Numéro 1 - Printemps 2017

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La goutte


La goutte

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Crédit : Anne Brochu

Je suis redevenue goutte un jour de pluie après un très long voyage. Ce matin-là, mes semblables et moi étions portées par les courants aériens bien au-dessus du vol des oiseaux les plus téméraires.

Nous étions nuage.

Nous aurions pu faire le tour de la terre ainsi, mais un front froid nous a précipitées en chute libre vers le sol. Quel vertige. Je m’éloignais du nuage, maintenant seule, plongeant vers l’inconnu. Nous filions toutes vers un sort incertain.

Nous étions pluie.

Allais-je m’aplatir sur un stationnement? Abreuver une terre assoiffée? Imbiber un chapeau? Lorsque ma longue chute s’interrompit, je fus bercée par un doux flottement, presque immobile. J’étais entourée de plusieurs de mes semblables, issues du même nuage et d’une multitude, issue d’autres voyages.

Nous étions lac.

Puis au fil des saisons et du vent nous nous sommes lentement déplacées vers une rive où une ouverture nous a aspirées.

Nous étions ruisseau.

Pendant des jours, nous avons coulé paisiblement à travers mille paysages. Jusqu’au jour où nous nous sommes jetées dans un immense cours d’eau grossissant au fil de son chapelet de ruisseaux accueillis.

Nous étions rivière.

Au bout d’une éternité, nous avons plongé au-delà des rives. Là où la terre n’existe plus. Où l’eau domine le paysage à perte de vue. Obéissant aux vents et aux marées, nous sommes devenues fougueuses et fortes, transportant navires et usant les côtes des continents.
Nous étions océan.

Puis, un jour, je me suis retrouvée au sommet d’une immense vague qui a terminé sa course avec fracas sur un rocher. Nous étions quelques-unes, dans une aspérité du roc, abandonnées par le ressac.

Nous étions flaque.

Sous le soleil, je me suis sentie devenir légère, prête à redevenir nuage.

 

Jean-Pierre Picard

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Printemps 2017

Un jour de grand vent

Mardi le 10 mai ’66. De bonne heure le matin, au Restaurant Lafontaine à Métabetchouan au Lac-Saint-Jean. L’accent du Lac est présent à différents degrés chez les personnages. Il affecte en particulier Monsieur Pit, un sympathique septuagénaire à la retraite. Jeannot Lafontaine, douze ans, est debout derrière le comptoir. Il porte son uniforme...

La Voie lactée

Il était une fois,
au fin fond du Far West canadien,
dans une province au nom imprononçable,
une cavalière redoutable.

Le grand barrage

À défaut d'être aimé, Henri était respecté de tous les castors. Sa supériorité ne laissait aucun doute. On n'avait qu'à regarder son barrage pour comprendre qu'il était plus doué que les autres.

Knockout

L’aiguille de glace qui arracha Victor Florkowski à la vie ressemblait à un ivoire de mammouth. Elle était aussi large qu’un pneu, aussi longue que la victime, et se rétrécissait en une pointe cristalline —  à double tranchant — dont la beauté fatale resplendissait sous clair de lune.

Cantate pour légumes

Au cœur de ce texte sont quatre êtres qui ont perdu leur voix, la capacité d’exprimer leur volonté et leur angoisse. Ancrés dans leurs fauteuils roulants, Asperge, Gourde, Navet et Asperge rêvent d’évasion. Dans les solos de la cantate, les légumes expriment leurs désires les plus profonds.

Triptyque - Micro nouvelles

Au coin de l’avenue Idylwyld et la 23e un bip discontinu se fait entendre à ma gauche. Un clignotement sonore: on peut traverser.  Entre les deux lignes on peut traverser. “Passez, monsieur. Priorité aux piétons.” Oui, on peut traverser. On peut traverser si les autos s’arrêtent.

Entreciel

Sorties de l’entretoit des corniches des greniers de mille espaces connus d’elles seules oubliés par concierges et architectes, les hirondelles occupent dès le matin l’entreciel, la part élevée de Madrid, en rase-tête des habitants des terrasses jusqu’à la proximité des saints perchoirs, des croix des antennes, faisant fi de nos communications avec l’au-delà.

La mousse

Maman, pourquoi c’est mouillé ici? 

C’est la mousse, mon chéri. Fais attention à ne pas glisser.

De la supercherie De la supercherie

Cette réflexion est née d’un constat. La vie ne nous appartient pas. Elle nous a été léguée et nous la rendrons en même temps que notre dernier souffle.

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