Numéro 1 - Printemps 2017

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Les découpeuses

Les découpeuses

Les découpeuses

Trois poèmes inspirés des anecdotes sur l’apiculture que mon père m’a racontées.

Vitrail

Un buisson enrosé,

ses joues joyeuses

endormies sur l’herbe.

 

Feuilles douces,

perforées, les veines

exposées et scintillantes

 

 

Le vitrail éventré

sur la main de mon père,

un songe

bleu nuage,

luzerne prune,

 

puis

 

autour de nous,

un bourdonnement mécanique

plus fort que celui

des découpeuses.

 

Nimbus

L’organe bleu

vibre sur la colline.

 

Autour de lui,

des fils

suspendent

 

des milliers

de venants.

 

Brouillard planant,

passages noués,

 

les départs / les arrivées

 

Le courant d’ailes soulève

Poussière, pollen, feuilles

séchées et sueur d’hommes.

 

les départs / les arrivées

 

Luzerne frisée,

découpages et

Morphée bleue.

 

Citadelle de butineuses,

spectre vivant,

 

battant bleu,

bourdonnant.

L’océan violet

Il disait de toi,

que tu préférais les feuilles douces,

le bleu et puis l’orange,

c’est pourquoi ton abri

avait la couleur du ciel

printanier ou celui d’automne.

Quand le soleil rose flottait

derrière le brouillard brulant des moissonneuses,

tu t’étais déjà endormie dans un champ,

et ces fragments de toi

que tu avais enveloppés

de feuilles douces et de bouchées de pétales,

rêvassaient déjà,

en imaginant l’océan violet

qui les attendait.

Zoé Fortier

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Printemps 2017

Un jour de grand vent

Mardi le 10 mai ’66. De bonne heure le matin, au Restaurant Lafontaine à Métabetchouan au Lac-Saint-Jean. L’accent du Lac est présent à différents degrés chez les personnages. Il affecte en particulier Monsieur Pit, un sympathique septuagénaire à la retraite. Jeannot Lafontaine, douze ans, est debout derrière le comptoir. Il porte son uniforme...

La Voie lactée

Il était une fois,
au fin fond du Far West canadien,
dans une province au nom imprononçable,
une cavalière redoutable.

Le grand barrage

À défaut d'être aimé, Henri était respecté de tous les castors. Sa supériorité ne laissait aucun doute. On n'avait qu'à regarder son barrage pour comprendre qu'il était plus doué que les autres.

Knockout

L’aiguille de glace qui arracha Victor Florkowski à la vie ressemblait à un ivoire de mammouth. Elle était aussi large qu’un pneu, aussi longue que la victime, et se rétrécissait en une pointe cristalline —  à double tranchant — dont la beauté fatale resplendissait sous clair de lune.

Cantate pour légumes

Au cœur de ce texte sont quatre êtres qui ont perdu leur voix, la capacité d’exprimer leur volonté et leur angoisse. Ancrés dans leurs fauteuils roulants, Asperge, Gourde, Navet et Asperge rêvent d’évasion. Dans les solos de la cantate, les légumes expriment leurs désires les plus profonds.

Triptyque - Micro nouvelles

Au coin de l’avenue Idylwyld et la 23e un bip discontinu se fait entendre à ma gauche. Un clignotement sonore: on peut traverser.  Entre les deux lignes on peut traverser. “Passez, monsieur. Priorité aux piétons.” Oui, on peut traverser. On peut traverser si les autos s’arrêtent.

Entreciel

Sorties de l’entretoit des corniches des greniers de mille espaces connus d’elles seules oubliés par concierges et architectes, les hirondelles occupent dès le matin l’entreciel, la part élevée de Madrid, en rase-tête des habitants des terrasses jusqu’à la proximité des saints perchoirs, des croix des antennes, faisant fi de nos communications avec l’au-delà.

La mousse

Maman, pourquoi c’est mouillé ici? 

C’est la mousse, mon chéri. Fais attention à ne pas glisser.

De la supercherie De la supercherie

Cette réflexion est née d’un constat. La vie ne nous appartient pas. Elle nous a été léguée et nous la rendrons en même temps que notre dernier souffle.

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