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Chronique littéraire publiée dans l'Eau vive

« Des nuits sans sommeil » : le quotidien de deux Iraniennes expatriées en Saskatchewan

« Des nuits sans sommeil » : le quotidien de deux Iraniennes expatriées en Saskatchewan

Loin de leur pays d’origine, les Iraniens établis en Saskatchewan vivent une période marquée par l’angoisse, l’impuissance et la culpabilité. À des milliers de kilomètres de leurs proches, ils tentent de maintenir un équilibre fragile entre leur vie au Canada et les nouvelles, rares, en provenance d’Iran. Deux d’entre eux témoignent.

Arrivée au Canada en 2022, Golnoosh Sarlak a quitté l’Iran avant les événements déclenchés par la mort de Mahsa Amini.

Aujourd’hui installée en Saskatchewan, employée au Service d’accueil et d’inclusion francophone (SAIF), elle confie vivre des journées émotionnellement éprouvantes.

« Nous traversons tous des jours extrêmement difficiles. J’ai encore du mal à croire que nous vivons une telle réalité », exprime-t-elle.

L’absence d’informations en provenance de sa famille accentue ce sentiment d’angoisse.

« Rester plusieurs semaines sans Internet et sans aucune nouvelle de ses proches est indescriptible », souligne-t-elle.

La coupure des communications représente l’un des aspects les plus lourds à porter pour la diaspora.

Les contacts se font principalement par téléphone ou à l’aide de réseaux privés virtuels, lorsque cela est possible.

« Les connexions sont rares, difficiles et instables », précise Golnoosh Sarlak. Une incertitude permanente qui affecte aussi le quotidien.

« Il nous arrive de ne pas dormir la nuit à cause du stress et de vérifier les nouvelles jusqu’au matin, par crainte qu’il se passe quelque chose dans notre pays pendant que nous dormons », ajoute-t-elle.

À ce sentiment d’inquiétude s’ajoute aussi une profonde culpabilité. « Quand j’entends parler de la mort de milliers de jeunes de mon pays, je ressens une honte d’être en vie et loin d’eux », confie la jeune femme.

Une période tragique

Cette expérience est partagée par Beheshteh Houshyar Rad, installée en Saskatchewan depuis deux ans où elle travaille comme fleuriste.

Partie d’Iran à la recherche de stabilité et d’un avenir meilleur, elle se trouvait dans son pays lors d’un séjour de trois semaines lorsque les conflits ont éclaté.

« Être sur place au début des événements, puis rentrer au Canada, a rendu l’expérience encore plus intense », raconte-t-elle.

Les images de violence auxquelles elle a été confrontée continuent de la hanter. « Quitter le pays dans un tel contexte m’a laissée avec un profond sentiment de culpabilité. »

Et la distance amplifie les émotions : « On s’inquiète constamment. Même quand la famille dit que tout va bien, on doute, on se demande si ce n’est pas pour nous rassurer. »

Les coupures d’Internet rendent les échanges quasi impossibles et nourrissent l’anxiété. Une tension qui se répercute sur sa concentration et son bien-être.

« Il m’arrive de passer des heures à faire défiler les nouvelles, même si je sais que ce n’est pas sain », reconnaît-elle.

Un avenir incertain

Face à cette détresse, la communauté iranienne en Saskatchewan tente de recréer du lien. Des rassemblements et des marches sont organisés pour briser l’isolement et partager les émotions.

« Ces moments nous permettent de nous retrouver, de nous soutenir et de nous sentir moins seuls », souligne Beheshteh Houshyar Rad.

Pour sa compatriote Golnoosh Sarlak, francophone et anglophone, le fait de pouvoir s’exprimer dans une autre langue joue aussi un rôle important.

« Parler en dehors du persan nous permet de faire entendre notre voix », affirme-t-elle, tout en reconnaissant que certaines émotions restent intraduisibles.

Si l’accueil de la société canadienne est perçu comme bienveillant, la compréhension totale demeure difficile.

« Les gens sont empathiques, mais certaines réalités sont presque impossibles à saisir sans les vivre », observe Beheshteh Houshyar Rad.

Malgré tout, être écouté reste essentiel : « Le simple fait que les gens entendent nos histoires est déjà une forme de solidarité », insiste Golnoosh Sarlak.

Entre inquiétude constante et tentatives de reconstruction, les Iraniens expatriés en Saskatchewan avancent ainsi avec retenue.

« Construire une vie ici est difficile quand le cœur reste ailleurs », confie Golnoosh Sarlak.

Pour Beheshteh Houshyar Rad, l’espoir demeure un moteur : « J’essaie de trouver du réconfort dans les petites choses du quotidien. Mais ce qui m’aide le plus, c’est l’espoir. »

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Samblo Jean Marseille – IJL-L’Eau viveGhita Hanane

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