Actualité littéraire

Se regrouper sous un même toit : pourquoi et comment ?
Lê Hai Huong Vu – Francopresse
/ Catégories: Société, Francophonie

Se regrouper sous un même toit : pourquoi et comment ?

La vitalité des communautés francophones en situation minoritaire repose-t-elle sur des lieux de regroupement d’organismes, comme le projet de Maison de la francophonie à Regina ? Selon des experts, ces espaces renforceraient la visibilité, le sentiment d’appartenance et l’accès à des ressources clés.

L’avenir des communautés francophones en situation minoritaire se joue dans les espaces physiques, indique la professeure émérite en géographie de l’Université d’Ottawa, Anne Gilbert.

Selon elle, la concentration géographique de la population, des organismes et des institutions constitue un levier de vitalité.

« Si on n’avait pas ces concentrations-là, la francophonie serait probablement un phénomène assez marginal », affirme-t-elle.

À ses yeux, les pôles de regroupement d’organismes créent une attractivité réelle qui permet de faire vivre les services et, plus largement, la communauté.

Au-delà des services proposés, Anne Gilbert considère que les lieux qui réunissent des organismes francophones ont aussi une valeur symbolique. « Ça crée un sentiment d’appartenance pour la communauté, c’est comme une fierté. »

À long terme, ces endroits joueraient un rôle déterminant pour leur région en agissant sur le plan de la géographie, en attirant la population, mais aussi sur celui des engagements, de l’utilisation du français et de la croyance dans l’avenir de la langue.

« Avoir un espace qui est beau, accueillant, convivial, ça peut jouer dans l'appréciation publique pour le français et aider à avoir davantage de prestige », croit Marie-Ève Forest, présidente de la firme de consultation Sociopol.

Un moteur de collaborations

Pour le professeur en sociologie à l’Université de Moncton, Mathieu Wade, les lieux de regroupement d’organismes francophones permettent à la minorité audible de se voir, puisqu’on ne sait pas si une personne parle français juste en la regardant.

De plus, selon lui, le regroupement d’organismes répond à la complexification du milieu associatif et facilite la collaboration entre services.

Cette proximité favoriserait une meilleure circulation de l’information et une coordination naturelle des actions.

« Dans ces lieux où on retrouve plusieurs services francophones, on a plein d’organismes qui se côtoient, qui cohabitent, se voient, discutent des dossiers et peuvent avoir des rencontres informelles. Donc, sur le plan de la gouvernance, ça évite de travailler trop en silo. »

À Halifax, la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse prépare un projet de ce genre en essayant de rassembler douze organismes dispersés à travers la ville.

Jules Chiasson, son directeur général, pense que ce rassemblement permettrait une synergie, une visibilité accrue auprès du gouvernement et un accès simplifié aux services.

« Il n’y aura pas besoin de se promener d’un bout à l’autre de la ville pour accéder aux différents services », souligne-t-il.

Une concentration géographique favoriserait ainsi l’émergence de quartiers de langue française, note la professeure Anne Gilbert.

L’éducation comme facteur d’attraction

Certains, dont l’avocat fransaskois Roger Lepage, plébiscitent le modèle des centres scolaires communautaires, très présent dans plusieurs provinces et territoires.

Dans ce modèle, l’école devient un lieu multifonctionnel ouvert à l’ensemble de la population après les heures de classe, donnant accès à des bibliothèques, des salles de spectacle et des services communautaires.

Pour Anne Gilbert, la présence d’écoles et de services de garde au sein de pôles francophones constitue un facteur d’attraction pour les familles, comme à Ottawa.

« Autour de ça, il y avait déjà un quartier français, de la langue française, et la population de langue française augmente ici parce que ça devient un facteur d’attractivité. »

L’ancien président du projet abandonné de Maison de la Francophonie à Toronto, Kip Daechsel, souligne que celui-ci prévoyait d’accueillir la garderie Les Bouts d’Choux comme locataire principal.

La Place des Arts du Grand Sudbury a également mis en place cette approche intégrée dès sa conception et l’édifice abrite sept organismes culturels et un centre de la petite enfance.

Le directeur général, Denis Bertrand, raconte que les enfants y sont régulièrement en contact avec des artistes professionnels de disciplines variées qui viennent animer des activités et les initier aux arts.

Et le numérique ?

Certains contestent la nécessité de se doter d’espaces de rassemblement à une ère où le numérique permet de s’organiser à distance.

Mais, pour Anne Gilbert, si certains services peuvent en effet être accessibles par les technologies modernes, ce serait « une erreur à long terme » de croire que le numérique peut remplacer les espaces physiques.

Si l’objectif est véritablement de favoriser la vitalité et l’épanouissement des communautés francophones, « c’est quelque chose qui nécessite, ultimement, des êtres humains en chair et en os qui se fréquentent », ponctue Marie-Ève Forest.

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