Numéro 1 - Printemps 2017

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Ô toi souveraine souvenance

Ô toi souveraine souvenance

Ô toi souveraine souvenance

I

Sombre nuit
je suis ce mot de rien
débris
les sons se tiennent à la fenêtre
le temps souffle son absence
la journée souffle dans les yeux
la mort n’est pas je n’écris plus
noir dans les nuages
roule et remue
pâleur de pluie
creusant
goute à goutte
l’île paisible de ma jeunesse

II

vite une autre vie légère
sans mémoire
vie pluie
ni vide ni mots qui varient
dehors enfant dans le grand vent qui délivre
dans un corps sans épaisseur
comme si au fond de la voix nouvelle
les mêmes mots diluviens
obscurcissent le passé
avec juste assez de jour pour croire
à la parole borgne du paysage

III

parfois comme une aile au-dessus
de la digue. Nu.
des herbes des oiseaux
en phrases
apaisent les pensées amères
la mer s’effiloche
paysage de démesure déferlant
le moulin le torrent
l’enfant son ballon
les frissons d’osier
avancent
l’hymne en chevelure
dépose son épaisseur
tous ces emportements décomposés
ne te comprennent pas

IV

à l’heure du mutisme
qui est aussi celui du fleuve
la vie s’aveugle s’apprête à mourir
à peine un virus
une toux humaine
harcèle
traversant les millénaires
le silence se souvient de mes amours

V

soudain tressaille le poète
les mots inversés écrasent son corps
le cœur en fanal
il balance dans la foule
parmi les voisins les Anglais
les profils anonymes
son béguin s’est étourdi
il n’assume plus
devers le mépris
ce que Gaston lui a dit
le ferment de ses poèmes

VI

les pavés de pierre
les vieilles rues
l’église
grise
les remparts abandonnés
ces ruines rénovées
fantassins dissipés
par la porte vieillotte
ton sourire évanoui
me condamne à la grimace
Ô toi amante des vérandas
à la beauté qui étouffe le bruit de la bourgade
Ô parfum de liberté conquise
à l’angle de la rue qui déboule en moi
je t’embrasse sans corps à corps
une idée un voile
mouchoir s’envolant
de tendresse et d’espérance


Texte : Laurent Poliquin
Illustration : Sylvie Pilotte


Laurent Poliquin

Laurent Poliquin

Détenteur d’un doctorat en littérature canadienne-française de l’Université du Manitoba, Laurent Poliquin enseigne actuellement dans une école secondaire de Winnipeg. Récipiendaire du Prix international de poésie Léopold-Sédar-Senghor, il a publié une douzaine de livres, dont Les foudres du silence : l’estomac fragile de la littérature francophone au Canada, paru à Paris en 2019.

Nouveaux messages

Nouveaux messages

Sylvie Pilotte
Collage, gouache et crayon feutre sur carton, 15 po x 20 po, - 2016

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1928

Printemps 2017

Un jour de grand vent

Mardi le 10 mai ’66. De bonne heure le matin, au Restaurant Lafontaine à Métabetchouan au Lac-Saint-Jean. L’accent du Lac est présent à différents degrés chez les personnages. Il affecte en particulier Monsieur Pit, un sympathique septuagénaire à la retraite. Jeannot Lafontaine, douze ans, est debout derrière le comptoir. Il porte son uniforme...

La Voie lactée

Il était une fois,
au fin fond du Far West canadien,
dans une province au nom imprononçable,
une cavalière redoutable.

Le grand barrage

À défaut d'être aimé, Henri était respecté de tous les castors. Sa supériorité ne laissait aucun doute. On n'avait qu'à regarder son barrage pour comprendre qu'il était plus doué que les autres.

Knockout

L’aiguille de glace qui arracha Victor Florkowski à la vie ressemblait à un ivoire de mammouth. Elle était aussi large qu’un pneu, aussi longue que la victime, et se rétrécissait en une pointe cristalline —  à double tranchant — dont la beauté fatale resplendissait sous clair de lune.

Cantate pour légumes

Au cœur de ce texte sont quatre êtres qui ont perdu leur voix, la capacité d’exprimer leur volonté et leur angoisse. Ancrés dans leurs fauteuils roulants, Asperge, Gourde, Navet et Asperge rêvent d’évasion. Dans les solos de la cantate, les légumes expriment leurs désires les plus profonds.

Triptyque - Micro nouvelles

Au coin de l’avenue Idylwyld et la 23e un bip discontinu se fait entendre à ma gauche. Un clignotement sonore: on peut traverser.  Entre les deux lignes on peut traverser. “Passez, monsieur. Priorité aux piétons.” Oui, on peut traverser. On peut traverser si les autos s’arrêtent.

Entreciel

Sorties de l’entretoit des corniches des greniers de mille espaces connus d’elles seules oubliés par concierges et architectes, les hirondelles occupent dès le matin l’entreciel, la part élevée de Madrid, en rase-tête des habitants des terrasses jusqu’à la proximité des saints perchoirs, des croix des antennes, faisant fi de nos communications avec l’au-delà.

La mousse

Maman, pourquoi c’est mouillé ici? 

C’est la mousse, mon chéri. Fais attention à ne pas glisser.

De la supercherie De la supercherie

Cette réflexion est née d’un constat. La vie ne nous appartient pas. Elle nous a été léguée et nous la rendrons en même temps que notre dernier souffle.

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