Actualité littéraire

Refonte du Festival fransaskois : des options qui ne satisferont pas tout le monde
Lucas Pilleri – IJL-L’Eau vive
/ Catégories: Arts et culture

Refonte du Festival fransaskois : des options qui ne satisferont pas tout le monde

Le 10 janvier, un rapport inspiré par la consultation du comité consultatif chargé de repenser le Festival fransaskois a été présenté à la Table des élus. Intitulée Réimaginer le Festival fransaskois, la démarche se veut ambitieuse : redonner à l’événement son statut de « point culminant de l’année ». Mais les pistes proposées auront du mal à faire l’unanimité.

De mars à octobre 2025, dix-huit personnes issues de différentes régions, générations et parcours, ont pris part à des sessions de consultation afin d’alimenter la réflexion du rapport présenté par Anne Brochu Lambert, présidente du comité.

L’objectif est toujours le même : sortir le festival d’une perte de vitesse et lui redonner un souffle collectif. Un « virage progressif » est ainsi envisagé sur les quatre prochaines années.

Les JeuxFC en ligne de mire

En 2026, l’édition se grefferait à la Fête de la Saint-Jean à Saskatoon avec un module scolaire optionnel au Children’s Festival de la ville début juin pour promouvoir l’événement.

En 2027, le festival gagnerait la capitale début juin avec, comme partenaire clé, l’Association communautaire fransaskoise de Regina (ACFR). Le lieu reste à déterminer, avec un site satellite de camping sans animation.

En 2028, une édition dite « duo » se tiendrait à nouveau dans la capitale à l’occasion des Jeux de la francophonie canadienne (JeuxFC), lors de la troisième semaine de juillet, dans un format qui reste à préciser.

Enfin, en 2029, une édition « patrimoine » se tiendrait en milieu rural lors d’un week-end au mois de juillet. Une communauté rurale ou semi-urbaine devra soumettre sa candidature pour accueillir l’événement.

Impossible de plaire à tout le monde

Soraya Ellert, directrice de la Société canadienne-française de Prince Albert (SCFPA) et membre du comité consultatif, est assez mécontente des options présentées.

« Je n'ai pas la même vision que ce qui a été énoncé. La ruralité a été mise de côté », regrette-t-elle, sentant que l’accent a été placé sur les zones urbaines.

Pour preuve, les dates proposées pour l’édition de cette année tombent en pleines festivités de la Saint-Jean à Bellevue.

« Nous avons deux gros spectacles prévus depuis deux ans à ce moment-là. C’est sûr que les gens de chez nous ne vont pas aller au Festival », pointe-t-elle du doigt.

Soraya Ellert constate depuis quelque temps que le Festival fransaskois accuse un net recul dans l’esprit des francophones vivant en milieu rural.

« Ce n’est plus comme avant. Il y a un sentiment de détachement. Les gens sentent que ce n’est plus leur festival. Ce n’est plus un moment rassembleur. Avant, on avait hâte, mais plus maintenant. »

Lorsque la fête se tiendra à Regina, la ruralité, elle, devra se contenter d’un module « live stream », une solution qui ne plaît guère à la résidente de Bellevue.

« Ils veulent nous mettre ça par Zoom ! Les gens sont écœurés de Zoom », rapporte la porte-parole.

Éric Lefol, autre membre du comité et directeur de Vitalité 55+, reconnaît que faire l’unanimité n’est pas chose aisée dans cette affaire.

« C’est extrêmement difficile de trouver une recette qui convienne à tout le monde », ponctue-t-il.

Tenir l’événement au centre-ville de Saskatoon l’an dernier était une bonne idée selon lui, même si « on n’a pas été gâtés par la météo et qu’il est difficile de valider cet essai ».

Malgré tout, une nouvelle édition à Saskatoon cet été fait sens pour le directeur : « L’avantage de l’avoir en centre-ville, c’est la visibilité. »

La date proposée lui convient aussi : « Le fait de le rattacher à la Saint-Jean-Baptiste n’est pas une mauvaise décision. Les gens ne sont pas encore partis en vacances, il y a potentiellement de quoi servir et contenter la communauté. »

Une formule à éprouver

Mais cela suffira-t-il pour assurer le succès de l’événement ?

« Être en centre-ville ne garantit pas que les gens vont venir, concède-t-il. Si ça n’apporte pas de revenus supplémentaires, peut être que ce n’est pas l’idéal. Il faut se tourner vers les désirs de la communauté et il y a ce désir d’avoir le festival à différents endroits dans la province. »

L’édition de 2029, devant se tenir en ruralité, constituera ainsi un bon test.

« C’est le point d’interrogation, poursuit Éric Lefol. Le CCF va faire un appel d’offres pour voir quelle communauté va accueillir le festival. Ça va être intéressant de voir ce qu’il va se passer. On va être complètement délocalisé par rapport aux années précédentes. »

Le directeur de Vitalité 55+ tient à rappeler que, pour les aînés, un lieu de festival proche de sites d’hébergement confortable est essentiel.

« C’est un groupe qui en général ne fait plus de camping. Le festival, oui, mais un rendez-vous sous la tente, non. Le côté fiesta autour du barbecue, ça ne marche pas. »

Et pour les jeunes ?

« C’est le temps d’un changement, et je pense qu’il s’en vient », énonce Julien Gaudet, directeur de l’Association jeunesse fransaskoise (AJF), un partenaire clé du festival.

Pour ce groupe, le plus important est la tenue de l’événement en marge des Jeux à Regina en 2028, « non seulement pour mettre en vedette la communauté, mais aussi pour diminuer le fardeau des bénévoles en maximisant les ressources disponibles ».

Mais d’ici là, la refonte du festival va prendre du temps : « Il y a une question de capacité et de délai. Quand on veut un changement, ça prend du temps et il y a eu des transitions assez importantes dans l’équipe du CCF, entre le changement de présidence et de direction artistique… »

Comme Éric Lefol, Julien Gaudet précise que le festival ne peut pas être « tout pour tout le monde ». À l’inverse, il faut y prévoir « un peu de tout pour tout le monde ».

« Les aînés qui ont participé au festival en 1979 à Batoche sont nostalgiques, mais le camping n’est plus aussi commun que dans les années 1980. Il est temps de revoir la formule. La jeunesse est ouverte à participer, mais il faut leur offrir quelque chose qui les fasse venir », analyse-t-il.

Chaque groupe d’âge présente ainsi des intérêts et des défis différents, difficilement conciliables.

« Les 5-6-7 ans vont venir en famille. À 12-13 ans, ils viennent si leurs meilleurs amis viennent. Mais pour les ados, ce n’est pas populaire de faire la fête avec les parents. C’est pas le maquillage et la barbe à papa qui vont les convaincre. »

Enfin, le directeur de l’AJF rappelle l’enjeu de se faire voir du plus grand nombre : « Le festival est une occasion de se faire connaître auprès de la majorité, ceux qui n’ont pas toujours la chance de vivre des choses en français, de leur dire qu’on peut avoir du fun en français. »

Si l’ambition est de faire du Festival fransaskois un événement réellement « incontournable » de la vie fransaskoise, de nombreux points seront à élucider.

Le Conseil culturel fransaskois (CCF) n’a pas souhaité commenter malgré nos relances.

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