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Chronique littéraire publiée dans l'Eau vive

Zenon Park : la solidarité dans l’adversité

Zenon Park : la solidarité dans l’adversité

Dans le nord-est de la Saskatchewan, Zenon Park est un exemple vivant de la persévérance des communautés rurales face aux défis économiques et sociaux. Pour survivre, ce petit village, bastion historique de la francophonie en Saskatchewan, peut compter sur son modèle de solidarité.

Zenon Park a été fondé officiellement en 1913 par des colons canadiens-français ayant travaillé aux États-Unis dans les villes manufacturières de la Nouvelle-Angleterre.

Attirés par la richesse des terres agricoles, les colons ont longtemps prospéré grâce à l’agriculture familiale, notamment avec la production de luzerne, et à l’exploitation des ressources forestières.

La langue française y a toujours occupé une place centrale, portée par une vie communautaire riche et des institutions comme l’école Notre-Dame-des-Vertus et la paroisse Notre-Dame-de-la-Nativité.

Au fil du temps, de nombreux francophones se sont installés dans la région pour pratiquer leur foi et vivre en français.

Aujourd’hui, environ 200 personnes vivent dans le village. Bien que le nombre de francophones ait diminué ces dernières années, la communauté reste profondément attachée à son patrimoine linguistique et culturel.

Un large exode

Comme de nombreuses communautés rurales, Zenon Park est confronté à une diminution des services et à un exode de la population vers les centres urbains.

Récemment, le siège de la coopérative de crédit ainsi que la seule ligne de bus ont été fermées, renforçant le sentiment d’isolement des habitants du village.

« Pour faire ses courses, il faut prendre la voiture et se rendre à Nipawin, à trente minutes d’ici », regrette Tammy-Jo Lépine, dynamique agente immobilière qui a grandi à Zenon Park.

Contrairement à d’autres régions rurales où l’exode touche surtout les jeunes, Zenon Park voit également partir ses aînés, attirés par les services de santé et de soin des grandes villes comme Saskatoon.


« On a vu ces dernières années plusieurs de nos aînés partir dans des maisons de retraite des centres urbains », note, non sans amertume, Benoît Leblanc, directeur de l’école francophone et habitant de longue date de Zenon Park.

Le secteur agricole, autrefois dominé par les exploitations familiales, est aujourd’hui en pleine transformation.

La concentration de la production agricole a favorisé le développement de grands groupes agro-industriels, réduisant le nombre de fermes familiales et fragilisant le tissu économique local.

« Souvent, les fermes familiales ne trouvent pas de relève. Les coûts de production et l’effort sont difficiles à supporter pour une petite structure », souligne Tammy-Jo Lépine.

De plus, si les faibles prix de l’immobilier et la tranquillité du village attirent de nouveaux habitants, ces derniers ne sont pas nécessairement francophones.

L’intégration de ces nouveaux résidents à la culture francophone est donc un enjeu majeur pour l’avenir de la communauté.

Une communauté active et solidaire

Malgré ces difficultés, Zenon Park reste une communauté vivante et engagée. L’association locale, ou AFZP, joue un rôle clé dans l’animation du village en organisant une grande variété d’activités culturelles et sociales.

« Nous sommes chanceux car les activités en français sont nombreuses et tout le monde participe », se félicite Sylvia Dion, enseignante à la retraite et membre active de la communauté.

« Parfois, le taux de participation dans nos activités est supérieur à celui de certaines communautés francophones plus importantes. Par exemple, pour la célébration de la Saint-Jean-Baptiste, presque tout le village est là, même les anglophones ! »

Cette dynamique permet de maintenir un lien fort entre les générations et de renforcer le sentiment d’appartenance.

« Le gros secret, c’est de ne jamais se sentir vaincu, assure Sylvia Dion avec confiance. Il y a de bonnes raisons d’être optimiste, surtout grâce à la participation des familles et des jeunes à l’école. »

La solidarité et l’entraide sont des valeurs essentielles à Zenon Park. Marlène Lia, d’origine ivoirienne, installée dans le village depuis 2020, a été séduite par cet esprit de communauté.
« Je ne connaissais pas le village avant de déménager, mais j’adore les petites communautés tranquilles où tout le monde se connaît. C’est l’endroit parfait pour moi. »

Et d’ajouter, enthousiaste : « Pendant l’été, je n’ai presque plus besoin de faire mes courses : je reçois toujours un panier avec de bonnes tomates et d’autres légumes produits par un fermier local. »

À son tour, Sylvia Dion confirme ce sentiment de solidarité : « Dès qu’on demande de l’aide, il y a toujours quelqu’un qui répond présent. Les refus à aider sont rares », souligne-t-elle avec fierté.

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Cristian Pereira – IJL-Réseau.PresseGhita Hanane

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