Numéro 1 - Printemps 2017

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Ma mélopée

Ma mélopée

Ma mélopée

au retour incessant du signe

dans la marge peinte                     un trait

de lumière

pèse

sur une prophétie

 

une fleur s’égoutte

serait-ce une pervenche

qui pleure

 

« cher poète : la distance est acquise »

l’inconnu apaise

l’œuvre reprend son visage

la floraison confirme le sentier limpide

des questions vides

percevoir l’alternance

l’écart

le cercle ailé de l’évidence

multipliant les aller-retour

une façon de se rappeler le piétinement

d’une voix haute

celle d’une pierre priant sa délivrance

logos immaculé

se refusant à la sagesse

de sa parole

 

l’émotion immobile

conserve une valeur

la perfection est brève

se reflète à l’aisance

d’un poème qui sait sa nouvelle naissance

sa mélopée

une lenteur

dans ma main

peuple la nuit

elle passe

longue randonnée

comme un croisement des regards

 

alors que tout est noir

la tristesse s’allonge

délie cette modération gantée

qui gêne ma parole

 

libérer ce poing intérieur

creusant des vibrations

dans le deuil

de ma disparition


Illustration : Michel St.Hilaire

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Printemps 2017

Un jour de grand vent

Mardi le 10 mai ’66. De bonne heure le matin, au Restaurant Lafontaine à Métabetchouan au Lac-Saint-Jean. L’accent du Lac est présent à différents degrés chez les personnages. Il affecte en particulier Monsieur Pit, un sympathique septuagénaire à la retraite. Jeannot Lafontaine, douze ans, est debout derrière le comptoir. Il porte son uniforme...

La Voie lactée

Il était une fois,
au fin fond du Far West canadien,
dans une province au nom imprononçable,
une cavalière redoutable.

Le grand barrage

À défaut d'être aimé, Henri était respecté de tous les castors. Sa supériorité ne laissait aucun doute. On n'avait qu'à regarder son barrage pour comprendre qu'il était plus doué que les autres.

Knockout

L’aiguille de glace qui arracha Victor Florkowski à la vie ressemblait à un ivoire de mammouth. Elle était aussi large qu’un pneu, aussi longue que la victime, et se rétrécissait en une pointe cristalline —  à double tranchant — dont la beauté fatale resplendissait sous clair de lune.

Cantate pour légumes

Au cœur de ce texte sont quatre êtres qui ont perdu leur voix, la capacité d’exprimer leur volonté et leur angoisse. Ancrés dans leurs fauteuils roulants, Asperge, Gourde, Navet et Asperge rêvent d’évasion. Dans les solos de la cantate, les légumes expriment leurs désires les plus profonds.

Triptyque - Micro nouvelles

Au coin de l’avenue Idylwyld et la 23e un bip discontinu se fait entendre à ma gauche. Un clignotement sonore: on peut traverser.  Entre les deux lignes on peut traverser. “Passez, monsieur. Priorité aux piétons.” Oui, on peut traverser. On peut traverser si les autos s’arrêtent.

Entreciel

Sorties de l’entretoit des corniches des greniers de mille espaces connus d’elles seules oubliés par concierges et architectes, les hirondelles occupent dès le matin l’entreciel, la part élevée de Madrid, en rase-tête des habitants des terrasses jusqu’à la proximité des saints perchoirs, des croix des antennes, faisant fi de nos communications avec l’au-delà.

La mousse

Maman, pourquoi c’est mouillé ici? 

C’est la mousse, mon chéri. Fais attention à ne pas glisser.

De la supercherie De la supercherie

Cette réflexion est née d’un constat. La vie ne nous appartient pas. Elle nous a été léguée et nous la rendrons en même temps que notre dernier souffle.

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