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Chronique littéraire publiée dans l'Eau vive

Maison de la francophonie : une pétition déclenche une assemblée extraordinaire

Le projet de Maison de la francophonie à Regina continue de susciter des remous au sein de la communauté fransaskoise. À la suite d'une pétition ayant recueilli une soixantaine de signatures, l'Assemblée communautaire fransaskoise (ACF) s'est engagée à convoquer une assemblée générale extraordinaire afin de donner davantage d'explications sur ce projet d'infrastructure estimé à 8 millions de dollars.

Présenté comme un futur pôle communautaire en plein cœur de Regina, le projet prévoit l'acquisition d'un immeuble de 5 000 mètres carrés qui accueillerait notamment les archives de la Société historique de la Saskatchewan (SHS), des bureaux d'organismes, une garderie, un café ainsi que des espaces culturels.

Mais fin juin, lors de son assemblée générale annuelle, l’Association communautaire fransaskoise de Regina (ACFR) a annoncé retirer son soutien au projet.

Les membres ont adopté, par 21 voix contre deux, une résolution demandant à l'ACF d'organiser une assemblée générale extraordinaire (AGE) afin de permettre un débat public sur le dossier.

À cela a suivi une pétition en ligne de demande d’AGE auprès de l’ACF qui a rassemblé une soixantaine de signatures.

Plusieurs craintes

Pour Bruno Dupeyron, secrétaire de l'ACFR, cette demande d’AGE était inévitable après plusieurs mois de questionnements.

« Le conseil d'administration partage les préoccupations exprimées par les membres depuis 2025. Nous les avons communiquées à plusieurs reprises aux porteurs du projet », affirme-t-il.

Parmi les principales interrogations figurent les coûts réels de l'initiative.

« On parle de 8 millions de dollars, mais personne ne sait exactement ce que cela représente. Après plusieurs années de travail, on s'attendrait à voir un plan d'affaires, un budget détaillé ou encore un modèle de gouvernance. Pour l'instant, tout cela demeure très vague. »

Selon lui, plusieurs questions demeurent sans réponse sur les coûts d'entretien du bâtiment, le montant des loyers demandés aux organismes ou encore le modèle financier permettant d'assurer la pérennité du projet.

Le secrétaire de l'ACFR s'interroge également sur l'état du bâtiment envisagé.

« Des membres ont exprimé beaucoup de scepticisme concernant les problèmes structurels de l'édifice. Il faudra l'entretenir. Est-ce vraiment le meilleur endroit pour conserver des archives ? »

Autre élément qui alimente les inquiétudes : la fraude bancaire de 80 000 dollars dont l'ACF a été victime lors du versement du dépôt destiné à l'achat de l'immeuble.

« On nous dit que cet argent est parti à l'international, mais on ne sait toujours pas exactement ce que cela signifie », souligne Bruno Dupeyron. Une enquête policière est d’ailleurs en cours.

Enfin, le choix du centre-ville de Regina pour établir cette Maison de la francophonie laisse le secrétaire perplexe.

« Le centre-ville de Regina connaît de gros problèmes de sécurité et d’itinérance. Les commerçants et les services publics se barricadent et utilisent des services de sécurité partout. Et le stationnement coûte beaucoup plus cher au centre-ville qu’ailleurs. Je ne suis pas certain que les gens veuillent mettre leurs enfants en garderie à cet endroit. »

Un dédoublement des infrastructures ?

Surtout, l'ACFR estime que la future Maison de la francophonie pourrait fragiliser le modèle des espaces scolaires communautaires déjà en place à Regina.

L’organisme gère des espaces au sein de trois écoles francophones de la ville, soit à l’école élémentaire Monseigneur de Laval, au Pavillon secondaire des Quatre-Vents et dans la nouvelle école du Parc.

« Les espaces scolaires communautaires remplissent déjà plusieurs des fonctions que la Maison souhaite développer. Pourquoi créer des doublons ? », questionne Bruno Dupeyron.

