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Ponteix : une survie difficile
Pascal Lévesque – IJL-L’Eau vive
/ Catégories: Communautaire, Ponteix

Ponteix : une survie difficile

Située dans le sud-ouest de la Saskatchewan, la communauté rurale de Ponteix fait face à des défis structurels persistants. Une réalité commune à plusieurs villages ruraux de la province qui pose question sur l’avenir de ces localités.

Selon les données du dernier recensement fédéral, Ponteix compte moins de 600 habitants, avec une population vieillissante et une croissance démographique limitée.

« L’état de Ponteix n’a pas beaucoup changé depuis quelques années », explique Walter Chizzini, agent de développement communautaire à l’association des Auvergnois de Ponteix.

« On observe une baisse continue de la population, un vieillissement marqué et une économie stagnante. Les possibilités d’emploi sont limitées et les salaires demeurent relativement bas. »

Une économie peu diversifiée

Comme ailleurs en milieu rural, l’économie locale repose principalement sur l’agriculture et quelques petits commerces.

Cette faible diversification limite les possibilités d’emploi et freine l’attraction de nouvelles familles, un phénomène bien documenté dans les profils régionaux produits par Statistique Canada et Patrimoine canadien sur les communautés rurales et linguistiques en situation minoritaire.

Selon Walter Chizzini, cette réalité affecte directement les organismes communautaires : « Même en tant qu’organisme sans but lucratif, on éprouve des difficultés à survivre. Les subventions sont moins importantes qu’avant, ce qui complique la planification à long terme. »

Les enjeux économiques influencent également la capacité de rétention des nouveaux arrivants.

Des rapports du Réseau en immigration francophone de la Saskatchewan soulignent que, si l’intégration sociale se fait généralement bien dans les communautés rurales francophones, le maintien à long terme demeure difficile en l’absence de perspectives d’emploi stables.

Une observation qui rejoint l’expérience locale : « S’installer est relativement facile, mais rester à long terme est compliqué, surtout à cause du manque de travail », résume Walter Chizzini.

Une participation restreinte

Le déclin démographique se reflète aussi dans la vie communautaire. Les listes de contacts pour les activités francophones sont passées d’environ 130 personnes à une quarantaine en quelques années.

Malgré tout, certaines activités parviennent encore à rassembler entre 50 et 60 participants, un chiffre significatif compte tenu de la taille de la population.

La municipalité de Ponteix reconnaît d’ailleurs le rôle central des infrastructures communautaires dans le maintien de la cohésion sociale, notamment le centre communautaire et les services culturels offerts en français.

L’école comme levier

Dans ce contexte, l’école Boréale, administrée par le Conseil des écoles fransaskoises (CÉF), demeure un pilier essentiel.

L’établissement offre une éducation en français langue première aux enfants de Ponteix et des environs. Pour le CÉF, l’école est ainsi l’un des principaux facteurs d’attraction pour les familles francophones en milieu minoritaire.

« L’école est un atout important pour Ponteix, affirme Walter Chizzini. Certaines familles immigrantes se sont établies ici précisément grâce à sa présence. »

Toutefois, le faible nombre d’élèves crée une situation instable. Une diminution des effectifs entraîne une réduction du personnel, ce qui limite ensuite la capacité d’accueil.

Le CÉF reconnaît d’ailleurs que le recrutement et la rétention d’enseignants en régions éloignées représentent un défi majeur pour le réseau scolaire francophone provincial.

En outre, l’absence d’établissements postsecondaires à Ponteix contribue au départ des jeunes adultes.

Après le secondaire, la majorité d’entre eux quittent la communauté pour poursuivre leurs études ailleurs, souvent dans les centres urbains.

Par le passé, Walter Chizzini a exploré la possibilité d’accueillir une antenne du Collège Mathieu dans l’ancienne école du village, un bâtiment patrimonial encore fonctionnel.

Toutefois, le projet n’a pas été retenu, faute de ressources financières et d’une demande suffisante, une contrainte fréquemment observée dans les petites communautés rurales.

Moderniser

Parmi les priorités actuelles figure ainsi la restructuration du Centre culturel Royer, un lieu central pour la vie communautaire francophone locale.

Après près de 30 ans d’activités, l’association des Auvergnois de Ponteix souhaite moderniser ses structures de gestion et améliorer ses installations.

« L’objectif est de maintenir des services efficaces, tant sur le plan des infrastructures que des activités offertes », explique Walter Chizzini.

Les initiatives culturelles et sociales se poursuivent, mais leur portée demeure limitée par les ressources financières disponibles.

Pour l’avenir, l’agent de développement souligne l’importance d’un appui accru des décideurs provinciaux et régionaux, particulièrement sur le plan économique.

Il évoque notamment des projets structurants susceptibles de créer de l’emploi, comme la mise en place d’un système de transport intercommunautaire reliant les localités rurales aux services régionaux, une approche déjà identifiée comme prometteuse dans certaines politiques de développement rural.

À Ponteix, les efforts se concentrent donc sur le maintien des services essentiels et de la vie communautaire, à l’heure où la pérennité repose sur un équilibre fragile entre démographie, économie et engagement local.

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