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Regina en passe d’accueillir le plus gros centre de données du Canada malgré les craintes pour l’environnement

Regina en passe d’accueillir le plus gros centre de données du Canada malgré les craintes pour l’environnement

L’entreprise Bell a annoncé mi-mars la construction d’un nouveau centre de données à quelques kilomètres au sud-est de la capitale de la Saskatchewan. Avec environ 300 mégawatts de puissance, il sera le plus gros au pays. Une annonce qui provoque des réactions au sein de la population, mais aussi du monde académique.

C’est le 16 mars que la construction de ce nouveau centre de données destiné à l’industrie de l’intelligence artificielle a été dévoilée.

Ce centre, qui nécessitera 300 mégawatts de puissance pour son fonctionnement, sortira de terre au printemps 2026 pour entrer en fonctionnement en 2027.

D’après Bell, qui a annoncé l'événement conjointement avec le gouvernement de la Saskatchewan, plusieurs centaines d’emplois temporaires seront créés pour le chantier. De plus, le fonctionnement à long terme nécessitera une centaine de personnes sur place.

Un investissement « incontournable »

Pour le président et directeur général de Bell, Mirko Bibic, le projet « renforce la croissance et la capacité de souveraineté du Canada en matière d'intelligence artificielle ».

Le premier ministre de la province, Scott Moe, abonde : « Cet investissement permettra de créer des emplois, de renforcer les capacités de recherche de la province et de favoriser la création de nouvelles entreprises s'appuyant sur des technologies de pointe. »

Selon l’homme politique, l’omniprésence de l’IA dans les structures gouvernementales, dans les entreprises ou dans les institutions de recherche rend l’investissement incontournable.

« Un partenariat à long terme a déjà été conclu avec Cerebras et CoreWeave, deux grandes entreprises leaders en IA [NDLR : des entreprises américaines] », a-t-il poursuivi lors d’une conférence de presse.

« Ces entreprises se sont engagées à fournir et financer le matériel informatique et à utiliser la totalité de la capacité du centre », a-t-il ponctué.

Des inquiétudes

Mais derrière ces retombées économiques, le projet fait face à une opposition de la part des habitants de Sherwood, où sera implanté le centre, ainsi que de Regina à quelques kilomètres.

En cause : la consommation d’électricité et ses potentiels effets sur l’environnement, l’eau et la santé.

« Je crains que l'on n'ait guère, voire pas du tout, pris en compte les répercussions que cette nouvelle installation aura sur les habitants de Regina », rapporte Alyssa Mryglod sur une page Facebook citoyenne intitulée Regina Rant & Rave.

Un questionnement que poursuit Michael Brookshire, un autre habitant : « La question essentielle n’est pas de savoir si nous autorisons des projets de ce type, mais s’ils sont transparents, correctement réglementés et conformes à une planification à long terme des ressources. »

Bien que ces objections se fassent entendre sur les réseaux sociaux, ni les municipalités ni l’entreprise Bell n’ont pour le moment annoncé de consultations ou de discussions publiques.

Des craintes justifiées

Pourtant, à en croire Simon Enoch, chercheur principal du Centre canadien de politiques alternatives et chargé de la Saskatchewan, ces craintes ne sont pas infondées.

La gestion des déchets électriques, la consommation d’eau et la gestion du bruit sont autant de problèmes potentiels qui ont été documentés ailleurs où de tels centres de données ont été implantés.

Comme l’explique le chercheur, de nombreuses expériences aux États-Unis ont démontré un manque criant de régulation.

« Aucun niveau de gouvernement, en Saskatchewan ou au niveau fédéral, n’adopte ou ne met en place des règles de base susceptibles d’atténuer ces dangers, souligne Simon Enoch. C’est vraiment une occasion manquée. »

Emily Eaton, professeure et directrice du département de géographie et d’études environnementales de l’Université de Regina, valide ces propos.

« Le début des travaux est prévu pour ce printemps et je ne vois aucun signe indiquant qu'une étude d'impact environnemental est en cours. Si c'est le cas, cette information n'a pour l'instant pas été rendue publique. »

Une autre crainte quant au projet concerne son effet sur le réseau d'électricité de la province.

Pour fonctionner, le centre de données aura besoin d’une puissance de 300 mégawatts, qu’il puisera dans le réseau actuel de la province.

« C'est une quantité d'électricité colossale, alerte Emily Eaton, suffisante pour alimenter environ 300 000 foyers. Cette énergie est nécessaire 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. »

Sans compter que cette énergie sera produite par des sources fossiles, gaz et charbon. Comme le confirme la professeure, « il est impossible de consommer autant d'électricité sur le réseau de la Saskatchewan et que celle-ci soit verte ».

Le plus grand centre de données du Canada sera donc, au moins dans un premier temps, l'un des plus carbonés.

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