À ciel ouvert 9 - Automne 2022

Numéro spécial consacré à la conférence: 

Identités marginalisées, diversité et esprit d’inclusion
dans le théâtre de l’Ouest canadien

présentée les 29 et 30 octobre 2022 à Saskatoon, Saskatchewan
par le Collectif d’études partenariales de la Fransaskoisie,
l’Université de la Saskatchewan, et Acfas Saskatchewan.

Visitez notre collection de captations vidéo des lectures publiques.


 

Créations théâtrales

Jean-Pierre Picard

Vers une écriture de la cohabitation et de la décolonisation de l'imaginaire

Jean-Pierre Picard - Coordinateur d'À ciel ouvert

Vous avez surement déjà été témoin de cette pratique, lors d’un début de rencontre ou de performance artistique, de reconnaître qu’on se trouve sur les terres traditionnelles de nations autochtones. Il existe aussi des mentions semblables dans de multiples signatures de courriels officiels. Amorcée en Australie dans les années 1970, cette pratique s’est répandue au Canada à la suite du dépôt, en 2015, du rapport final de la Commission de vérité et réconciliation (CVR).

Au-delà de leur nature protocolaire, ces énoncés témoignent d’un véritable désir de coexistence respectueuse et d’une volonté d’élargir la vision culturelle canadienne. Ainsi, comment la littérature canadienne non autochtone intègre-t-elle cette nouvelle donne éthique et esthétique? De plusieurs façons. Certains auteur·e·s non autochtones démontrent une volonté d'interroger les angles morts de nos relations avec les Premières Nations ou de revisiter l’Histoire officielle.

Dans son livre Mistasinîy – le rocher d’un peuple, dont nous publions un extrait, Mary Harelkin Bishop raconte une réconciliation entre deux adolescents, l’un autochtone et l’autre blanc, grâce à la découverte de leurs histoires familiales respectives. Le roman dénonce au passage les blessures que notre système scolaire continue d’infliger aux jeunes autochtones, par manque de sensibilité ou de compréhension.

La véritable percée du rapport de la CRV est la prise de conscience des blessures qu’ont subies les Premières Nations par cette tentative éhontée des pensionnats autochtones d’éradiquer leur culture et leurs langues. Un exemple de texte alimenté par cet éveil est celui de Madeleine Blais-Dahlem Allez, enseignez toutes les nations. Madeleine nous y présente le mea culpa d’une vieille religieuse qui découvre sa participation à un véritable génocide culturel de jeunes autochtones sous sa gouverne. Un tel texte aurait-il pu être écrit, et surtout compris, il y a cinquante ans?

Des auteurs, comme Laurier Gareau, n’ont pas attendu 2015 avant de s’ouvrir à la dimension autochtone ou métis et de l’intégrer dans leurs écrits. Natif de St-Isidore-de-Bellevue, un petit village francophone à une quinzaine de kilomètres de Batoche, le mythique lieu du soulèvement des Métis, Laurier a grandi en côtoyant des descendants de ceux qui étaient aux côtés de Louis Riel pendant cette période trouble. Cette proximité a nourri son intérêt pour l’Histoire des Métis, comme le démontre sa pièce La trahison, dont nous publions un extrait.

La poésie et les récits sont également enrichis par cette ouverture sur la philosophie autochtone envers la nature. Les paysages ne sont plus une simple toile de fond, un décor où cantonner une histoire, un récit ou des émotions. Les lieux deviennent chargés d'une profondeur inspirée par la relation étroite qu’entretiennent les Autochtones avec la nature.

Des écrivain·e·s non autochtones s’ouvrent à une littérature de la relation et du dialogue dans leurs écrits. L'enjeu n'est plus de parler à la place des Autochtones, mais d'apprendre à écouter leurs voix qui résonnent en nous. Dans Les Prairies la première fois, Mychèle Fortin raconte le regard d’une adolescente québécoise qui ne savait rien des peuples autochtones avant son séjour dans une réserve du sud de l’Alberta. Séjour qui l’a profondément marquée. De son côté, l’autrice ioleda nous offre Célébration estivale, un élan poétique inspiré par sa participation à un rassemblement autochtone tenu au Yukon.

Ce numéro vous offre également deux textes d’autrices autochtones : Corneille apporte la lumière, une légende inuite publiée aux Éditions de la nouvelle plume, et Coffee at the « Regrette Rien » Cafe, une pièce d’Yvette Nolan mettant en scène Gabriel Dumont, le chef de guerre de Louis Riel, et Buffalo Bill.

