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Chronique littéraire publiée dans l'Eau vive

Ceuta : une détresse qui attriste les Marocains expatriés
Ghita Hanane

Ceuta : une détresse qui attriste les Marocains expatriés

Fin juillet, des dizaines de milliers de personnes ont tenté de rejoindre l’enclave espagnole de Ceuta depuis le nord du Maroc. Pour des Marocains établis en Saskatchewan, les images de Ceuta ont provoqué tristesse, incompréhension, mais surtout une réflexion sur ce qui pousse une jeunesse à regarder ailleurs.

Beaucoup étaient de jeunes Marocains. Certains ont traversé à la nage, d’autres ont franchi la frontière par voie terrestre.

Des rumeurs circulant sur les réseaux sociaux, laissant croire que la frontière était ouverte, ont contribué à précipiter le mouvement. Le bilan humain, lui, a été tragique : des dizaines de personnes sont mortes en tentant la traversée.

Mais derrière les chiffres se pose la question de ce qui peut pousser un jeune à risquer sa vie pour quitter son propre pays.

Pour Samira Moussalim, originaire de Casablanca et installée au Canada depuis une vingtaine d’années, les images ont été particulièrement difficiles à regarder.

« Honnêtement, j’ai été vraiment choquée en voyant ces images, surtout de voir autant de jeunes essayer de partir en même temps », raconte-t-elle.

La résidente de Regina pense notamment à ces jeunes qui devraient être à l’école, préparer leur avenir, chercher leur premier emploi et construire leur vie.

Partir : nécessité ou choix ?

Originaire de Rabat, Ikram Houem est arrivée dans la capitale provinciale il y a trois ans avec son mari et leurs deux enfants.

« Lorsque nous avons décidé de quitter le Maroc, mon mari et moi avions de très bons postes de travail et une situation professionnelle stable. Nous ne sommes pas partis parce que nous étions dans une situation difficile ou parce que nous n’avions pas de travail. »

Leur décision relevait plutôt d’un choix : découvrir un autre pays, offrir de nouvelles possibilités à leurs enfants et leur permettre de grandir dans un environnement multiculturel.

Ikram parle d’une « immigration choisie », par opposition à une immigration vécue dans l’urgence. Une distinction importante pour elle qui voit les jeunes qui ont tenté de rejoindre Ceuta.

« Je ne pense pas qu’il faille simplement condamner les jeunes qui veulent partir. Il faut surtout se demander pourquoi certains en arrivent à considérer le départ comme leur seule solution. »

« Ça aurait pu être moi »

Le témoignage d’un jeune homme marocain installé aujourd’hui en Saskatchewan, qui souhaite garder l’anonymat, ramène la question à une réalité encore plus personnelle.

« J’ai été désolé de voir les jeunes de mon pays dans cette situation. Mais en même temps je les comprends. Car franchement, ça aurait très bien pu être moi. »

Ce dernier vient d’une famille pauvre. Après ses études, il a enchaîné les petits boulots : serveur dans les mariages, vendeur ambulant, livreur.

Des emplois qui lui ont permis de gagner sa journée, mais pas sa vie. Son histoire a finalement pris une autre direction.

Un diplôme en pâtisserie, une première expérience professionnelle et, finalement, un contrat de travail en Saskatchewan lui ont permis de partir légalement.

Aujourd’hui, le jeune Marocain se dit stable et bien installé, mais lorsqu’il repense aux images de Ceuta, il se demande ce qu’aurait été sa réaction dans une autre vie.

« Si j’avais été dans cette plage au nord du Maroc ce jour-là et que j’avais vu l’occasion d’entrer à Ceuta, je ne crois pas que j’aurais hésité. »

Certes, le jeune homme aime son pays, mais il estime que quelque chose manque encore à une partie de la jeunesse marocaine.

« Je crois qu’il y a un grand manque d’opportunités pour les jeunes et de confiance en eux, surtout ceux qui n’ont pas fait de hautes études ou de grands diplômes. »

Pour de nombreux Marocains expatriés, il y a quelque chose de profondément décevant dans la situation actuelle. Sans blâmer, ils cherchent ailleurs ce qu’ils auraient aimé pouvoir construire chez eux.

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