Horizons

Chronique littéraire publiée dans l'Eau vive

Joe Fafard, une figure de proue persistante

Une centaine de Réginois se sont rassemblés le 9 avril au théâtre de la bibliothèque municipale du centre-ville pour la projection du documentaire Fafard, sept ans après le décès de l’artiste de renommée mondiale. Un événement qui témoigne de la trace laissée par le Fransaskois au sein de la communauté artistique locale.

Le réalisateur polonais Jan Nowina-Zarzycki s’intéresse depuis toujours au processus de création qui se cache derrière les œuvres d’art exposées.

Installé à Regina depuis longtemps, le cinéaste s’est ainsi mis au défi de documenter la pratique artistique du célèbre Fransaskois Joe Fafard.

Pendant cinq ans, il a donc filmé le sculpteur : « Il y avait toujours quelque chose de nouveau à filmer ! » dit-il.

Un mentor pour artistes émergents

Après avoir enseigné la sculpture au campus de Regina de l’Université de la Saskatchewan de 1968 à 1974, Joe Fafard s’est tourné vers la création à temps plein.

« Joe Fafard était excellent comme enseignant, et pas seulement à l’université. Quand il a établi sa pratique à Pense, il employait beaucoup de personnes et collaborait avec beaucoup d’artistes et galeristes », indique Wendy Peart.

Frans Lotz fait partie de ceux qui ont travaillé dans l’atelier de Joe Fafard de 2014 à 2019.

« Après avoir terminé mes études en art, j’ai commencé à travailler pour lui. J’ai rapidement remarqué que les artistes hors du monde académique fonctionnaient différemment. Chaque projet n’exigeait pas une grande idée, un message profond, par exemple », rapporte Frans Lotz, lui aussi sculpteur. 

« C’était fascinant de l’observer. C’était un artiste professionnel, répandu, mais qui n’était pas diva », ajoute-t-il.

Originaire d’Afrique du Sud, Frans Lotz a été techniquement embauché pour faire de l’estampe, mais il a rapidement appris que l’équipe était multidisciplinaire.

« C’était un effort de groupe dans l’atelier. Joe [Fafard] nous initiait régulièrement à de nouvelles techniques. Je pense que, parfois, il voyait ça comme un jeu. Il nous donnait des défis. Il avait beaucoup de patience, de grâce et d’humour. Et il travaillait extrêmement fort. C’était inspirant. »

C’est justement l’un de ces défis qui a fait découvrir à Frans Lotz son outil préféré pour sculpter le métal.

« Je devais travailler une barre d’armature et Joe [Fafard] a suggéré que j’utilise un chalumeau oxyacétylénique. Je ne sais pas si c’était une blague ou non, mais quand je l’ai allumé, c’était comme un volcan… C’était la chose la plus incroyable que j’aie jamais vue ! »

Un art toujours pertinent

Joe Fafard sculptait le plâtre, l’argile, la céramique et le bronze. Produisant des œuvres d’art public souvent installées en extérieur, il est mondialement réputé pour ses vaches, bisons et chevaux en bronze à taille réelle.

Wendy Peart, directrice de la galerie Dunlop de la bibliothèque municipale de Regina, souligne un thème souvent traité par Joe Fafard : la vie à la ferme.

« Traditionnellement, c’était une vie difficile. On le sait et on l’apprécie. Et ça, c’est la magie de Joe Fafard. On n’a pas besoin d’être diplômé en histoire de l’art pour comprendre ses œuvres. C’est immédiat, ça résonne et ça forge des connexions. »

La directrice croit aussi que les œuvres animalières de Joe Fafard le représentent en tant qu’individu.

« À travers ses œuvres, Joe Fafard rend hommage à la vie et fait en sorte que ce soit un symbole de résilience et de dévouement. Lui-même incarnait ces deux qualités. »

Le documentaire, sorti en 2022, le montre bien. Même dans sa lutte contre le cancer, le Fransaskois se présentait à son atelier quotidiennement afin de travailler sa liste d’ « ambitions », comme il le disait.

« On croit que la vie d’un artiste est créative, amusante, même facile. Et c’est vrai qu’elle l’est. Mais c’est aussi vraiment difficile. Joe Fafard a dû travailler fort pour atteindre son niveau de succès », relate Wendy Peart.

Un héritage

Le documentaire de Jan Nowina-Zarzycki s’inscrit pleinement dans le mandat de la bibliothèque municipale de Regina qui cherche à sensibiliser le public aux artistes locaux.

« Joe Fafard était un leader dans la communauté artistique de Regina et ses contributions continuent de se répandre encore aujourd’hui », ponctue Wendy Peart.

Pour Linda Gallant, artiste peintre amatrice qui a assisté à la projection, le documentaire constitue même une ressource pédagogique importante pour les jeunes.

« Ce serait bon à l'école. Ses œuvres sont partout en centre-ville et on passe à côté. Il faut s’informer avant de vraiment les apprécier », croit-elle.

De son côté, Frans Lotz voudrait que les jeunes artistes retiennent que la Saskatchewan a une place pour eux.

« Joe [Fafard] a démontré qu’un artiste pouvait rester ici, en Saskatchewan, y vivre et y travailler, et aller loin dans les arts. Il a atteint des niveaux national et international. C’est possible. »

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