Numéro 1 - Printemps 2017

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L’oreiller

L’oreiller

Nouvelle

Je suis un de ces oreillers qui assument le poids des fantasmes du rêveur. Plus précisément, je suis l’oreiller bien habitué à bercer l’imagination d’un certain Gérard, âgé de vingt-sept ans, un mètre quatre-vingt-dix, soixante-dix-neuf kilos, cheveux noisette bouclés et, sur les joues, une barbe de deux jours omniprésente.

J’ai la forme d’un demi-tunnel qui appuie bien la nuque en gardant la tête ancrée dans son fossé pour assurer le repos et aider le sommeil rapide et paisible de mon maître. Je partage le chef du lit avec mon jumeau, oreiller prêt à recevoir la tête de la blonde de l’heure… qui sera d’ailleurs rousse, car Gérard est assez fixé dans ses prédilections quant à la gent féminine.

À cette heure, Gérard est au téléphone. Il se masse inconsciemment en préparant une sortie : un dîner champagne puis cinéma – de préférence Imax ou au moins salle VIP – avec un film qui met en vedette Ryan Gosselin ou Johnny Depp pour monter le sang de sa conquête proposée.

C’est une préparation qui se répète dans la chambre de Gérard à l’approche de chaque ouiquinde.

C’est une scène qui se rabâche aussi le week-end terminé.

Ouiquinde… week-end ? La prononciation est identique, mais depuis la lecture d’un roman de Sartre, Gérard garde l’orthographe excentrique dans la tête. « Ma vie mérite bien un cachet existentiel, » dit-il en formant une moue en cul-de-poule.

Jugeons-la nous-mêmes en revenant aux séductions proposées et aux week-ends accomplis ou ratés de notre héros.

Les conquêtes, c’est comme la guerre à petits assauts, n’est-ce pas ? Pour Gérard, hélas la plupart du temps, c’est un mouchoir blanc qui marque ses ébats dans les tranchées nocturnes. Il finira par se creuser une part de confort entre les deux tunnels jumeaux que nous sommes. Que ne ferait-il pas pour pouvoir confectionner une rencontre qui se termine en cataclysme orgasmique ? Un véritable exploit à raconter à ses copains, quoi ? Hélas, la tête dans le creux que nous lui présentons, mon jumeau et moi, Gérard passera encore une nuit blanche. Il s’essaiera au moins à engager une créativité rabelaisienne pour des racontars à ses copains, mais il finira dans un pugilat d’oreiller qui durera jusqu’à l’aube, ponctué finalement par une empoignade bien désobligeante. Ma foi, on devrait nous apprécier bien davantage !

Le scénario ne varie jamais. Les rousses lui tiennent toujours la dragée trop haute à Gérard. Nous, ses compagnons fidèles, serons bien usés avant que cela ne change !

Entre-temps, la literie se moque royalement de nous, les jumeaux privilégiés qui reçoivent en principe le meilleur des rêveurs de génie, car nous devenons ces nuits-ci les dommages attitrés des guerres de la frustration.

Je suis l’oreiller éreinté et aplati, trop habitué à couver l’imaginaire d’un certain Gérard, âgé de cinquante-deux ans, un mètre soixante-neuf, quatre-vingt-trois kilos, cheveux grisonnants, une barbe de cinq jours et des moustaches qui sentent la bière sans bulles.

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Printemps 2017

Un jour de grand vent

Mardi le 10 mai ’66. De bonne heure le matin, au Restaurant Lafontaine à Métabetchouan au Lac-Saint-Jean. L’accent du Lac est présent à différents degrés chez les personnages. Il affecte en particulier Monsieur Pit, un sympathique septuagénaire à la retraite. Jeannot Lafontaine, douze ans, est debout derrière le comptoir. Il porte son uniforme...

La Voie lactée

Il était une fois,
au fin fond du Far West canadien,
dans une province au nom imprononçable,
une cavalière redoutable.

Le grand barrage

À défaut d'être aimé, Henri était respecté de tous les castors. Sa supériorité ne laissait aucun doute. On n'avait qu'à regarder son barrage pour comprendre qu'il était plus doué que les autres.

Knockout

L’aiguille de glace qui arracha Victor Florkowski à la vie ressemblait à un ivoire de mammouth. Elle était aussi large qu’un pneu, aussi longue que la victime, et se rétrécissait en une pointe cristalline —  à double tranchant — dont la beauté fatale resplendissait sous clair de lune.

Cantate pour légumes

Au cœur de ce texte sont quatre êtres qui ont perdu leur voix, la capacité d’exprimer leur volonté et leur angoisse. Ancrés dans leurs fauteuils roulants, Asperge, Gourde, Navet et Asperge rêvent d’évasion. Dans les solos de la cantate, les légumes expriment leurs désires les plus profonds.

Triptyque - Micro nouvelles

Au coin de l’avenue Idylwyld et la 23e un bip discontinu se fait entendre à ma gauche. Un clignotement sonore: on peut traverser.  Entre les deux lignes on peut traverser. “Passez, monsieur. Priorité aux piétons.” Oui, on peut traverser. On peut traverser si les autos s’arrêtent.

Entreciel

Sorties de l’entretoit des corniches des greniers de mille espaces connus d’elles seules oubliés par concierges et architectes, les hirondelles occupent dès le matin l’entreciel, la part élevée de Madrid, en rase-tête des habitants des terrasses jusqu’à la proximité des saints perchoirs, des croix des antennes, faisant fi de nos communications avec l’au-delà.

La mousse

Maman, pourquoi c’est mouillé ici? 

C’est la mousse, mon chéri. Fais attention à ne pas glisser.

De la supercherie De la supercherie

Cette réflexion est née d’un constat. La vie ne nous appartient pas. Elle nous a été léguée et nous la rendrons en même temps que notre dernier souffle.

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