depuis la garde du matin (extraits)
depuis la garde du matin - extrait no.4 de Sébastien Rock
Sébastien Rock a préparé une lecture vidéo d'un extrait de son livre à paraître, depuis la garde du matin.
Crédit : courtoisie du Collectif d’études partenariales de la fransaskoisie
Voici un dernier extrait de mon prochain recueil de poésie. Il paraîtra en anglais, sous le titre from the morning watch d’ici le printemps prochain. Le livre regroupe 150 courts textes (haïkus, haïbuns, senryus), visant à refléter une expérience contemporaine des poèmes les plus lus de l’histoire : les psaumes du roi David. Le recueil comportera un volet visuel des mains d’une artiste saskatchewanaise, partageant plus d’une dizaine d’œuvres inédites. L’adaptation française est de moi.
55 (56)
Dans son roman Alexandria (2020), Paul Kingsnorth fait référence aux anciens rituels païens où les cadavres étaient hissés sur les branches des arbres, au délice des vautours. Les personnages centraux, une famille dysfonctionnelle vestige d'une terre post-humaine, questionnent l’intérêt de rejoindre le sanctuaire, loin à la fois de la prédation des bêtes et de l'intelligence artificielle.
ils prennent au guet
ma chair piétinée
Il est là
94 (95)
J'ai laissé mon cœur au parc national du Bic. Je me souviens l'avoir porté jusqu'au sommet du Pic Champlain, de l'avoir redescendu et de l'avoir enfoui parmi les grès. Elle l’a déterré puis s’est mise à le tâtonner, au gré des marées, jusqu'à ce que, ayant besoin de repos, il s'échoua au coucher du soleil, seul, le long des rives et des rêves enlisant le Bas-Saint-Laurent.
jours sauvages
mon cœur dans Ses montagnes
et Ses mers
101 (102)
Ayant grandi dans une société largement homogène, francophone, chrétienne devenue socialiste, c'est-à-dire le Québec des années 1980, je suis tombé dans le gouffre sans cesse grandissant entre les riches et les pauvres, résonnant avec le poème de Michèle Lalonde Speak White. La chanson Rich Men North of Richmond d'Oliver Anthony, avec plus de 150 millions de visionnements sur YouTube, m’y a depuis rejoint.
cendres pour souper
des gémissements séparent
les os de la chair
106 (107)
Mon peuple était un peuple côtier, cheveux salés, joues tannées, et des yeux aux larmes de joie à la venue du vent. Poussés par la danse des algues, attirés par des marées à hauteur de lune, ils restaient néanmoins enracinés dans l’ancienne mélodie, caressant doucement le sable de l'autre pour se perdre dans les étoiles.
encore l’ouragan
le havre du Seigneur
laisse entrer la brise
128 (129)
Privés du sextant du repentir, le navire des époux embrasse le baiser égoïste du corail, leurs radeaux dérivant l'un de l'autre sur les vagues assourdissantes de la solitude tandis que la bête du bas fond tournoie.
chemins vides
où les bénédictions se taisent
la plénitude du péché
136 (137)
Les diktats culturels polarisent la discussion autour de l'esclavage. Le vieil homme blanc privilégié que je suis n'a plus qu’à écouter. Mais en écoutant, j'entends aussi, avec le poète, le tonnerre et les vagues qui engloutissent le monde entier (Bob Dylan, A Hard Rain's A-Gonna Fall).
lyres sur les branches
enterrez votre plus jeune
puis amusez-nous
141 (142)
Pour joindre les deux bouts, j'ai pris un emploi d'été qui me fait parcourir des champs et des champs de cultures. Entre les faucons, renards, orignaux, cerfs, élans, éperviers, spermophiles, urubus à tête rouge, corbeaux, blaireaux, antilopes d'Amérique et moi, qui grogne le plus au retour de l'hiver?
Tu connais ma route
il est temps de reprendre
la voie des vivants
145 (146)
L'espoir et la prière d'un codépendant dans le placard:
"Aucune montagne n'est trop haute
Aucune vallée n'est trop basse
Aucune rivière n'est trop large
Pour m'empêcher de te retrouver."
Veuves et orphelins —
Il revient pour rouvrir les
cellules de nos cœurs
149
Ce moment crucial de la bataille où les murs de mon autoproclamation tombent, et, au bord du gouffre, je Lui ouvre la porte.
épée en main
louanges en gorge—
l’humilité sauve
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