Exposition Art to Art : la « solastalgie » de Laura St. Pierre associée à la Pietà inversée
Jusqu’au 25 mars, l’exposition Art to Art à la galerie d’art Dunlop de la bibliothèque publique de Regina présente des œuvres d’artistes saskatchewanais en diptyque afin de susciter découvertes et conversations. Laura St. Pierre, artiste fransaskoise, en fait partie avec son œuvre Boréal 3. Double entretien avec l’artiste et Wendy Peart, directrice de la galerie et commissaire de l’exposition, qui commentent elles aussi en duo.
Le regroupement des œuvres en diptyque est une technique originale.
Wendy Peart : J’ai vu une exposition de diptyque au Musée des beaux-arts de Montréal il y a quelques années. Depuis, j’attendais le bon moment pour l’essayer moi-même. Art to Art est réalisée en partenariat avec SK Arts, donc j’ai choisi une œuvre de leur collection et une œuvre de Dunlop, et on les a groupées ensemble.
Laura St. Pierre : C'est une super bonne idée. Je pense à mon travail 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, mais le fait d’avoir quelqu'un d'autre qui pense aussi à mes œuvres et qui est en mesure de faire des connexions importantes, c'est une nouvelle façon de les découvrir.
Laura St. Pierre, qu’est-ce qui a inspiré votre œuvre Boreal 3 ?
Laura St. Pierre, artiste visuelle fransaskoise basée à Saskatoon. Crédit : Jolanta Bird
Laura St. Pierre : Quand je suis retournée en Saskatchewan en 2013, il y avait beaucoup de feux de forêt dans le nord de la province. Il fallait parfois rester à l'intérieur à cause de la boucane et on a presque perdu le chalet familial près de Debden.
Je m’inquiète toujours à propos du changement climatique. J'ai commencé à cueillir des plantes d’autour du chalet qu’on a presque perdu et je les ai mises dans des bocaux remplis d'alcool isopropylique qui préserve la plante en 3D à long terme.
Mais la plante change, et c’est ce qu’on voit dans Boreal 3. La plante perd sa couleur, devient un peu transparente, comme un fantôme. C’est une façon de montrer que les plantes sont là mais qu’elles changent, qu’elles sont sur le point de disparaître.
Wendy Peart, vous avez placé Boreal 3 en diptyque avec Inverted Pietà de Nic Wilson, artiste visuel néo-brunswickois maintenant installé à Regina. Pourquoi ?
Wendy Peart, directrice de la galerie d’art Dunlop de la bibliothèque publique de Regina. Crédit : Galerie d’art Dunlop
Wendy Peart : Premièrement, c’était parce que les deux œuvres sont de la photographie et jouent avec la tradition de la nature morte et celle de la botanique.
Ensuite, je voyais les contrastes. Boreal 3 est organique, scientifique, presque majestueux, même spirituel, et la lumière est dramatique. Laura traite le sujet du changement climatique de façon pensive.
Cependant, Inverted Pietà de Nic Wilson est plus comique. Il joue avec des tropes de l’art occidental. On voit que le vase est la statue à l’envers, comme une déclaration. Les couleurs pastels contribuent à mettre l’emphase sur ce jeu de tropes et ajoutent au contraste visuel entre les deux œuvres.
Laura St.Pierre : C’est intéressant de voir les thèmes qui ressortent d’une exposition de groupe comparée à une exposition solo. Une expo solo, ça dit une chose, une histoire. Par exemple, cette série, celle de Boreal 3, évoque en moi de la solastalgie, une tristesse pour la perte éventuelle causée par le changement climatique.
Chaque diptyque est accompagné par un appel à l’action. Celui de Boreal 3 et Inverted Pietà propose aux visiteurs de composer un haiku.
Wendy Peart : Le but derrière ces activités est de mieux engager le public avec l’art. Parfois, on ne sait pas quoi exactement faire en visitant une galerie d’art. Je trouve que Boreal 3 et Inverted Pietà suscitent de la réflexion, ce qui est à la base d’un haiku. Mais, en même temps, un haiku est ouvert à l’interprétation.
Laura St. Pierre : J’aime cette suggestion, même si je ne suis pas douée en haiku. Peut-être que pour moi, ce serait un collage de feuilles et de branches ! Moi aussi, je veux engager les gens, les inspirer. Lors d’une résidence artistique à Saint-Jean-Port-Joli au Québec, je travaillais sur cette œuvre et le public venait me voir pendant que je collectionnais des plantes le long du fleuve Saint-Laurent. Quelques personnes sont revenues une ou deux semaines plus tard, disant qu’ils faisaient de même, qu’ils étaient inspirés de voir de la nature autour d’eux différemment !
Pour plus de renseignements à propos de l’exposition Art to Art, y compris une liste de tous les artistes inclus, rendez-vous sur le site web de la galerie Dunlop.