Actualité littéraire

Sauver les lieux menacés de la Saskatchewan

Chaque année, des sites patrimoniaux canadiens risquent de disparaître faute de moyens ou de soutien. À leur secours, la Liste des lieux menacés de la Fiducie nationale du Canada s’impose comme un levier crucial pour mobiliser gouvernements, investisseurs et communautés. Un outil qui vient d’accueillir un nouveau site en Saskatchewan.

Établie en 1973, la Fiducie nationale du Canada a pour mission de faire vivre le patrimoine canadien. Et sa liste annuelle des lieux menacés constitue un outil essentiel pour ce faire.

« La liste permet d’attirer l’attention du public », relate justement Patricia Kell, directrice générale de la Fiducie nationale du Canada.

« La visibilité est souvent difficile à avoir, surtout pour une petite localité. Mais un enjeu qui semble local a vraiment de l'importance au niveau national. »

La liste vise en premier lieu à sensibiliser les décideurs publics quant aux enjeux patrimoniaux : « On cherche à attirer le gouvernement, qu’il soit au niveau national, provincial ou municipal. Puis aussi d’autres investisseurs possibles. »

Présentement, la liste comporte 175 lieux historiques à travers le pays. Des sites en péril qui seront annotés des mentions de « franc succès » ou de « perdu » selon le niveau de sauvetage atteint.

Un modèle à suivre

Depuis 2005, quatorze lieux patrimoniaux saskatchewanais ont été ajoutés à la liste. La grange Bell, située près d’Indian Head, fait partie des grands succès de l’organisme de bienfaisance national.

Cette grange de structure ronde en pierre des champs, l’un des plus vieux bâtiments agricoles de la province, était en effet menacée par la démolition, mais sa présence sur la liste l’a sauvée.

« Après l’avoir vue dans la liste, une personne a entamé l'action requise pour sauver cette grange datant de 1882 », relate Patricia Kell.

Cela dit, il ne suffit pas de figurer dans la liste pour être sauvé. Pour avoir une meilleure chance de survie, « il faut une vision pour le futur qui puisse se transformer en plan d’affaires fiable », souligne la directrice.

Surtout, c’est l’implication d’une communauté ou d’un groupe de personnes qui compte.

En 2019, l’église St-Vital de Battleford, la plus ancienne église catholique de la Saskatchewan, a été inscrite au registre grâce à la mobilisation de la communauté locale.

Un comité consultatif a été établi pour recommander que la gestion du bâtiment se fasse via le musée Fred Light à Battleford, où demeure aujourd’hui l’église, récemment rénovée.

Un avenir incertain

Mais les bonnes intentions des résidents ne suffisent pas toujours. À Regina, l’école communautaire Connaught, construite en 1912, l’une des écoles élémentaires pionnières de l’immersion française, n’a pas pu être sauvée malgré les bonnes volontés.

C’est à la suite d’une inspection structurelle en 2012 que le Conseil des écoles publiques de Regina a annoncé la démolition de l’édifice, citant l’instabilité et le coût exorbitant des réparations.

Une communauté très impliquée avait alors inscrit l’école à la liste des lieux menacés de la Fiducie nationale du Canada.

« Bien que la nomination ait attiré l’attention du public et de la couverture médiatique, le Conseil des écoles publiques n’a envisagé qu’une seule option : la démolition », regrette Trish Elliot, membre du mouvement Save Our Connaught. L’école a ainsi été démolie deux ans plus tard.

De la même manière, en dépit de tentatives de réhabiliter l’édifice, le sort du Couvent de Gravelbourg qui figure dans la liste depuis 2024 reste incertain.

Un nouvel ajout

Le site historique national de la briqueterie de Claybank, situé dans la région des Dirt Hills, dans le sud de la Saskatchewan, a récemment fait son entrée dans la liste.

Cet ancien complexe industriel utilisé pour la fabrication de briques d’argile, en activité de 1914 à 1989, constitue l’un des derniers exemples de briqueterie historique intacte au pays.

La brique fabriquée à Claybank orne de nombreux édifices, dont la cathédrale de Gravelbourg, les appartements Balfour à Regina et même le fameux château Frontenac à Québec.

« Le site tombe petit à petit en décrépitude », déplore la Fiducie, précisant que son entretien repose aujourd’hui quasi exclusivement sur un petit groupe de bénévoles aux ressources limitées.

Brad Taylor, membre du conseil d’administration de ce groupe, est persuadé qu’avec de l’appui financier, « on pourrait faire non seulement des réparations, mais aussi des activités communautaires et culturelles » avec le site.

En raison du non-renouvellement des investissements publics, notamment de la Saskatchewan Heritage Foundation et de Heritage Saskatchewan, ce lieu important du patrimoine industriel risque de disparaître. 

« Le sauvetage de la briqueterie exige beaucoup plus qu’un seul investisseur, même gouvernemental, estime Brad Taylor. C’est un partenariat entre plusieurs acteurs qu’il faudrait. »

L’espoir reste de mise. Car, comme le rappelle Patricia Kell à la tête de la Fiducie, « il est toujours possible qu’un succès en inspire un autre ».

Pour consulter la liste des lieux menacés, rendez-vous sur le site web de la Fiducie nationale du Canada.

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