Actualité littéraire

Leanne Tremblay

Les natures mortes de David Garneau invitent à l’interprétation

Du 26 septembre au 5 janvier, l’artiste métis David Garneau, également professeur de beaux-arts à l’Université de Regina, présente l’exposition Dark Chapters à la galerie d’art Dunlop de la bibliothèque publique de Regina. Une quarantaine de tableaux de style nature morte y transmettent de façon métaphorique l’histoire de la colonisation et ses effets sur les peuples autochtones de l’Amérique du Nord.

À qui s’adresse votre exposition ?

*réponses traduites de l’anglais*

C’est amical et très ouvert. Les œuvres sont représentatives, alors n’importe qui peut les comprendre.

Il y a de petites choses que j’utilise comme symboles qui sont un peu plus déroutantes mais la plupart sont des choses du quotidien.

Les gens autochtones comprennent bien à quoi je fais référence dans mes œuvres, mais en même temps c’est entry level.

Et la galerie se trouve dans une bibliothèque, ce qui est idéal pour l’accessibilité.

Pourquoi ce choix de la nature morte ?

Selon la vieille académie, la nature morte est le niveau de base. Elle n’est pas considérée comme un genre complexe qui transmet des idées difficiles.

L’idée d’une nature morte métaphorique a vraiment sa propre histoire, mais c’est beaucoup moins commun. Pour moi, c’est comme un open field. Je voulais voir à quel point je pouvais ajouter du poids aux œuvres tout en maintenant un aspect bénin.

Au premier coup d’œil, les tableaux n’ont pas l’air si complexes pour des métaphores.

Il y a toujours au moins deux objets en dialogue. Il faut déterminer comment ces deux objets sont reliés, c’est comme ça que fonctionne la métaphore.

Par exemple, l’œuvre Souvenir de Regina est un morceau de corde sous une cloche de verre. Quand j’ai déménagé à Regina en 1999, plusieurs personnes parlaient d’avoir à la maison un morceau de la corde utilisée pour pendre Louis Riel. C’était une idée si courante que l’artiste Edward Poitras [artiste métis né à Regina] a fait une installation avec des ballots de corde, une blague pour dire que si tout le monde avait un morceau de cette corde, elle devait être très longue.

Dans une autre œuvre, Method Applied to the Sacred, on voit une cloche qui recouvre de la sauge. Je travaille avec l’anthropologue David Howes [professeur à l’Université Concordia] qui fait un travail incroyable avec les sens et qui a composé un très bel essai sur l’usage de la fumée lors des négociations des traités. Sa publication a inspiré une performance où j’ai brûlé de la sauge et lui l’a mise dans un bocal pour l’observer avec une loupe. C’était une façon de démontrer que certaines choses, sacrées notamment, ne devraient pas être des sujets de science.

Qu’est-ce qui a motivé ce projet ?

Une grande partie de mon travail académique porte sur le traitement des biens autochtones dans les musées. L’idée ici, c’est la mémorialisation d’un objet.

Depuis plus de six ans, je peins un nouveau tableau chaque semaine et j’en partage un sur Facebook tous les lundis. J’ai maintenant 350 tableaux, et Dark Chapters en comprend 40.

Le visiteur peut-il interpréter vos œuvres à sa façon ?

Certaines interprétations sont ouvertes et d’autres sont très spécifiques. Ça ne me dérange pas si quelqu’un les approche d’une autre façon.

Pendant l’exposition, on invite le public à assister à un cercle de discussion où on entend des interprétations complètement différentes que les miennes.

Par exemple, quand on voit le drapeau métis noué, est-ce que ça parle de la gouvernance métisse ou de ses difficultés ?

Vous avez aussi publié un livre intitulé Dark Chapters: Reading the Still Lives of David Garneau.

J’aurais pu écrire un livre rempli d’explications pour mes œuvres, mais au lieu de ça j’ai invité 17 personnes très intelligentes et empathiques à écrire leurs propres interprétations.

Un bon exemple est l’œuvre Attempted Enlightenment. En 1978, j’ai travaillé dans un camp d’été géré par une institution catholique à Edmonton et un garçon à la peau foncée essayait de s’éclaircir avec du savon Sunlight.

Dick Averns, qui ne connaissait pas ce contexte, a pensé que le savon représentait un soleil qui ne se couche jamais sur son empire. C’est une interprétation qui fonctionne aussi pour moi.  

Une riche histoire se cache donc souvent derrière chacune de ces œuvres…

Et il y en a quelques-unes que je ne révélerai jamais, comme pour Waiting Out the Guests avec le crâne de castor. Peut-être un jour, mais pas aujourd’hui.  

David Garneau est l’artiste visuel retenu pour illustrer la nouvelle édition de la revue À ciel ouvert, publiée par la Coopérative des publications fransaskoises (CPF), qui paraîtra en novembre.

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