Horizons

Chronique littéraire publiée dans l'Eau vive

J’assiste à la Coupe du monde
Mélanie Fossourier

J’assiste à la Coupe du monde

Il y a quelques semaines, mon mari est arrivé triomphant, comme si on avait gagné la Ligue des champions : il avait réussi à obtenir des places pour la Coupe du monde de football.

Il ne s’agissait pas d’un coup de tête, c’était son but depuis des mois. Je me disais que ça allait nous coûter un rein, mais comme il avait l’air d’y tenir, j’ai laissé pisser. Je suis de bonne composition. Ce n’est pas tous les jours qu’on joue le tournoi à domicile !

Ce n’est pas tous les jours que le Canada joue le tournoi tout court. Raison de plus pour en profiter, pour une fois que nous faisons partie des trente-deux équipes qualifiées. Que dis-je ! Quarante-huit ! Décidément tout augmente.

Pour avoir le droit de débourser deux mille dollars et assister à un match, mon mari avait été sur tous les terrains. Inscrit à plusieurs tirages au sort, il avait même hésité à se procurer un RTB, right to buy, qui permettait d’acheter un droit à acheter un billet. Ça sentait l’embrouille. Il avait renoncé.

Je vous épargne les interminables files d’attente en ligne et les infos échangées avec les autres papas de l’équipe U12 de notre fils pour se procurer le fameux sésame. Et ça avait payé ! Payer, c’est le mot adéquat.

La mauvaise nouvelle, c’est qu’on ne pouvait avoir que quatre billets à la fois. Et comme dans notre famille de cinq, je suis la seule à ne pas jouer au foot, j’ai cru que j’allais rester sur la touche.

Mais c’était sans compter sa détermination. Nous irions voir un match de Coupe du monde tous les cinq, coûte que coûte, il s’agissait d’une fois dans notre vie. On avait déjà dit ça pour les Jeux olympiques et pour Taylor Swift. Ça revenait souvent les once in a life time.

Sur le marché de seconde main, moyennant deux (grosses) poignées de dollars, il avait dégoté le cinquième billet. À nous le match de poule Canada-Suisse ! À propos de pull, comment s’habille-t-on pour aller au stade ?

Il faut s’équiper de maillots. J’ai argué que je ne pensais pas être très utile sur le terrain. Mais j’étais complètement hors-jeu : même les supporters portent les couleurs. Pour gagner, le douzième homme, le public, ça compte. Cinq maillots plus le coût d’envoi, ça va encore chiffrer.

Arborer les mêmes couleurs que nos joueurs, je veux bien, mais Canada-Suisse, comment va-t-on les distinguer ?

J’ai appris que les Suisses porteront le maillot extérieur : je les imagine avec un jersey rembourré façon doudoune. Je comprends enfin l’utilité des pauses fraîcheur.

Après les places et les maillots, faudra aussi que je passe en retrait à l’ATM pour les bières et les hot-dogs. Ça va scorer ! Faudra bien vérifier nos relevés pour ne pas se prendre des pénaltys de retard. Bah !

Au diable la VAR, ici cette année, la coupe est à la maison.

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