Ce dernier craint notamment que le départ éventuel d'organismes vers la future Maison réduise les revenus locatifs associés aux espaces communautaires gérés par l’ACFR.

« Si ces organismes quittent les lieux, cela représente autant de revenus en moins pour entretenir nos infrastructures. »

En 2025, près de 100 000 dollars ont été réinvestis dans l'entretien des espaces communautaires de Regina grâce à ces revenus.

Selon lui, une solution moins coûteuse consisterait à adapter les infrastructures existantes, notamment pour répondre aux besoins d'entreposage des archives de la Société historique.

« Le gouvernement fédéral a investi environ 20 millions de dollars dans ce centre scolaire communautaire il y a une quinzaine d'années. Aujourd'hui, on lui demanderait 8 millions supplémentaires pour recréer sensiblement les mêmes services à deux kilomètres de distance ? »

Pour le membre du conseil d’administration de l’ACFR, le projet de Maison de la francophonie s’apparente ainsi plus à « un caprice » qu’à une réponse à de réels besoins.

Besoin de transparence

Ancien président de l’ACF de 2006 à 2010 et de la Société canadienne-française de Prince Albert (SCFPA), Michel Dubé fait partie des signataires de la pétition.

S'il ne se dit pas opposé au projet en soi, il estime lui aussi que plusieurs questions doivent trouver réponse.

« Je n'ai pas d'opinion négative sur le concept d'une Maison de la francophonie. Regrouper des services est une bonne idée. Mais il manque certainement de transparence sur la faisabilité et sur la viabilité financière. »

Selon lui, la communauté doit mieux comprendre les conséquences qu'aurait un investissement fédéral de cette ampleur.

« D'où viendraient ces 8 millions ? Y aura-t-il seulement un financement initial ou faudra-t-il ensuite d'autres investissements ? Quel sera l'impact sur les autres projets d'infrastructures en Saskatchewan ? »

Car la crainte est de créer une concurrence malsaine entre les projets des différentes communautés fransaskoises à travers la province, dont le futur centre scolaire communautaire à Prince Albert et le projet Plaza 88 récemment dévoilé.

« On semble compétitionner pour les mêmes enveloppes fédérales. Mais le gouvernement ne financera pas les trois projets. Il faut avoir une vision d'ensemble du développement des infrastructures communautaires dans la province. »

À Prince Albert, de nouveaux espaces scolaires communautaires sont attendus depuis une dizaine d’années.

« Tout d’un coup, le projet de Maison de la francophonie sort comme un champignon. Comment le gouvernement va-t-il prioriser ? » s’inquiète Michel Dubé.

L’ancien président de l’ACF estime que l’organisme porte-parole doit jouer pleinement son rôle de concertation.

« Si une pétition circule, c'est qu'il reste des zones grises. L'ACF a l'occasion idéale de réunir ses membres, de répondre aux questions et de bâtir un consensus. »

Une AGE attendue

Pour les signataires de la pétition, l’AGE devra permettre un véritable échange entre les membres de la communauté et les responsables du projet.

Précisément, la pétition demande plusieurs éléments : un retour sur l'historique du projet, la liste des partenaires communautaires engagés ainsi que la nature de leur implication, la confirmation des contributions financières publiques ou privées, la présentation de l'étude de faisabilité et du plan d'affaires.

« Il faut redonner la parole aux membres, avoir un processus démocratique où les gens peuvent exprimer leurs préoccupations et poser leurs questions », estime Bruno Dupeyron.

Michel Dubé partage cette attente : « L'AGE devra être extrêmement bien préparée, avec suffisamment de temps pour permettre aux membres de s'exprimer. Si on n’a qu’une heure à discuter et qu’on ne laisse pas les gens s’exprimer, il y aura encore des méfiances. »

Le président de l'ACF Denis Simard s’est engagé publiquement à organiser cette assemblée extraordinaire, sans en annoncer la date.

Les initiateurs de la pétition souhaitent toutefois qu'elle ait lieu avant les élections de l'organisme porte-parole prévues à l'automne.

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