Actualité littéraire

L'empire fatigué : repenser la coopération au développement à l'ère du repli sur soi
Charlie Mballa
/ Catégories: Société, International

L'empire fatigué : repenser la coopération au développement à l'ère du repli sur soi

Nous nous trouvons à un tournant décisif où le système de coopération est mis à l'épreuve par de nouvelles réalités, exigeant une réflexion nouvelle sur le pouvoir, l'aide et la sécurité mondiale.

Le désengagement progressif des États-Unis de l'ordre multilatéral mondial nous oblige à repenser les fondements mêmes de la coopération internationale.

Les anciens cadres, construits à une époque où le pouvoir était bipolaire puis unipolaire, peinent à saisir les nuances de notre présent multipolaire, pour certains, apolaire pour d'autres.

L'aide au développement tend de plus en plus vers une logique de l'endiguement. Plutôt que de favoriser le développement autonome, elle se préoccupe de contenir les populations du Sud « sur place ».

Les vulnérabilités qui auraient pu autrefois être traitées par la solidarité sont désormais principalement considérées comme des menaces pour la sécurité à gérer.

La migration devient un problème à contenir à la source. Les États fragiles deviennent des incubateurs potentiels du terrorisme, nécessitant une intervention préventive. Le développement devient conditionnel au respect des agendas de sécurité du Nord.

Un espace pour de nouvelles voix

Pourtant, ce contexte difficile offre des possibilités de réinventer la coopération internationale.

Les organisations régionales, les cadres de coopération Sud-Sud, les acteurs non étatiques et même certains leaders du Sud façonnent de plus en plus les programmes de développement.

Le monopole dont jouissaient autrefois les institutions du Nord dans la définition du développement s'érode.

Que signifierait la construction d'un ordre international véritablement coopératif ?

Tout d'abord, il faudrait reconnaître que la sécurité et le développement ne peuvent être séparés artificiellement, mais aussi refuser de laisser les préoccupations sécuritaires prendre le pas sur les priorités de développement.

Les vulnérabilités du Sud sont réelles, mais elles ne constituent pas d’abord et principalement des menaces pour la sécurité du Nord : ce sont des défis humanitaires qui nécessitent de la solidarité et non de la gestion.

Deuxièmement, le renouvellement du système de coopération internationale impliquerait de reconnaître que l'expertise en matière de développement n'est pas le monopole des institutions du Nord.

Les connaissances locales, les solutions régionales et les partenariats Sud-Sud offrent souvent des approches plus adaptées au contexte et plus durables que les interventions standardisées conçues à Washington ou à Paris.

Troisièmement, il est plus que temps de s'attaquer aux inégalités structurelles inhérentes au système économique mondial qui rendent le développement véritable si difficile.

L'aide, même réformée, ne peut compenser les relations commerciales inéquitables, les régimes de propriété intellectuelle qui restreignent le transfert de technologie ou les systèmes financiers qui favorisent la fuite des capitaux et du capital humain des pays pauvres vers les pays riches.

L'aube d'une nouvelle nuit

La reconfiguration du pouvoir mondial offre une chance, pourvu qu’on veuille la saisir, de dépasser le paternalisme et l'instrumentalisation qui ont longtemps caractérisé les relations Nord-Sud.

Alors que nous traversons une période de turbulences mondiales, nous pourrions nous rappeler que le déclin d'un géant n'est jamais simplement une chute. C'est une opportunité de créer un autre monde.

Loin d'être une simple prolongation de l'ordre passé, la coopération internationale pourrait se redéfinir avec audace, humanisme et humilité.

Pour ce faire, les puissances du Nord devront renoncer sincèrement à leur prétention de fixer unilatéralement les conditions de l'engagement. Les acteurs du Sud devront affirmer leur capacité d'action et leur vision avec confiance.

Au Nord comme au Sud, à l’Est comme à l’Ouest, on n’a plus de choix que d’accepter que la complexité et l'incertitude croissantes de notre monde signent l’acte de naissance d’un monde post-occidental et sonnent le glas d'une gouvernance plus inclusive que jamais !

Note : Cette chronique a été tronquée pour les besoins de la rédaction. Retrouvez l’intégralité du texte sur le site web du Franco.

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