Dans son discours présentant le rapport de la Commission de vérité et réconciliation, le gouverneur général du Canada d’alors, David Johnston, dénonçait les torts des pensionnats autochtones, qualifiant cet épisode de « chapitre sombre et douloureux de notre histoire collective ». C’est pourquoi l’artiste métis saskatchewanais, David Garneau, a nommé son exposition itinérante Dark Chapters (chapitre sombre). À ciel ouvert a le plaisir de vous offrir dans ce numéro quelques œuvres faisant partie de cette exposition ainsi qu’une entrevue avec l’artiste.

À ciel ouvert désire apporter sa modeste contribution à la réconciliation en offrant, avec ce numéro, un espace de cohabitation des imaginaires sur un même territoire partagé.

 

Bonne lecture!

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Index textes

De l’origine des espèces

David Baudemont
La pièce explore la vie de cinq passagers à bord du HMS Beagle lors de sa célèbre expédition : Charles Darwin; le capitaine du bateau, vice-amiral et météorologue Robert FitzRoy et trois Autochtones de la Terre de Feu, de 12, 16 et 28 ans, faits prisonniers par M. Fitzroy deux ans plus tôt, et...

En attendant le train

Estelle Bonetto
Estelle Bonetto Madeleine, une adolescente fransaskoise, effectue son premier voyage solo, loin du cocon familial, pour aller rejoindre son amoureux quelque part en Colombie-Britannique. Le train et le trajet qui la mèneront à destination s’avèrent ponctués de rencontres, de...

Coffee at the « Regrette Rien » Cafe

Yvette Nolan
Yvette Nolan Dans cette pièce, Gabriel Dumont arrive au café « Regrette rien », un endroit qui lui est « familier » et où il retrouve la serveuse Donna. Les deux personnages se remémorent certains événements de l’histoire des Métis, cherchant à faire renaître et...

Entre !

Rémi Labrecque
Rémi Labrecque Entre ! est un monologue qui s’inspire du vécu de l’auteur. Le récit mène le protagoniste d’un petit village francophone près de Saskatoon à Regina et enfin à Montréal, où il est établi depuis une vingtaine d’années. Il revient sur les évènements qui...

Entre mers et danses

Marie-Diane Clarke
Marie-Diane Clarke Deux soeurs, Jolyne et Méline, suivies de leur amie Sara, arrivent chez mamie Minh, leur grand-mère maternelle qui habite à Saskatoon. Celle-ci reçoit sa belle-soeur libanaise, la grand-mère paternelle des deux filles. Les trois filles se connaissent depuis la fin de...

Je m'identifie

Michael Bowden
Michael Bowden C’est la rentrée scolaire. Pierre attend avec impatience son ami qu’il n’a pas vu depuis la fin de la 7e année. Mais Vide a subi des grands changements, n’a pas inclus son ami d’enfance dans sa nouvelle identité. La langue française ne semble pas...

Fière francophone

Mamadou Bah
Mamadou Bah Fière francophone nous plonge dans un univers imaginaire de la Saskatchewan. Deux amies fransaskoises, Anne et Samira, sont engagées dans un cheminement scolaire francophone en perpétuelle quête d’une identité clamée et affichée, mais très fragile dans un contexte...

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À ciel ouvert numéro 9

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Bonne lecture!


 

RAFA-ACO-10-2023
CCAFB-2025

  

Les artisans de ce numéro

Coordination de la publication :
Jeffrey Klassen

Comité de rédaction :
Jeffrey Klassen, Marie-Diane Clarke, Henri Biahé, Jean-Pierre Picard, Mychèle Fortin

Auteur·e·s :

  • Mamadou Bah
  • David Baudemont
  • Estelle  Bonetto
  • Michael Bowden
  • Marie-Diane Clarke
  • Rémi Labrecque
  • Yvette Nolan

Illustration de la page couverture: 
Marylène Portaneri

Mise en page et mise en ligne :
Jean-Pierre Picard

Parrainage et hébergement du site :

Coopérative des publications fransaskoises

Ce numéro d'À ciel ouvert est le fruit d'un partenariat avec le Collectif d'études partenariales de la fransaskoisie

La revue À ciel ouvert est parrainée par :

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