Horizons

Chronique littéraire publiée dans l'Eau vive

Trois projets porteurs pour dynamiser la fransaskoisie

Et si la vitalité de la communauté fransaskoise passait par sa capacité à se renouveler, à investir dans ses infrastructures et à soutenir ses talents locaux ? C’est dans cet esprit que le Conseil économique et coopératif de la Saskatchewan (CÉCS) a dévoilé trois projets financés par le Fonds de développement économique francophone des Prairies (FDÉFP) 2026-2027.

Cette année, trois initiatives ont été retenues, reflétant la diversité des besoins sur le terrain et l’engagement des organismes communautaires.

Mais derrière ces investissements, une réalité demeure : les demandes dépassent largement les moyens disponibles.

« Nous disposons d’une enveloppe annuelle très limitée, soit 170 000 dollars pour la Saskatchewan », explique Jean de Dieu Ndayahundwa, directeur du développement économique, communautaire et entrepreneurial au CÉCS.

« Le choix s’est donc fait sur la qualité des projets, leur impact potentiel et des indicateurs comme la création d’emplois ou l’effet levier. »

Des projets structurants

Parmi les initiatives retenues, le projet du Studio Gaétan Benoit, porté par la Société canadienne-française de Prince Albert (SCFPA), reflète une vision ambitieuse du développement économique francophone.

« Il s’agit d’un espace vivant où se rencontrent création, entrepreneuriat, formation et jeunesse », explique sa directrice générale, Soraya Ellert.

Le projet répond à plusieurs besoins bien identifiés dans la région : le manque d’espaces professionnels francophones, le besoin d’appuyer les artistes et entrepreneurs, mais aussi celui de renforcer l’identité culturelle.

Le studio offrira une programmation variée, allant de la production de contenu numérique à des formations en entrepreneuriat, en passant par des ateliers destinés aux jeunes.

L’objectif est de créer un incubateur régional où les idées peuvent se transformer en projets concrets.

L’un des aspects marquants du projet est sa dimension intergénérationnelle et pancanadienne. Des échanges avec des jeunes du Québec sont notamment prévus.

« Cela permet à nos jeunes de développer leur fierté identitaire tout en élargissant leur vision du monde francophone », souligne Soraya Ellert.

Sans le financement du FDÉFP, le projet aurait vu le jour, mais sous une forme beaucoup plus modeste.

« Cet appui nous permet de structurer le projet à grande échelle et d’assurer une portée durable », ajoute-t-elle.

Agir sur les inégalités

Un autre projet financé, celui de la Communauté des Africains francophones de la Saskatchewan (CAFS), s’attaque directement aux inégalités socioéconomiques vécues par une partie de la population.

Intitulé Changeons les réalités socioéconomiques des jeunes Noirs en Saskatchewan, l’initiative se déroulera sur une période de 12 mois.

« Le projet propose de réduire les écarts de réussite éducative et de favoriser l’inclusion socioéconomique », explique Melchior Niyonkuru, directeur général de la CAFS.

Trois volets sont prévus : des cours d’été de remise à niveau, un accompagnement scolaire en ligne et des sessions de littératie financière destinées aux familles.

Le projet répond ainsi à des besoins bien réels dans la communauté, soit « des obstacles systémiques, notamment un rendement scolaire plus faible, un taux de décrochage élevé et des revenus inférieurs à la moyenne », note Melchior Niyonkuru.

À cela s’ajoutent les défis particuliers des jeunes arrivants, dont certains ont connu des interruptions de scolarité.

En agissant à la fois auprès des jeunes et de leurs familles, l’organisme souhaite donc s’attaquer aux causes profondes des inégalités.

« En combinant soutien éducatif et renforcement des capacités financières des parents, nous agissons directement sur les éléments déterminants de la réussite et de la pauvreté », précise le directeur.

Une cinquantaine de jeunes et une trentaine de familles seront concernés, avec des retombées attendues à court et moyen termes.

Moderniser les infrastructures

À North Battleford, la Société Saint-André a choisi, elle, de miser sur la modernisation de son centre communautaire, carrefour pour la communauté francophone locale.

Construit en 1963, le bâtiment nécessitait une mise à niveau importante d’après son trésorier Denis Carignan.

« La salle était correcte, mais elle avait toujours le look et les installations de 1963 », rapporte-t-il.

Grâce au financement obtenu, soit 50 000 dollars sur les 63 000 demandés, des travaux ont déjà été amorcés, notamment le remplacement des fenêtres et des planchers.

Les rénovations visent aussi à rendre l’espace plus inclusif avec l’aménagement de salles de bain accessibles pour accueillir des personnes à mobilité réduite, un enjeu important pour plusieurs organismes communautaires.

Au-delà des travaux, le projet comprend l’acquisition d’équipements modernes, dont un système audiovisuel et du matériel de cuisine. Des améliorations qui devraient permettre d’élargir la programmation et d’attirer un public plus diversifié.

« On espère attirer plus de monde, notamment des familles et des jeunes lors de projections », indique Denis Carignan.

À moyen terme, la Société Saint-André souhaite augmenter ses revenus grâce à une fréquentation accrue.

Un bon départ

Les organismes bénéficiaires devront rendre des comptes sur les résultats obtenus. Des rapports semestriels et finaux permettront de mesurer des indicateurs concrets comme le nombre de participants, d’emplois créés ou maintenus.

Le suivi ne s’arrête toutefois pas à la fin du financement. « Nous gardons un contact permanent avec les organismes pour suivre l’évolution des projets et leur impact réel dans la communauté », explique le directeur.

Car malgré ces mécanismes, les fonds ne suffiront pas à répondre aux besoins : « L’enveloppe n’est pas suffisante compte tenu de l’ampleur des demandes », reconnaît Jean de Dieu Ndayahundwa.

Cette réalité force des choix difficiles et laisse plusieurs projets prometteurs sans financement.

Le programme, financé par PrairiesCan, est néanmoins salué pour sa continuité depuis 2020. « Nous sommes reconnaissants de ce soutien, mais une augmentation de l’enveloppe serait très appréciée », ajoute le responsable.


Pour Soraya Ellert, l’enjeu dépasse largement les chiffres. « C’est une affirmation que nos jeunes méritent de rêver grand en français, ici même », dit-elle.

Un constat partagé par Melchior Niyonkuru, pour qui l’investissement représente bien plus qu’un simple appui financier.

« Ce financement permet de mettre en œuvre une initiative structurée capable de générer des gains socioéconomiques importants. »

Dans un contexte où les communautés francophones en situation minoritaire doivent constamment se battre pour leur vitalité, ces projets rappellent que le développement économique et l’identité culturelle vont de pair et que c’est souvent à l’échelle locale que se construisent les transformations durables.

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Frédérique Sauvée – IJL-L’Eau viveGhita Hanane

Textes par Frédérique Sauvée – IJL-L’Eau vive
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