Horizons

Chronique littéraire publiée dans l'Eau vive

La Saskatchewan en français : une autre manière de voyager

À l’heure où les destinations cherchent à se distinguer autrement que par leurs paysages, aussi vastes soient-ils, la Saskatchewan avance une proposition inattendue : celle d’un tourisme à échelle humaine et assumé comme bilingue.

Avec le lancement de sa campagne touristique 2026, la province cherche à redéfinir son image et à s’affirmer comme une destination de choix.

Dans cette stratégie, le marché francophone se présente comme un axe de développement clé, appelé à jouer un rôle croissant dans l’attractivité du territoire.

« À travers le lancement de cette saison touristique, nous affirmons clairement que la Saskatchewan n’est pas seulement une destination de passage vers d’autres provinces, mais un choix à part entière », souligne Kouamé N’Goandi, directeur général du Conseil économique et coopératif de la Saskatchewan (CECS).


Une industrie en pleine croissance

Dans un Canada où le tourisme a dépassé ses niveaux prépandémiques en 2024, la province entend bien tirer son épingle du jeu.

Le moment est bien choisi, puisque le tourisme saskatchewanais enregistre une croissance remarquable.

En 2023, les dépenses touristiques ont atteint un peu moins de trois milliards de dollars, un chiffre en forte hausse par rapport à l’année précédente.

La province a même enregistré une augmentation de 21 % des séjours avec nuitées, la plus forte croissance au pays.

Au total, ce sont plus de 12 millions de visites qui sont effectuées chaque année en Saskatchewan, confirmant le poids économique et culturel de ce secteur.

Mais au-delà des chiffres, le tourisme se transforme et mise davantage sur l’expérience, l’authenticité et la langue.


Le pari francophone

Avec plus de 50 000 personnes qui parlent français, la Saskatchewan pourrait faire de ses communautés francophones un levier touristique.

Circuits touristiques bilingues, centres culturels francophones, accueil des visiteurs en français : une offre se structure progressivement, portée à la fois par des institutions et par des entrepreneurs passionnés.

« Cette saison, le CÉCS lance un site web dédié aux circuits touristiques bilingues », annonce Coralie Mpoyo, coordinatrice des communications et du marketing au CÉCS.

Concrètement, il s’agit d’une plateforme qui permet aux visiteurs de planifier des expériences en français à travers des destinations touristiques de la province.

« C’est un outil qui vise à rendre l’offre touristique plus accessible », résume l’agente.


Des expériences humaines avant tout

Car ce qui distingue la Saskatchewan, ce n’est pas seulement les prairies infinies, les ciels spectaculaires et les parcs nationaux, mais aussi l’accueil qui est réservé aux visiteurs.

Dans les vergers et le vignoble de Over the Hill Orchards and Winery, à trente minutes de Regina, il est possible de visiter, de déguster et même d’échanger en français.

« Nos visiteurs francophones sont souvent étonnés d’être accueillis dans leur langue. C’est une bonne surprise pour eux, ils ne s’y attendent pas en Saskatchewan », s’amuse Sylvia Kreutzer, propriétaire de l’établissement touristique, originaire d’une famille francophone de Bellevue et de Leoville.

« À part moi, nous avons un autre employé qui peut accueillir les visiteurs en français s’ils le demandent et les guider dans leur visite ou répondre à leurs questions sur le vignoble. C’est quelque chose qui est très apprécié », ajoute-t-elle.

Même esprit du côté de Champêtre County, dans le village de Saint-Denis, à 50 km de Saskatoon, où l’hospitalité se décline en séjours immersifs, entre cuisine locale, nature et culture francophone.

« Le mot “champêtre” du nom de notre établissement fait référence à l’héritage français de cinq générations de ma famille. Pour nous, l’accueil en français est une fierté et je suis heureuse de parler ma langue avec les visiteurs, surtout les jeunes qui peuvent pratiquer ce qu’ils apprennent à l’école », souligne Francine Edmondson, propriétaire du ranch.

« Grâce au français, je peux viser le marché de la France et du Québec et me démarquer de la compétition qui cherche plutôt à attirer les Américains », renchérit la femme d’affaires.

Cette dernière a remarqué que les touristes cherchaient de plus en plus à « sortir du tourisme de masse, des grandes destinations touristiques comme Banff ».

« Ici, en Saskatchewan, on leur offre des espaces loin de la foule et surtout des rencontres avec des gens de la communauté, dans les villages francophones, qui proposent de vraies expériences culturelles », note-t-elle.

Face aux offres standardisées, la Saskatchewan opte donc pour une autre approche. En misant sur la qualité des échanges humains, elle espère attirer davantage l’attention des visiteurs francophones et francophiles.

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Frédérique Sauvée – IJL-L’Eau viveGhita Hanane

Textes par Frédérique Sauvée – IJL-L’Eau vive
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