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Mine d’uranium de la rivière Wheeler : une méthode controversée

Mine d’uranium de la rivière Wheeler : une méthode controversée

Le projet de mine d’uranium de la rivière Wheeler, au nord de la Saskatchewan, a été approuvé le 19 février malgré les craintes soulevées par certaines parties. Si la technique de récupération pour extraire le précieux minerai est présentée par le secteur privé comme une méthode innovante, plusieurs voix dénoncent les risques pour les nappes phréatiques.

Le projet de mine comprend deux gisements d’oxyde d’uranium, ce précieux minerai que le Canada utilise pour sa filière énergétique et qu’il exporte massivement.

Tandis que l’un des deux gisements fera l’objet d’une exploitation souterraine conventionnelle, le second, lui, sera exploité par récupération in situ, une première au pays.

Denison Mines, la société privée qui planifie d’exploiter les gisements, soutient que cette méthode d’exploitation est beaucoup moins dangereuse et polluante que celle utilisée dans les mines conventionnelles.

Cette méthode permet de récupérer directement l’uranium contenu dans la roche en injectant une solution chimique en profondeur pour le dissoudre. La solution est ensuite pompée jusqu’à la surface pour y être traitée, sans extraction physique du minerai.

D’après l’entreprise, l’utilisation de barrières de gel et de mesures de contrôle des eaux souterraines autour du site d’exploitation permettra de contenir les solutions injectées dans les couches souterraines.

De sérieux doutes

Mais selon Peter Prebble, ancien député provincial et ancien directeur de la Société environnementale de la Saskatchewan, même si ces techniques peuvent être efficaces pendant l'exploitation du site, rien ne dit que cela restera le cas après la fermeture de la mine.

« Le plus gros problème reste la contamination des eaux souterraines, pas immédiatement, mais sur le long terme », lâche-t-il.

« Les soucis vont arriver quand le mur gelé ne sera plus là, et que les eaux souterraines recommenceront à circuler dans la zone exploitée », poursuit-il.

La Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN), responsable de l’attribution des permis, a tranché le 19 février, convaincue que le projet peut être réalisé de manière sécuritaire sur les plans environnementaux et radiologiques.

Pour l’aider dans sa décision, l’autorité avait tenu début décembre des audiences publiques qui ont duré quatre jours.

Ces dernières ont pointé du doigt des manquements dans les consultations et dans les considérations apportées aux potentiels effets cumulatifs et à la persistance potentielle des polluants et des contaminants radioactifs dans leur environnement direct.

Bien qu’une quarantaine de parties différentes aient pu exprimer leur point de vue, il a été souligné que ces audiences n’avaient pas permis de réels échanges avec les membres de la commission.

Comme l’explique Peter Prebble, même si « les commissaires ont montré de la flexibilité pour permettre à toutes les parties de se faire entendre, il n’y avait pas d’opportunités pour questionner ou répondre aux affirmations portées par les différentes parties ».

Pour Denison Mines, cette phase réglementaire s’inscrivait dans un calendrier visant une mise en construction dans la seconde moitié de la décennie, pour une entrée en exploitation autour de 2029–2030.

Même si le promoteur assure que la nouvelle méthode proposée est maîtrisable dans les délais proposés, plusieurs intervenants estiment que les risques évoqués nécessitent des études supplémentaires et de plus larges échéances.

Une Première Nation en justice

Bien que la récupération in situ soit employée ailleurs dans le monde, elle ne l’a jamais été au Canada. Et le contexte géologique complexe du bassin Athabasca préoccupe certaines Premières Nations.

La Nation crie Peter Ballantyne (PBCN) souligne que le projet est situé sur ses territoires ancestraux et que ses eaux souterraines et de surface jouent un rôle central dans leur mode de vie.

« Le projet pourrait avoir des effets dévastateurs sur l’exercice de leurs droits autochtones », avertit un rapport déposé par la nation crie.

Les représentants de la Nation estiment que Denison Mines n’a pas prêté assez attention aux incertitudes entourant le projet et demandent une application stricte du principe de précaution.

« Ils s'inquiètent de l'échec potentiel de la technologie des parois glacées souterraines, qui pourrait entraîner la contamination des eaux souterraines et des sols », rapporte l’ancien député.

Comme souvent dans ce type de processus administratif, les audiences ont mis en évidence les tensions entre innovation, développement économique et gestion des risques.

Le permis accordé par la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) est valide jusqu’au 28 février 2031. Un compte rendu de décision sera disponible dans les deux langues officielles sur le site web de l’organisme.

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