Ça va brasser
En ce retour de vacances d’été, je vous promets des rebondissements inattendus dans une histoire de mots québécois pittoresques.
Claude arrive au bureau lundi matin. Arborant les chouclaques, des chaussures de sport multicolores, il salue ses collègues dans le couloir.
Il croise Agathe à l’abreuvoir, la fontaine d’eau potable. Belette, très curieuse, elle aime fouiner dans les affaires d’autrui. Marcel les rejoint peu après. Fafouin, il semble étourdi et distrait. Panier percé, il dépense tout son argent sans compter.
Puis, Sylvain est du nombre. Parfois achalant, agaçant, il fait la baboune, il boude. Enfin, Ophélie se pointe. Mais les autres n’ont pas le temps d’entendre son chialage habituel, ses plaintes incessantes. Tous s’expriment en faisant de grands sparages, des gesticulations ridicules.
Après un placotage, un bavardage, qui dure une bonne secousse, un intervalle de temps assez long, Claude atteint son bureau.
Mais la clenche, la poignée de porte, vacille. Il accroche sa froque, son imperméable, sur un porte-manteau en enlevant sa casquette par la palette, la visière. En jetant un coup d’œil par le châssis, la fenêtre, il voit qu’il bruine encore.
Assis à son bureau, il pèse sur le piton, le bouton-poussoir de son portable. Il se met à rédiger le texte pour le breffage, la réunion préparatoire, cet après-midi. Bien que vieux jeu, Claude range ses feuilles administratives dans un cartable, une reliure à anneaux.
Observant le papier en tapon, froissé, qui s’accumule dans la poubelle alors qu’il travaille, il note des minous, de petites boules de poussière, dans un coin de la pièce.
Il tripote avec impatience la brocheuse, l’agrafeuse, l’efface, la gomme, et d’autres gogosses, des machins, devant lui.
Il triture aussi le diachylon, le sparadrap, autour d’un doigt. Quand une pinouche, un truc, tombe de son imprimante, la machine se met à dérailler. « Oupelaï », lance Claude d’étonnement.
Claude doit faire preuve d’une véritable jonglerie, une grande réflexion, aujourd’hui. Il songe au gossage, la perte de temps causée par la désorganisation et au tétage, la flatterie insistante de divers employés pour obtenir une faveur.
La pogne de certains, leur influence, et leur zigonnage, leur tergiversation, sont préoccupants. Claude a donc les quételles, la trouille, face à une journée qui s’annonce chaotique.
Retournant chez lui le soir, ses emplettes dans la valise, le coffre, de sa voiture, Claude se retrouve dans un interblocage, un embouteillage, avec un camiard, un camion, un fardier, une semi-remorque, une minoune, un tacot et un taxi, muni d’un lanterneau, un dôme lumineux, sur le toit. La lumière des basses, les feux de croisement, éclaire la chaussée.
Soudain, un adolescent passe en trombe sur son rouli-roulant, sa planche à roulettes. Quel bon adon, un heureux hasard, de l’avoir évité.
Pour se distraire, Claude chante la turlute, une chanson traditionnelle québécoise, à la radio. Il finit par garer sa voiture à côté du cabanon, la petite remise, derrière sa maison, près du bac à vidanges, les ordures. En réchauffant son pâté chinois, du hachis parmentier, il met les ustensiles, les couverts, sur la table.
Claude a hâte d’essayer sa nouvelle sableuse, sa ponceuse, sur les meubles qu’il fabrique, car il adore les projets de patentage, de bricolage. Après avoir rapidement passé la vadrouille, le balai à franges, sur le sol de la cuisine et la balayeuse, l’aspirateur, sur le tapis dans le séjour, il poursuit joyeusement sa soirée.