Horizons

Chronique littéraire publiée dans l'Eau vive

Le retour du bison, une histoire fransaskoise

Le retour du bison, une histoire fransaskoise

La trace du bison dans le paysage, l’histoire et l’imaginaire de l’Ouest canadien est profonde. Pour faciliter son retour dans les grandes plaines, des éleveurs francophones mettent l’épaule à la roue, motivés par la défense d’un patrimoine ancestral et de façons de faire locales.

Pendant des siècles, le plus grand mammifère terrestre d’Amérique du Nord a façonné l’écosystème des plaines.

Pourtant, à la fin du 19e siècle, sa population était presque anéantie par la chasse massive, l’expansion agricole et les politiques coloniales qui ont bouleversé les sociétés autochtones.

Aujourd’hui, le bison fait progressivement son retour en Saskatchewan comme ailleurs dans l’Ouest.

Un retour pas si simple

Des initiatives de réintroduction sont menées dans les communautés autochtones, dans les parcs nationaux, mais aussi chez des éleveurs qui voient en cet animal une manière différente d’habiter le territoire.

À Saint-Denis, Éric Denis perpétue une histoire familiale : « Mon père a commencé avec les bisons dans les années 1980. À l’époque, ce n’était pas facile. C’était l’un des pionniers », souligne le Fransaskois.

Dans une région majoritairement agricole, le choix du bison ne va pas de soi. Éric Denis connaît bien les particularités du travail avec cet animal.

« On ne peut pas le gérer comme le bœuf. C’est un animal sauvage, d’une force tranquille et tellement intelligent. J’adore les observer avec ma femme en prenant un verre de vin », confie-t-il.

Même constat pour Michel Dubé, un entrepreneur de Prince Albert qui a décidé, avec un ami biologiste, de se lancer dans l’élevage de bisons pour produire de la viande au début des années 2000.

Approchant de la retraite, il a mis fin à l’aventure en 2017. Il évoque les contraintes de cette expérience : prix élevé de la viande, habitudes de consommation, mais aussi règles en matière d’abattage.

Pour vendre hors de la Saskatchewan, la viande doit passer par des établissements labellisés par le gouvernement fédéral, souvent éloignés des lieux d’élevage.

« Le bison aime les plaines, les grands espaces. Le transport vers un abattoir est si stressant qu’il affecte la qualité de la viande », déplore l’ancien éleveur.

Malgré ces difficultés, les deux Fransaskois ont su s’adapter grâce à la vente directe aux consommateurs et aux circuits courts.

« La viande de bison est très intéressante d’un point de vue nutritionnel, elle est riche en protéines et moins grasse que le bœuf », rappelle le retraité.

Un autre modèle

Surtout, la défense du bison s’accompagne de l’envie de défendre un modèle économique à échelle humaine davantage respectueux de l’écosystème local.

Le projet de Michel Dubé visait notamment à mettre en valeur les artisans et petits producteurs francophones de la Saskatchewan.

« L’idée, c’était de créer un label du terroir. Nous avons eu de belles réussites et nous avons échangé avec d’autres producteurs au Québec et même en France, mais malheureusement l’élan s’est essoufflé », regrette-t-il.

Ce modèle d’affaires à petite échelle est exigeant. Les éleveurs fransaskois doivent tout faire : élever, commercialiser, livrer et accompagner l’abattage.

Pour Éric Denis, cette étape s’inscrit dans une relation de respect avec l’animal : « Je ne choisis pas l’animal, c’est lui qui s’offre à moi. C’est quelque chose que mon père m’a appris et qui vient du respect de certaines traditions autochtones. »

La réintroduction de l’espèce dans plusieurs réserves participe aujourd’hui à une reconnexion avec le territoire, les savoirs traditionnels, les récits et la sécurité alimentaire.

Bon pour la planète

Par ailleurs, le retour du bison s’inscrit dans un enjeu écologique majeur puisqu’il s’agit d’une espèce-clé des prairies.

En broutant de manière sélective, en se déplaçant constamment et en interagissant avec le sol, le bison contribue à maintenir la diversité végétale, à créer des habitats pour d’autres espèces et à soutenir l’équilibre d’un écosystème largement fragilisé par l’agriculture intensive.

À quelques kilomètres de Saskatoon, le site de Wanuskewin illustre bien cette réalité. Ce lieu patrimonial et archéologique, profondément lié à l’histoire des Premières Nations, a réintroduit un troupeau de bisons il y a quelques années.

Pour Ian Hnatowich, responsable des ressources naturelles du parc, l’impact dépasse largement la simple présence de l’animal.

« Au printemps, le bison perd son pelage d’hiver. Les touffes de poils sont récupérées par plusieurs espèces d’oiseaux pour la construction de leurs nids. »

Et d’ajouter : « Il y aussi le wallowing, ce comportement qui consiste à se rouler au sol. En creusant de petites dépressions qui retiennent l’eau après les pluies, le bison crée des microhabitats bénéfiques à de nombreuses espèces. Son impact se ressent à kilomètres à la ronde. »

Michel Dubé, lui aussi, a observé cet équilibre sur sa ferme. Avec les bisons, dit-il, la faune reprenait sa place et une forme d’harmonie revenait dans le paysage.

Le calme puissant, la perspicacité et l’intelligence de l’animal demeurent pour lui de précieux souvenirs.

Imprimer
249 Noter cet article:
Pas de note

Cristian Pereira – IJL-L’Eau viveChristian Pereira

Textes par Cristian Pereira – IJL-L’Eau vive
Contacter l'auteur

Contacter l'auteur

x

Titres

RSS
124678910Dernière