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Une société immobilière pour gérer les infrastructures fransaskoises : une idée qui fait son chemin

Au sein de la Fransaskoisie, plusieurs acteurs envisagent la création d'une société immobilière. Une entité qui soit capable de gérer et d’offrir des infrastructures dignes des besoins des francophones, à commencer par la Maison de la francophonie à Regina.

« En tant qu’organisme propriétaire de notre édifice, nous sommes bien placés pour constater que la gestion immobilière représente un réel défi », expose Lina Ouaakarrouch, codirectrice générale de la Troupe du Jour de Saskatoon.

Cette gestion « demande des ressources financières, du temps et une expertise spécifique qui ne sont pas toujours au cœur de la mission des organismes culturels », précise celle qui occupe aussi le poste de directrice administrative.

« C’est une responsabilité importante, tant sur le plan financier que stratégique », ponctue-t-elle.

La gestion immobilière est sans aucun doute une épine dans le pied pour les gestionnaires d’organismes communautaires. Et ce, depuis des années.

Gestion chronophage, espaces limités, lieux laissés à l'abandon faute de locataires : ces problématiques, aussi récurrentes que frustrantes, sont devenues un problème systémique qui dessert de façon critique les Fransaskois sur le long terme.

« Nous avons perdu des espaces que nous avions au sein de la communauté au fil des ans, faute de gestion adéquate, d'organisations efficaces et d'autres facteurs », déplore Denis Simard, président de l'Assemblée communautaire fransaskoise (ACF).

Et d’ajouter : « Nous avons ainsi perdu les investissements réalisés par la communauté francophone dans ces bâtiments et ces espaces. »

Une solution ambitieuse

Face à cette situation, l’idée d’une société immobilière fransaskoise fait son chemin.

« Au final, l’argent [des investissements dans les infrastructures] n'a jamais été récupéré, car sa gestion n'a jamais été centralisée. Voilà d'où vient l'idée », explique Denis Simard.

L'idée consiste à créer une société immobilière qui gérera les espaces et retirera un certain fardeau aux organismes.

Une nouvelle importante qui pourrait marquer le début d’une nouvelle ère pour l'avenir de la communauté fransaskoise.

« Il est vrai qu'avec le temps, pour gérer des édifices, il faut une certaine connaissance et une certaine expertise », reconnaît Roger Lepage, avocat bien connu de la communauté.

Pour l’homme de loi, « avoir une société autonome qui aiderait à gérer ces édifices pour les groupes communautaires dont les centres ne sont pas liés à des écoles fransaskoises pourrait être utile ».

Toutefois, maître Lepage émet un bémol : « Ça ne veut pas dire que ça les rendra plus économiquement viables. »

Juridiquement, l’ACF est en droit de créer une société sans but lucratif pour venir en aide aux organismes, « mais pour faire ça, elle doit avoir des ressources financières. D'où va venir l'argent ? » s’interroge-t-il.

Apprendre d'autres modèles

En Alberta, la Cité francophone d'Edmonton fêtera ses 30 ans en 2027. Une entreprise dont les chefs de file fransaskois pourraient tirer des leçons alors qu’un vaste projet de Maison de la francophonie est en développement à Regina.

« On avait de bons leaders communautaires qui étaient branchés politiquement, des experts dans la construction d'un tel immeuble, et la communauté était homogène et capable d'embarquer dans le projet », analyse Daniel Cournoyer, directeur de la Cité francophone.

Aujourd'hui, même à capacité maximale, certains défis restent imprévisibles, tels que les taux d'intérêt hypothécaires, passés du simple au double en trois décennies.

« Je dirais que la partie commerciale de la Cité francophone à Edmonton est plus ou moins réussie, mais elle n'a jamais atteint l'envergure qu'elle visait au départ », concède le gestionnaire.

« Il faut dire que l'on a deux cliniques médicales, une petite compagnie de films et vidéos, et également des garderies qui sont des entreprises privées et commerciales », poursuit le Franco-Albertain.

À Calgary, la Cité des Rocheuses célébrera, elle, ses 20 ans. Partie de loin, la Cité a su au fil du temps générer des revenus autonomes en plus des subventions allouées par le gouvernement et les bailleurs de fonds.

« Quand tu construis un immeuble, c'est comme quand tu achètes un condo : il faut rapidement créer un fonds de réserve », suggère Arnaud Favier, directeur adjoint de la Cité des Rocheuses.

Une fois la stratégie en place, les bâtisseurs ont développé et diversifié les activités, « toujours dans le cœur de la mission d'être un lieu de services et de rassemblement », note le responsable.

Pour Arnaud Favier, l'embauche de gestionnaires en immobilier est indispensable pour réaliser un tel projet.

« Quels seront les organismes capables de payer un loyer ? Quelles sont les capacités financières de ces organismes ? Quels sont leurs besoins ? Ce n'est pas parce qu'on est à but non lucratif qu'il ne faut pas générer des revenus. Le but, c'est de réinvestir dans la communauté », prévient-il.

Un projet encore à définir

Selon Denis Simard, l'objectif de la société immobilière est d'acquérir une capacité d'autofinancement et d'autogestion des projets de construction au sein de la communauté, à commencer par la Maison de la francophonie à Regina.

« On parle d'un acquis, d’un édifice qui va valoir des millions de dollars et qui nous donnera l'opportunité d'assurer une bonne gestion, de garantir la protection de ce bien pour la communauté, et de mettre en place un système de soutien communautaire », défend-il.

Pour devenir une entité économiquement viable, la société immobilière pourra compter sur l'embauche d'experts dans le domaine. « Ce n’est pas l'ACF qui s'occupera de ça », précise Denis Simard.

Par ailleurs, faire partie de la société immobilière sera optionnel : « Ce sera pour ceux qui le souhaitent. Il ne s'agit pas d'un système obligatoire pour toutes les organisations », précise le porte-parole de la Fransaskoisie.

Pour Lina Ouaakarrouch de la Troupe du Jour, il faudra qu’une telle entité « soit bien adaptée aux réalités du milieu et qu’elle offre un accompagnement flexible, en étroite collaboration avec les organismes ».

Pour la directrice administrative, tenir compte des réalités financières des organismes est essentiel, à savoir « des revenus souvent variables, en grande partie dépendants des subventions, et peu de marge de manœuvre. »

Le projet de société immobilière de l’Assemblée communautaire fransaskoise (ACF) devrait être précisé au cours des prochains mois.

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