne Tremblay – IJL-L’Eau viveLeanne Tremblay

Textes par Leanne Tremblay – IJL-L’Eau vive
Contacter l'auteur

Contacter l'auteur

x

Titres

245678910Dernière