Pol : un album habité par le « pouvoir du geste »
Après la sortie de son tout premier album l’an dernier, Raphaël Laliberté-Desgagné, alias pol, revient avec Les curiosités du cabinet (ceci n’est pas un album), enregistré en direct durant une tournée de spectacles aussi intimiste qu’atypique.
Cet album reprend les titres du précédent que vous avez joués lors d’une tournée intitulée Ceci n’est pas un spectacle (voir vidéo clip). Comment cela fonctionnait-il ?
Oui, c’est une réinterprétation du premier avec des versions live. Nous avons donné une cinquantaine de spectacles intimes en studio d’enregistrement. On a fait trois jours à Québec et deux jours à Montréal.
Les personnes arrivaient et demandaient trois chansons dans le catalogue du premier album, puis avec les musiciens on faisait un plan de match pour voir comment leur offrir un spectacle.
La formule a donc bien fonctionné ?
Oui, ça s’est très vite rempli. Je l’espérais mais je ne m’y attendais pas. C’est un concept nouveau, le monde ne savait pas à quoi s’attendre. C’est plus comme une performance ou une installation d’art qu’un spectacle.
Vous avez donné dix représentations de 45 minutes par jour. Ce n’était pas trop fatigant ?
C’est bizarre parce que c’était tellement épanouissant et nourrissant comme expérience. On s’écoutait et on jouait, il y avait autant de communication entre les musiciens qu’avec le public. On avait le goût de continuer !
Il n’y avait pas de pression, on était dans le jeu et dans le plaisir. À la fin on était un peu fatigués, mais on n’a pas vu le temps passer.
Que recherchiez-vous exactement en proposant cette approche ?
Tout le projet est né d’une réflexion autour du fait que l’on n’écoute plus vraiment la musique. On fait toujours autre chose en même temps. Là, le but était de confronter un public restreint à une écoute active et à une présence déstabilisante.
Et pour nous, c’était d’interpréter la musique face à un public 100 % avec nous, par opposition à un grand public impersonnel.
Votre premier opus était une aventure solo, mais pour celui-ci vous étiez donc entouré de trois musiciens (Valence, Ariane Roy et Gabrielle Shonk). Qu’est-ce que ça a changé pour vous ?
Oui, j’ai composé et enregistré tout seul le premier album, c’était un processus très solitaire et introspectif. C’était une démarche créative, pour voir jusqu’où je pouvais aller. C’est comme si j’avais dessiné des croquis et pour ce nouvel album j’ai invité des amis à colorier les chansons.
Quand j’étais tout seul, j’ai joué beaucoup d’instruments, mais quand est venu le temps d’interpréter en live on a dû réduire et jouer avec les contraintes. C’est une approche très différente.
Le premier album était plus contrôlé, tandis que pour le deuxième il fallait jouer avec l’improvisation des autres, agir en direct.
L’album compte quatorze chansons. C’est beaucoup, non ?
Au départ, le but était d’en mettre seulement cinq. Mais finalement les gens nous ont demandé l’entièreté du premier album. On a gardé les plus beaux moments, ce qui dégageait le mieux le moment qu’on a vécu.
Et j’ai ajouté des improvisations et des moments spontanés, ce qui fait que l’album est nettement plus long que le premier. C’était important pour moi de capter ces moments. Ça fait partie de l’expérience.
Il n’y a jamais de chanson parfaite, parfois je me trompe dans les paroles, ou un musicien se trompe dans la musique, mais on rebondit. Chaque moment d’imperfection crée quelque part la perfection. C’est une énergie qu’on ne peut pas créer tout seul en studio. C’est le pouvoir du geste.
Comment qualifieriez-vous le style musical de cet album ?
Indie pop ou alternatif, j’ai du mal à mettre des termes. C’est de la chanson. Ça vient d’un désir de raconter une histoire ou de transmettre une idée.
J’ai beaucoup écouté de classiques, de chansons. J’en ai tellement écouté que ça fait partie de mon vocabulaire. Il y a beaucoup de musique des années 1960 comme les Kinks, Harry Nilsson, ou les Beatles. Beaucoup de musique africaine et du monde aussi.
Finalement, c’est une expérience musicale à part entière que vous voulez offrir.
Oui, j’écoute des albums de musique, pas des playlists. Je le vois comme un film qu’il faut voir de A à Z. C’est une expérience complète.
Mon souhait, c’est que les gens puissent se perdre dans une écoute et tomber dans un univers.
Aujourd’hui, on entend de la musique, on ne l’écoute plus. J’ai l’impression que c’est quelque chose qui se perd. On dit que la musique va mal, mais pour moi tout commence avec la façon dont on la consomme.
L’album Les curiosités du cabinet (ceci n’est pas un album) est disponible sur les plateformes en ligne.