Numéro 1 - Printemps 2017

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Le journal de Thésée - extraits

Le journal de Thésée - extraits

David Baudemont

Le journal de Thésée est un ensemble de cours textes en prose qui s’inspirent de dessins à l’aquarelle ou à l’encre.


Le journal de Thésée
Illustration : David Baudemont

C’est un faux labyrinthe,

vert-de-gris, totalitaire

comme un coup d’État fasciste

une machine à broyer l’espoir tout entier.

Il ne connaît pas l’opposition.

C’est ainsi qu’aux heures les plus noires de sa vie

on se retrouve hébété, hagard et sans force.

On cherche, on s’interroge.

« Quel absurde concours de circonstances m’a mené ici ? »

On a fait fausse route, OK

On est à contre-courant de soi-même. Et ?

Il n’y a pas de parcours initiatique dans ce dédale : on n’y apprend rien

Il est trop tard pour comprendre

Il y a urgence à faire demi-tour.

Peut-être un jour avec le temps comprendra-t-on

quel mécanisme a su mettre en route

ce désir d’anéantissement de soi qu’on avait si bien dissimulé.


Le journal de Thésée
Illustration : David Baudemont

Le nez collé aux hautes parois de grès rouge

un poids sur la poitrine à en perdre le souffle,

je déambulais au fond de ses gorges profondes

à la recherche d’indices tectoniques,

de traces de mouvement,

de décrochement,

sans savoir que c’était moi-même qui avais décroché !,

qui m’étais laissé dériver

loin de ces failles qui jadis avaient occupé ma vie jusqu’à l’obsession.

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Printemps 2017

Un jour de grand vent

Mardi le 10 mai ’66. De bonne heure le matin, au Restaurant Lafontaine à Métabetchouan au Lac-Saint-Jean. L’accent du Lac est présent à différents degrés chez les personnages. Il affecte en particulier Monsieur Pit, un sympathique septuagénaire à la retraite. Jeannot Lafontaine, douze ans, est debout derrière le comptoir. Il porte son uniforme...

La Voie lactée

Il était une fois,
au fin fond du Far West canadien,
dans une province au nom imprononçable,
une cavalière redoutable.

Le grand barrage

À défaut d'être aimé, Henri était respecté de tous les castors. Sa supériorité ne laissait aucun doute. On n'avait qu'à regarder son barrage pour comprendre qu'il était plus doué que les autres.

Knockout

L’aiguille de glace qui arracha Victor Florkowski à la vie ressemblait à un ivoire de mammouth. Elle était aussi large qu’un pneu, aussi longue que la victime, et se rétrécissait en une pointe cristalline —  à double tranchant — dont la beauté fatale resplendissait sous clair de lune.

Cantate pour légumes

Au cœur de ce texte sont quatre êtres qui ont perdu leur voix, la capacité d’exprimer leur volonté et leur angoisse. Ancrés dans leurs fauteuils roulants, Asperge, Gourde, Navet et Asperge rêvent d’évasion. Dans les solos de la cantate, les légumes expriment leurs désires les plus profonds.

Triptyque - Micro nouvelles

Au coin de l’avenue Idylwyld et la 23e un bip discontinu se fait entendre à ma gauche. Un clignotement sonore: on peut traverser.  Entre les deux lignes on peut traverser. “Passez, monsieur. Priorité aux piétons.” Oui, on peut traverser. On peut traverser si les autos s’arrêtent.

Entreciel

Sorties de l’entretoit des corniches des greniers de mille espaces connus d’elles seules oubliés par concierges et architectes, les hirondelles occupent dès le matin l’entreciel, la part élevée de Madrid, en rase-tête des habitants des terrasses jusqu’à la proximité des saints perchoirs, des croix des antennes, faisant fi de nos communications avec l’au-delà.

La mousse

Maman, pourquoi c’est mouillé ici? 

C’est la mousse, mon chéri. Fais attention à ne pas glisser.

De la supercherie De la supercherie

Cette réflexion est née d’un constat. La vie ne nous appartient pas. Elle nous a été léguée et nous la rendrons en même temps que notre dernier souffle.

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