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L'antilope d'Amérique menacée par les barbelés et les rails : les Prairies se mobilisent

L'antilope d'Amérique menacée par les barbelés et les rails : les Prairies se mobilisent

Icône des Prairies et silhouette familière sur les routes de la Saskatchewan, l’antilope d'Amérique est aujourd’hui visée par un nouveau programme de sauvegarde. Ces ongulés, plus proches de la girafe que des antilopes d’Afrique, sont menacés par les infrastructures humaines.

Les hardes doivent migrer pour survivre à l’hiver, souvent sur plusieurs centaines de kilomètres. Et si les grandes plaines semblent s'étendre à l’infini, chaque clôture, chaque route, chaque ligne de chemin de fer est un potentiel piège mortel pour ces animaux.

Lancée en 2021 par une centaine de scientifiques à travers le monde, l’Initiative mondiale sur la migration des ongulés (GIUM pour Global Initiative on Ungulate Migration) développe de nouveaux partenariats.

En janvier 2026, le gouvernement de la Saskatchewan a annoncé s’associer au GIUM pour cartographier et sécuriser les voies de migration de ces antilopes d'Amérique à travers le sud de la province.

« Notre but est de construire un atlas des migrations des ongulés, un répertoire de cartes accessibles aux décideurs, aux scientifiques, aux gouvernements et au grand public, pour qu'ils puissent voir où se trouvent ces migrations et comprendre les menaces qui pèsent sur elles », explique Janey Fugate, coordonnatrice au GIUM.

Un chemin semé d'embûches

Pour la Saskatchewan, le travail s'est appuyé sur des données recueillies grâce à des antilopes équipées de colliers GPS, suivies à la fois dans la province et au Montana.

Les biologistes ont ainsi pu identifier avec précision les zones de passage les plus fréquentées : des corridors transfrontaliers que les animaux utilisent depuis des générations.

La population provinciale, qui a connu un siècle de fluctuations importantes, est aujourd'hui stabilisée entre 15 000 et 20 000 individus. Mais cet équilibre est fragile.

« Notre province a la chance de faire partie de l'aire de répartition canadienne de l'antilope d'Amérique », a déclaré la ministre de l'Environnement, Darlene Rowden, dans un communiqué de presse.

« En plus d'être une espèce populaire pour la chasse, l'observation de l'antilope d'Amérique est devenue une activité très prisée des amateurs de faune sauvage, en raison de son statut d’emblème des prairies », poursuit la ministre.

À l’inverse des cervidés, comme le caribou ou l’orignal, les antilopes d’Amérique sont incapables de sauter par-dessus les clôtures qui entourent les champs de culture.

Pour se déplacer sur de longues distances et rejoindre les territoires de reproduction ou d’hivernage, elles doivent donc souvent se faufiler sous les clôtures.

Parfois, quand la neige est trop haute, ces animaux élancés peuvent se retrouver bloqués et en danger.

« Elles ne peuvent pas sauter par-dessus les clôtures. Elles doivent ramper en dessous. On voit des photos où elles ont de grandes plaies dans le dos, causées par les barbelés », déplore Janey Fugate.

Une solution existe pourtant : des clôtures « compatibles avec la faune », dont le fil inférieur est surélevé pour laisser passer les animaux ne pouvant pas les franchir autrement.

Certaines régions des États-Unis offrent même des subventions aux propriétaires terriens qui acceptent de modifier leurs clôtures.

« La modification des clôtures pourrait avoir un impact vraiment significatif », souligne le GIUM.

Les trains, une menace méconnue

Dans le sud de la Saskatchewan et au Montana, plusieurs lignes de chemin de fer traversent les couloirs migratoires.

En hiver, lorsque les rails restent dégagés alors que le reste du paysage est enneigé, les antilopes se réfugient sur les voies et les utilisent pour se déplacer et se nourrir.

Lorsqu'un train arrive, elles fuient le long des rails et, trop souvent, ne survivent pas à une collision.

Il y a quelques années, une vidéo publiée sur Facebook par une compagnie ferroviaire américaine a montré un train percutant un groupe de plusieurs centaines d'antilopes rassemblées sur les voies en plein hiver.

La vidéo a provoqué une vague d'indignation, puis a été retirée. Mais le problème, lui, demeure.

« Il a été très difficile de travailler avec les compagnies de chemin de fer pour mettre en place des mesures de protection », reconnaît le GIUM.

Des ralentissements obligatoires aux trains sont envisagés dans les zones à forte mortalité animale, notamment durant les mois d'hiver.

Les cartes de migration produites par le GIUM permettent désormais d'identifier précisément ces zones, un premier pas vers des mesures concrètes.

Dépasser les frontières

Le défi est d'autant plus complexe que les antilopes ne reconnaissent pas les frontières.

Leurs déplacements saisonniers les mènent du Montana au sud de la Saskatchewan et de l’Alberta.

Protéger ces corridors exige donc une coordination entre plusieurs gouvernements, des propriétaires privés, des compagnies ferroviaires et des chercheurs.

Pour le GIUM, les cartes sont un outil de plus pour aiguiller les décisions politiques. Elles permettent aux décideurs, agriculteurs, compagnies ferroviaires et gouvernements d'avoir une image claire de là où l'antilope d'Amérique a le plus besoin de protection.

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